Mgr Dagens reconnaît la responsabilité ecclésiastique dans le délire post-conciliaire

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Dans le numéro 2464 de la Documentation Catholique, Mgr Dagens aborde le sujet de « La présence chrétienne dans notre société : un signe de contradiction ?« . Extraits :

Nous héritons dans ce domaine d’une longue histoire, surtout depuis la seconde partie du XIXe siècle, avec l’affrontement si rude entre la Tradition catholique et la Tradition laïque, (faut-il dire entre les partisans des curés et ceux des instituteurs), entre la foi et la Raison. Et cet affrontement, ou même ce conflit, a laissé des traces durables, surtout à partir de la crise moderniste, lorsque les méthodes de la connaissance historique ont été appliquées aux réalités religieuses, et spécialement à la Bible et à la naissance du christianisme.

J’avoue ma perplexité à cette lecture : pour moi, l’Eglise a toujours été un signe de contradiction au sein du monde, et ce, depuis l’Evangile, depuis le rejet de Notre-Seigneur par les élites de l’époque. Certes, la fin du XVIIIe a vu, en France, l’Eglise persécutée, le XIXe a connu des conflits sévères entre l’Etat et l’Eglise et encore aujourd’hui, la laïcité dite « apaisée » l’est souvent parce que des clercs refusent de témoigner vigoureusement de la foi catholique au sein du monde. La suite du texte de Mgr Dagens est assez étonnant :

Depuis cette époque, dans beaucoup de consciences catholiques, demeure un anti-intellectualisme profond. L’intelligence est plus ou moins suspecte. La pensée est considérée comme un frein à l’engagement. La culture est traitée soit comme une superstructure, soit comme un luxe réservé à une élite séparée du peuple. Et, sous des formes multiples, qui vont de la foi censée être « celle du charbonnier » à la valorisation d’un « vécu » indéfini, cette méfiance à l’égard du travail de l’esprit continue à miner ou du moins à freiner la foi des catholiques.

Sans doute faut-il reconnaître que l’Église a sa part de responsabilité dans cette méfiance. En particulier, lorsqu’il y a une trentaine d’années, il était de bon ton de se réclamer d’une foi supposée pure, débarrassée de ses présupposés religieux et d’affirmer avec assurance que le christianisme exclut toute compromission avec les formes trop humaines de l’expérience spirituelle. Quelle erreur ! Oui, quelle erreur d’opposer ainsi la foi à la religion, en se référant à Karl Barth, qui lui, voulait prendre ses distances avec la philosophie de Schleiermacher, en vue de manifester la primauté de la Parole et de la Révélation de Dieu !

Oui, c’est étonnant de voir qu’un évêque français tel que Mgr Dagens reconnaît aujourd’hui que l’Eglise post-conciliaire a sa part de responsabilité dans l’abrutissement des consciences catholiques. Cette foi supposée pure qui a entraîné le rejet du sacré, de la beauté liturgique, de la soutane et tutti quanti…

Mais, aujourd’hui, nous sommes payés en retour, puisque, de divers côtés, on se réclame d’une culture catholique qui exalte le passé reconstruit de la France et de l’Europe, en faisant peu de cas de la Tradition chrétienne et de la personne du Christ. Qu’elle se réclame ou non de Charles Maurras, cette façon de penser a ses lettres de noblesse et elle peut séduire ceux qui ont du mal à accéder au cœur du mystère de la foi.

C’est pourquoi nous avons d’autant plus la responsabilité non pas de défendre, mais de manifester aussi résolument et aussi solidairement que possible ce cœur brûlant du mystère de la foi.

Mgr Dagens va-t-il troquer sa cravate quotidienne contre la soutane ecclésiastique ? Ce serait un bon début.