Mgr Minnerath et la Doctrine sociale de l'Eglise

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De Jean Rouvière dans Présent du 12 mai :

Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon depuis 2004, ancien professeur à l’Université de Strasbourg, est un des rares évêques de France à avoir une connaissance approfondie de la doctrine sociale de l’Eglise et à publier des travaux sur le sujet. Il est d’ailleurs membre de l’Académie pontificale des sciences sociales. Cette Académie organise, chaque année, des colloques internationaux, dont les actes sont publiés par la Cité du Vatican, mais il faut convenir qu’ils n’ont pas une grande répercussion et restent ignorés, même de la plupart des médias catholiques. Mgr Minnerath rassemble dans un volume [Doctrine sociale de l’Eglise et bien commun, Beauchesne] les communications qu’il a faites à ces colloques romains ces dernières années, et d’autres textes ou conférences ayant le même objet. Il veut faire connaître la doctrine sociale de l’Eglise, que l’auteur, de façon un peu minimaliste, définit comme « une clé de lecture de nos sociétés, de leurs avancées mais aussi de leurs échecs retentissants ».

Significativement, comme nombre d’auteurs ou de documents du Magistère de ces dernières années, Mgr Minnerath fait référence principalement à l’encyclique fondatrice de Léon XIII (Rerum Novarum, 1891) et aux encycliques-anniversaire qui l’ont suivie (Quadragesimo anno, de Pie XI, en 1931 ; Mater et Magistra, de Jean XXIII, en 1961 ; Centesimus annus, de Jean-Paul II, en 1991). Il cite souvent les autres encycliques sociales célèbres de ces dernières décennies : Populorum progressio, de Paul VI, en 1967, et Laborem exercens et Sollicitudo rei socialis, de Jean-Paul II, en 1981 et 1987, et Caritas in veritate de Benoît XVI, en 2009. Pour être juste, il faut signaler qu’il fait référence, assez fréquemment, à des textes de Pie XII, mais on aurait pu s’attendre à trouver des citations d’autres encycliques et discours de Pie XI et, avant encore, référence aux textes de saint Pie X (notamment sur la question des syndicats).

Mgr Minnerath insiste souvent, dans ce livre, sur le rapport entre la Doctrine sociale de l’Eglise (DSE) et la loi naturelle. La DSE est, écrit-il, « une composante de l’enseignement moral de l’Eglise » et elle est « déductive par la référence aux principes tirés de la loi naturelle éclairée par la révélation » (p. 24). L’auteur pourtant n’échappe pas à quelque contradiction. En effet, il affirme d’une part, avec grande clarté : « on ne peut que constater la continuité de la pensée de l’Eglise catholique pour qui la loi morale naturelle est la référence intangible des sociétés politiques comme de la conduite des personnes. Aucun pouvoir constitué n’est supérieur à cette loi » (p. 138). Mais c’est pour ajouter aussitôt : « La démocratie est le régime politique qui permet le mieux de la découvrir dans le débat contradictoire, et le respect des différences ». Le « débat » pour découvrir la loi naturelle ?  L’auteur est plus clair quand il écrit : « Dans son enseignement social, l’Eglise fonde ses principes universels sur la loi naturelle commune à tous les hommes » (p. 63). En ce sens, la doctrine sociale de l’Eglise est à l’opposé de l’idéologie individualiste, contractualiste et relativiste (p. 75).

A suivre