rn_3170309_1_px_470_

La nouvelle bien-pensance de l’Eglise qui est en France

Download PDF

 

Sur son site, Benoît-et-moi, Béatrice évoque un journaliste catholique, que nous nommerons PP, ancien militant maurrassien et membre des cercles intellectuels païens de la Nouvelle Droite (le GRECE). Ce dernier a en effet tendance à mettre les questions morales sur le même plan, oubliant ainsi ce qu’avait écrit un certain cardinal Ratzinger en 2004 :

« Les questions morales n’ont pas toutes le même poids moral que l’avortement ou l’euthanasie. Par exemple, si un catholique était en désaccord avec le Saint-Père sur l’application de la peine capitale ou sur la décision de faire la guerre, il ne serait pas considéré pour cette raison comme indigne de se présenter pour recevoir la sainte communion. L’Eglise exhorte les autorités civiles à rechercher la paix et non la guerre et à faire preuve de modération et de miséricorde dans l’application d’une peine aux criminels. Toutefois, il peut être permis de prendre les armes pour repousser un agresseur ou d’avoir recours à la peine capitale. Les catholiques peuvent légitimement avoir des opinions différentes sur la guerre ou la peine de mort, mais en aucun cas sur l’avortement et l’euthanasie. »

Cette tendance relativiste, qui consiste à mettre sur le même plan des questions qui n’ont pas du tout la même valeur, contribue à désorienter les fidèles. Et c’est un cas récurrent dans notre Eglise qui est en France. Ainsi, Béatrice écrit que PP

« reproduisait une lettre de l’archevêque de Rennes, Mgr d’Ornellas, qui, à propos de la fermeture de l’usine d’Aulnay sous bois et de la suppression annoncée de 14000 emplois par PSA écrivait:

L’annonce faite par PSA m’interroge profondément. … Cette annonce, une fois de plus, manifeste la crise. Celle-ci est-elle seulement économique et financière ? De petites réformes, d’hier ou d’aujourd’hui, suffiront-elles pour calmer la panique financière ou pour faire croire que la crise est résolue ?

En vérité, il s’agit de rechercher le juste équilibre humain pour la civilisation qui est désormais la nôtre.
Celle-ci attend des prophètes qui subordonnent l’économie à la valeur de la personne humaine et de son travail, en France, en Europe et dans le monde.

De beaux propos, que ne dévouerait sans doute pas le Saint-Père lui-même, au moins une grande partie. Mais notre « journaliste chrétien », et grand donneur de leçons, qui voit tout à travers le prisme déformant de sa haine du « libéralisme » et de l' »intégrisme » titre: Mgr d’Ornellas met en cause « l’économie du profit » (ce qui tronque la moitié de la phrase, une pratique courante chez lui et que pourtant il ne cesse de vitupérer chez ses « ennemis »).

Parmi les réactions, il y a celle d’un certain « X »:

Bizarre, j’aurais cru qu’un authentique prophète annonçait surtout Dieu et sa parole. Je suis bien d’accord avec le fait que les chrétiens doivent être force de proposition, mais l’annonce évangélique ne consiste pas à faire des propositions économiques. J’avoue que cette propension des évêques à parler beaucoup des problèmes de société (réels au demeurant), et bien peu de Dieu et du Salut en Jésus-Christ, m’interroge.

Que n’avait-il dit là! Le malheureux s’attire immédiatement les commentaires ironiques du journaliste chrétien: « Ne vous interrogez pas : documentez-vous... peut-être ne fréquentez-vous pas assez l’Eglise catholique (mais c’est très excusable !) pour savoir cela ». Notons qu’il s’agit d’un procédé récurrent chez le journaliste chrétien: quand il publie – très exceptionnellement – une contradiction, il coupe court au débat par un péremptoire « informez-vous », ou « relisez l’évangile », ou « relisez Caritas in veritate »… et « nous parlerons après ».)

Le commentaire de X a éveillé en moi un souvenir précis (il y en aurait d’autres, mais sur l’instant, je n’ai pas la référence en tête). C’était le 25 mai 2006, à Varsovie:

Les fidèles n’attendent qu’une chose des prêtres: qu’ils soient des spécialistes de la promotion de la rencontre de l’homme avec Dieu. On ne demande pas au prêtre d’être expert en économie, en construction ou en politique. On attend de lui qu’il soit expert dans la vie spirituelle. (discours de Benoît XVI au clergé de Pologne, ici).

J’ai tenté de faire passer un message sur le blog du journaliste chrétien, avec cette simple citation, et le nom de son auteur, le Pape (on pourra m’objecter qu’un pasteur, ce n’est pas forcément un prêtre…). 5 minutes plus tard, et sans que mon message soit publié, évidemment, la réponse venait sous forme d’un commentaire lapidaire:

De PP à tous:
Comme prévu, nous recevons des messages de super-cathos donnant tort à l’archevêque de Rennes. C’est curieux, chez les Gardiens du Dogme, cette manie de contredire l’Eglise !
(
Le pompon est décroché par un message faisant dire à Benoît XVI que l’Eglise ne doit pas s’occuper de la justice sociale. Suggérons aux libéraux de se renseigner un peu sur la DSE et de lire ‘Caritas in Veritate’…)

J’ai cru me reconnaître dans le « pompon ». Non pas que je me sente particulièrement visée par le « super-catho » (là, c’est vraiment trop d’honneur!!). Mais il est bien dans le style du journaliste chrétien de discréditer ses contradicteurs en singeant leurs arguments pour les rendre ridicules, leur faisant sentir du même coup à quel point ils sont ignares. Bien entendu, je n’ai pas pensé, encore moins écrit, que « l’Eglise ne doit pas s’occuper de la justice sociale » – et il m’étonnerait que d’autres visiteurs l’aient écrit, dans un laps de temps aussi court -. Il n’en reste pas moins vrai que ce n’est pas, à mon humble avis, sa tâche principale. »

Et Béatrice commente l’attitude de ce PP :

« En réalité, le journaliste chrétien, chroniqueur à Radio Notre-Dame, ce qui lui confère une certaine aura de légitimité parmi les catholiques, est le représentant-type d’une nouvelle bien-pensance – retournant ici un mot qu’il utilise très souvent pour discréditer ses « adversaires » alors qu’il en est lui-même une caricature. Une bien-pensance présente dans une partie de notre épiscopat, qui n’ose pas refuser ouvertement l’enseignement de l’Eglise sur le plan de la morale personnelle, car ils n’ont pas encore franchi le Rubicon, mais qui s’emploie jour après jour à la relativiser, à la vider de sa substance, la relèguant au second plan, pour mettre au premier celui de la morale collective. Cette morale collective est en fait le domaine où l’on croit que l’Eglise est la meilleure supplétive de « l’air du temps » – lui faisant dire au besoin ce qu’elle n’a pas dit, comme lors du fameux angelus du 22 août 2010 à Castelgandolfo , avec la récupération éhontée contre Nicolas Sarkozy, à propos des Roms (cf. benoit-et-moi.fr/ete2010/). Mais c’est aussi le domaine où elle aurait vite fait de sombrer dans la grisaille anonyme d’une ONG vouée à la défense de l’environnement et de l’immigration, et aux oeuvres de charité. (cf. « Qui instrumentalise l’Eglise », Martin Peltier, page 247). Un exemple parmi d’autres de cette attitude, mais très significatif: à propos du droit à la vie, l’avortement est mis sur le même plan que la peine de mort, ou même le « sauvetage de la planète ». Qu’on s’étonne, après cela, que les catholiques soient « désorientés ».