7411455895126

L’affaire Trump entre laïcité et cléricalisme

Download PDF

Les propos du pape sur le candidat républicain Donald Trump ont agité la presse et le landernau catholique, certains y voyant une condamnation nette et sans bavure, d’autres un abus de pouvoir, d’autres encore une interprétation excessive des propos du pape… Difficile en effet de s’y retrouver. Il faut souligner que si le pape François avait déclaré la même chose sur Hillary Clinton (par exemple, une personne qui soutient l’avortement n’est pas chrétienne ou quelque chose dans ce genre là…), il n’est pas certain que la presse mainstream ait réagi pareillement. Mais passons sur ce deux poids deux mesures…

Rappelons que le pape, interrogé par les journalistes dans l’avion qui le ramenait de son périple mexicain, a répondu à une question sur une proposition électorale du candidat Donald Trump. Ce dernier envisage la construction d’un mur entre le Mexique et les États-Unis. Le pape a répondu qu’« une personne qui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétienne ». Face à la polémique, le père Lombardi semble indiquer un rétropédalage du Vatican à l’égard de ces propos:

«Le pape dit ce que nous savons bien quand nous suivons son magistère et ses positions: le besoin n’est pas de construire des murs mais des ponts. Cela, il le dit toujours, continuellement, y compris pour ce qui est des migrations en Europe. Ce qu’il a dit n’est donc pas limité à un cas. C’est une attitude générale, très cohérente, qui consiste à suivre avec courage, les indications contenues dans l’Evangiles, sur l’accueil et sur la solidarité. Naturellement ceci a été très lancé mais ce n’est pas ce que cela voulait être. Ce ne fut d’aucune manière, une attaque personnelle, ni une indication de vote. Le pape a dit clairement qu’il n’entrait pas dans les questions de vote dans la campagne électorale aux Etats-Unis et a précisé – ce qui n’a pas été naturellement repris – qu’il y avait le bénéfice du doute sur ce que ce candidat avait effectivement vraiment dit».

Et l’une des questions suivantes concernait le projet de pacs en Italie, et là François a répondu

« le Pape ne doit pas interférer dans la politique italienne »

Il est vrai que le pape n’a rien dit lors de la manifestation géante en faveur de la famille fin janvier dernier… En revanche, quand il s’agit d’immigration, il intervient assez spontanément… Mais sur ce sujet là, il précise « je ne sais pas ce qui se passe au Parlement Italien ». Sic.

Comprenez-nous bien : Riposte catholique ne cherche pas à juger le pape (qui sommes-nous pour juger ?…) : on ne juge pas le Primus inter pares. Mais il y a certaines incohérences qui nous interpellent. Le sujet n’est pas non plus de défendre quelque candidat que ce soit aux élections présidentielles américaines. Mais de constater que notre pape prétend intervenir dans ce débat qui n’est pas de sa compétence. La régulation de l’immigration est une question de prudence politique et technique, donc du ressort exclusif des Etats concernés. Le compendium de la doctrine sociale de l’Eglise laisse la possibilité aux Etats de réguler l’immigration en vue du bien commun. On peut contester le choix de Trump d’ériger une barrière frontalière, mais pas de dire que ce n’est pas chrétien… Même dans l’Evangile, Notre-Seigneur parle de clôture dans la parabole de vignerons (en Matthieu)… Il est parfaitement légitime d’ériger un mur autour de son domaine. Ce n’est pas une question théologique, mais politique. Cela relève de la prudence.

Ce qui est assez intéressant dans cette affaire, me semble-t-il, c’est la réaction des candidats républicains catholiques : plutôt que de s’engouffrer dans la brèche et de profiter de l’ambiguïté des propos du pape pour condamner leur adversaire Donald Trump, ils l’ont soutenu ! Je ne suis pas certain que si la même polémique avait touché la France, les candidats de droite ait soutenu l’un de leur adversaire. Je crois plutôt, mais je peux me tromper, qu’ils auraient sauté sur l’occasion pour taper et enfoncer leur adversaire politique.

Le candidat Donald Trump, presbytérien, a commencé par répondre au pape :

« Qu’un leader religieux mette en doute la foi d’une personne est honteux. Je suis fier d’être chrétien et comme président je ne permettrais pas que la chrétienté soit constamment attaquée et affaiblie. »

Il a néanmoins ajouté, beau joueur, que le pape était « un type formidable. (…) Je n’aime pas me battre avec le pape. (…) J’ai beaucoup de respect pour lui. »

Et ses deux rivaux républicains catholiques, Marco Rubio et Jeb Bush, l’ont soutenu. Le premier, sénateur de Floride, a déclaré qu’aucun autre pays que les États-Unis ne faisaient preuve d’autant de compassion vis-à-vis des immigrés. Il a aussi précisé que les États-Unis avaient le droit de contrôler leur frontière, « comme le fait le Vatican » (dont on connaît les murs impressionnants). Jeb Bush, l’ancien gouverneur de Floride, a de son côté affirmé que le rapport de Donald Trump avec la religion relevait de la relation « entre lui et le Créateur ». Ted Cruz, sénateur du Texas et baptiste du Sud, a quant à lui refusé de se mêler à cette polémique.

On dit qu’aux Etats-Unis, les Américains n’ont pas de complexe avec la religion : Dieu fait partie du quotidien. Alors qu’en France, toute mention publique en est bannie, conformément au laïcisme agressif. Ce caractère décomplexé donne aux Américains la capacité de ne pas se faire avoir par les excès du cléricalisme. La distinction entre le temporel et le spirituel y est encore assez saine, alors qu’en France, on trouve des évêques prêts à donner des consignes électorales, et des catholiques, prêts à suivre sans réfléchir ces consignes. Et quand ils ont parlé, il est alors interdit de critiquer leur choix, au sein de la communauté catholique. Profitant de cette confusion des pouvoirs, on trouve alors des journalistes catholiques (officiels dirais-je), qui mélangent allègrement le temporel et le spirituel pour condamner leurs frères dans la foi, les fustiger, souligner leur excommunication pratique car ils ne suivent pas leurs évêques sur le plan temporel… Il y a là une confusion fort dommageable. Les laïcs chrétiens doivent savoir distinguer le temporel du spirituel et remettre parfois à leur place les clercs qui abuseraient de leur pouvoir. A ce titre, il y a un sain anticléricalisme…

Le modèle du laïcat demeure Sainte Jeanne d’Arc, celle qui, après ses campagnes guerrières, affronta un tribunal ecclésiastique, et pas n’importe lequel puisqu’il était composé, outre de l’évêque Cauchon, de savants théologiens de l’Université de Paris. Mais ces clercs, tout hommes de Dieu qu’ils étaient, étaient vendus à une puissance temporelle, à savoir le roi d’Angleterre. Et face à eux, Jeanne a lutté, dans un beau procès, rappelant l’indépendance de sa mission temporelle face à un pouvoir ecclésiastique abusif. Puisse cette affaire nous servir de leçon.

10 comments

  1. Michel G.

    En général, la spontanéité est plutôt une qualité, mais un personnage aussi « public » que le Pape devrait faire davantage attention à ses propos, qui révèlent souvent ses propres incohérences et qui donnent parfois l’impression qu’il fait dans le « politiquement correct »…

    Et nous, c’est justement en qualité de simples fidèles attachés à l’Eglise fondée par le Christ que nous avons le devoir, je pense, de le lui faire remarquer, tout en gardant notre respect filial envers lui!

  2. Philippe Lemaire

    En tant que catholique je ne peux me permettre de critiquer le pape mais je ne veux plus lire aucune de ses déclarations : il me met trop souvent en colère et ce n’est pas bon pour ma vie spirituelle…

    • yr

      Comme vous ce pape déconcerte trop de catholiques qui ne savent plus que penser sur des sujets déjà traités dans l’Eglise.
      C’est St Pierre qui détient les clés du Royaume, celui qui tient la place du Christ dans l’Eglise…
      Nous pouvions voir cette attitude dans les papes précédents (malgré certaines positions modernistes) mais ils avaient le courage d’endosser la fonction dans toute sa réalité. Le pape François est plus proche à tancer les tradis qu’à reprendre ceux qui scandalisent les brebis, à « imposer » des façons de vivre proches du politiquement correct (encyclique bizarre sur la planète, imposer les pays à recevoir des migrants, etc…).
      On finit par ne plus savoir ce qu’il faut penser, heureusement que notre vie chrétienne n’est pas subordonnée aux paroles du pape mais de l’Evangile !

  3. hermeneias

    En tant que catholique je critique Ce pape pour des positions outrancières et répétitives qui font du mal à l’Eglise et à la Foi chrétienne et qui dévaluent la haute mission du Successeur de Pierre .

    Ce pape a constamment tenu ce discours de soutien à l’immigration massive et incontrolée en Europe comme aux USA hors de toute réalité , avec un idéalisme fou et dangereux , et HORS de tout fondement évangélique solide .

    Riposte catholique me semble , subitement , bien timoré devant ce qui ressemble à un « argument d’autorité » « mal t-a propos »

  4. Bernard Pellabeuf

    Le Pape n’est pas un « primus inter pares ». Cette expression veut dire « premier parmi des égaux ». Cette terminologie est employée pour nier la différence entre le Pape et les autres évêques. Or ceux-ci ne sont pas égaux au Pape.

    Ceci dit il est parfaitement du ressort des laïcs de commenter les propos politiques du Pape en se souvenant que dans ce domaine il n’est pas infaillible.

  5. Pierre

    Ce qui est en tout cas inacceptable chez ce pape, et qu’on avait sans doute jamais vu chez ses prédécesseurs, et que l’on ne retrouvera plus après lui, espérons-le, chez ses successeurs, c’est son INCOHERENCE.

    Il n’a pas le droit d’être incohérent. C’est indéfendable de la part d’un pape d’être incohérent. Il y a là une atteinte à la raison, loi naturelle de l’intelligence. Le mépris de la raison est humainement dégradant, car l’homme a été créé être de raison. C’est en même temps incompatible avec la foi, car comment comprendre la parole du Seigneur si l’on se permet de déraisonner. Logos veut dire à la fois langage et raison! Ce n’est pas par hasard.

    Pour autant, on ne peut se prononcer sur sa responsabilité morale, car déraisonne-t-il parce qu’il a l’esprit faux, ce qui ne serait pas sa faute ou parce qu’il est démagogue, ce qui serait coupable de sa part? On ne peut savoir vraiment. Peut-être y a-t-il un peu des deux.

    Ce dont on peut être sûr par contre, c’est qu’il faut faire bien peu de cas de ce qu’il dit, sauf peut-être dans les cas où il s’exprimerait dans le cadre canoniquement défini de l’infaillibilité, auquel cas la foi nous indique que l’on devrait alors croire en la vérité de ce qu’il dirait.

  6. Garmon

    Le pape n’est pas le « primus inter pares » il est le souverain pontife. Relisez les défintion des concile (Vatican I et II)

    Cette expression est celle de ceux qui refuse la primauté du pape.

    Pas vous, s’il vous plaît

    Dieu vous garde.

    Garmon

  7. Pauvre pécheur que je suis

    Il faut se rappeler que le pape est homme et pécheur comme nous, tout en étant le représentant de l’Église !

    C’est un fait de par sa fonction, c’est difficile de vouloir plaire à tout le monde et ce que le Christ a évité de faire tout au long de sa vie, pour nous ouvrir le chemin de l’amour par la miséricorde !

    Je trouve cet article for judicieux…

  8. Gilberte

    les paroles du Pape sont très maladroites, car si D Trump pense que les murs sont construits pour le bien de son pays, quel dialogue peut-il y avoir ensuite entre le Pape et le Président qui serait élu? I l y a aux USA 40 millions de pauvres, ils semblent oubliés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *