Les voeux de Mgr Rivière

L’évêque d’Autun évoque les prochaines élections dans ses voeux de Noël. Il rappelle l’exigence de voter en fonction du bien commun et écrit :

« Je m’interroge moi-même : quel sera le dynamisme intérieur de mon vote ? Quelle sera ma raison de voter ou de ne pas voter, et, si je vote, de faire tel choix plutôt que tel autre ?

Serai-je suffisamment éclairé par ce que j’aurai pu lire et entendre, par les réflexions auxquelles j’aurai participé dans les mois qui précèdent les élections ?

Quelles sont mes véritables convictions concernant le bien commun de tous mes semblables, et concernant la construction de l’Union européenne à poursuivre ?

Aurai-je la liberté intérieure d’un choix positif qui ne sera pas simplement un choix d’humeur, ou un choix non réfléchi, ce qui revient à peu près au même ?

Nous ne serons jamais assez redevables envers ceux qui, au lendemain de deux meurtriers conflits mondiaux, ont cru à une force de réconciliation dont nous avons tant besoin aujourd’hui.

Je voudrais simplement vous faire partager ici une conviction, et indiquer trois points d’attention en forme de questions.

J’ai la conviction que l’être humain désire plus que seulement se nourrir et se divertir. Il a soif de dialogues respectueux et amicaux ; il a soif d’espérance, il cherche la vérité de l’amour et un autre horizon au monde que simplement économique et financier. Comme le disait récemment quelqu’un aux jeunes prêtres de Saône-et-Loire : il y a tout de même plus dans le cœur de l’homme que la seule envie de consommer, de se divertir et de rester jeune !

Nous portons en nous un irrépressible désir de paix et de joie partagée, un besoin profond de fraternité, et l’évidente aspiration à une existence davantage marquée par une bonne frugalité et une simplicité dans le train de vie, pour faire de la place aux autres. Comme il est beau le cœur humain qui s’ouvre à un amour vraiment gratuit et infini que Dieu offre ! Noël le montre et invite à consentir à une joie pure.

Et voici trois points d’attention que je formule en questions :

1. Portons-nous suffisamment d’estime envers ceux et celles qui assument des responsabilités économiques, politiques et sociales dans notre société ? Et nous, comment exerçons-nous nous-mêmes nos propres responsabilités, sans céder à la tentation de les fuir ?

2. Avons-nous remarqué la différence qui existe entre un compromis et la victoire d’un camp contre un autre camp ? Comprenons-nous la valeur de l’élaboration patiente d’un compromis, plutôt que la brutale imposition d’une raison contre une autre raison ? On a d’ailleurs toujours tort de n’avoir que raison, disait un vieux sage.

3. Avons-nous conscience de ce que le bien commun n’est pas l’addition des envies particulières, ni même des intérêts des groupes particuliers, mais ce qui est véritablement bien et bon pour tous, vraiment pour tous ?

En me tournant plus particulièrement vers les jeunes, en qui s’allume l’espérance du monde, et aussi vers ceux et vers celles qui sont dans une étape de transformations et de changements dans leur existence, je vous adresse à tous mes vœux de paix profonde, de joie, même au milieu des difficultés, et je vous souhaite de garder courage et espoir. »

11 comments

  1. Jean-Pierre Delmau

     » La construction européenne à poursuivre » ?
    Grand Dieu, pour quoi faire ? N’a-t-elle pas fait suffisamment de dégâts en multipliant par 5 les chômeurs, en détruisant ou délocalisant sans cesse notre industrie, en mettant en concurrence non plus les entreprises (donc leurs actionnaires) mais les salariés, en augmentant de 1500 par jour ceux qui tombent en- dessous du seuil de pauvreté, en ruinant par la dette les 2 ou 3 prochaines générations ?
    N’est-ce pas assez ?
    Qui peut citer un seul avantage, à part les prébendiers du système ?
    Est-ce trop demander à l’Eglise d’en prendre conscience ?

  2. mangouste20

    Pour l’Eglse, il n’y a pas de compromission possible face au dogme et aux mystères de la création du monde. Quant à estimer ceux qui nous gouvernent, les estimer, oui, s’ils nous tirent vers le bien, mais les combattre lorsqu’ils nous entraînent dans des situations diaboliques et mortifères. Prier pour eux, oui, mais chassons-les du temple. Soyons clairs et agissons.

  3. Nos évêques sont pathétiques!

    Ils nous écrivent des discours politiques d’extrême centre, dégoulinant de moralisme sirupeux sans se rendre compte de l’effondrement civilisationnel et économique de notre pays.

    De toute façon, Mgr Rivière ferait mieux de s’occuper de son diocèse plutôt que de nous faire la leçon sur l’engagement européen de la France et tenter d’influencer notre vote.

    Mgr Rivière est responsable d’un diocèse et d’une communauté religieuse qui traverse une crise très grave, et il trouve le temps de faire de la politique…

    Pathétique.

  4. Daniel

    « Je m’interroge moi-même : quel sera le dynamisme … » : exactement 1/30’000’000 ième des voix.
    « Serai-je suffisamment éclairé … » : Oui, car cela fait 44 ans que je vois les résultats déplorables
    « Quelles sont mes véritables convictions … » : Mes convictions sont par définition véritables. Concernant le « bien commun », chaque état d’Europe cherche à tirer son épingle du jeux par ex. la G.B. qui ne participe pas au bien commun de la monnaie unique et qui veut des aménagements budgétaires à son profit, ou l’impossibilité d’une politique sociale commune, ce qui intéresse les capitalistes étant d’avoir des réservoirs de main d’oeuvre à vil prix. La construction n’est pas à poursuivre mais à commencer sur de bonnes bases, en commençant pas des institutions démocratiques et l’abandon de la christianophobie des dirigeants.
    « Aurai-je la liberté intérieure d’un choix positif … » : Quand on voit patiemment la destruction sociale s’opérer sur 20 ans, peut-on parler d’humeur ?
    « Nous ne serons jamais assez redevables … » : Bien sur, mais cela c’est du passé, j’ai des amis allemands, ça n’a rien à voir avec le sujet des votes à venir. Nous sommes aussi infiniment redevable envers les saints qui ont insufflé la charité dans l’Europe d’avant Maastricht.
    « J’ai mal conviction que l’être humain … » : Et il ne trouvera pas ça au contact des « marchés » financiers.
    « Nous portons en nous un irrépressible désir de paix … » : Eh oui ! et cela est incompatible avec le système dont on nous propose d’être les complices par un vote irréfléchi.
    « 1. Portons-nous suffisamment d’estime … » : Au niveau local et hors des grandes agglomération; Oui Mgr, soyez-en persuadé. Le catholiques qui vous lisent (parce que vous ne touchez pas les autres) ne sont pas des nuls et des sans-coeur, le penseriez-vous ? Au fait, que pensez-vous d’un ministre parjure et de ceux qui le protègent ? Des hommes et des femmes politiques qui tombent sous le coup de la justice chaque année ? De ceux qui, avec les journalistes, nous chantent qu’ils ne s’enrichissent-pas en détournant-de l’argent-pour-leur-parti alors qu’il en perçoivent une rémunération ???
    « 2. Avons-nous remarqué la différence qui existe entre un compromis et la victoire … » : Oui, un compromis c’est comme de l’eau tiède, ça ne sert à rien, ni à se rafraîchir ni à cuire le riz. Un compromis est impossible car on ne peut trouver une solution vraie qui soit à moitié vraie et à moitié fausse, il y a forcément un perdant ou bien une solution totalement inefficace avec deux perdants. Qui vous a dit qu’un compromis est quelque chose de bien et de définitif, quelque chose qui a une réalité efficace ? Un faux semblant qui ne fait pas perdre la face s’appelle une mascarade.
    « 3. Avons-nous conscience de ce que le bien commun n’est pas l’addition des envies particulières… » : Oui Mgr, vous avez raison, et il nous faut lutter contre cette Europe athée qui nous impose les intérêts de quelques actionnaires de banques et autres manipulateurs du Libor, le mariage dénaturé au profit de 10% de 1% de la population, soit 0,1% ! Contre cette Europe qui foule au pied les chrétiens. Contre cette Europe qui s’engraisse sur le dos des pauvres toujours plus nombreux afin de s’aligner sur les Etats arriérés qui produisent à bas coût. Cette Europe qui comme l’Allemagne met en prison les parents qui veulent sauver leurs enfants du système scolaire de la pensée unique qui impose le « Gender ». Etc. , etc.
    « En me tournant plus particulièrement vers les jeunes … » je leur dis : ne suivez pas l’exemple des générations passées qui vous ont jetés dans cette situation de précarité matérielle et spirituelles où vous masserez actuellement, cette Europe qui vous jette par dizaines de milliers sur les routes du monde à la recherche d’une vie, la votre, loin de vos racines, en vous faisant croire que c’est un signe de progrès sociale car vous parlez anglais et que voir du monde et se vendre off shore c’est bon, que c’est bon de quitter parents et familles.

  5. gaudet

    Jean Pierre Delmau@

    Effectivement nos évêques sont incapables de prendre la vrai mesure des institutions européennes, qui très loin du rêve des fondateurs initiaux, se relève comme un monstre administratif, imposant des règlements absurdes et détruisant les frontières douanières, qui protégeaient encore nos entreprises et nos emplois, actuellement en complète disparition.

    Par ailleurs, il faut dénoncer ici l’affirmation que la « jeunesse » est l’Espérance du monde ! une telle parole aurait pu parfaitement se trouver dans la bouche de n’importe quel parlementaire, mais non pas dans la déclaration de ce qui faut bien appeler , un homme d’Eglise , dont la vocation est de sans cesse insister sur les vérités intangibles de sa foi, et donc l’espérance dans la vie éternelle , et la miséricorde de Dieu !

    N’importe quel socialiste Franc Maçon, peut parler de l’espérance en la jeunesse, mais il incombe aux évêques, de dépasser le niveau mondain terrestre du raz des pâquerettes, pour parler concrètement de la fin de vie, de la comparution inévitable devant Dieu, et de la nécessité d’une vie de charité , de foi catholique, et de sacrements fidèles, en vue d’obtenir miséricorde, pour des péchés inévitablement nombreux ! ……..A moins d’avoir été un saint extraordinaire, ce que ne sont pas évidemment , la majorité de nos frères sur terre !

    Rien dans le discours de cet évêque , ne permet de discerner essentiellement un grand catholique, qui balayant toutes les définitions humaines et mondaines de l’espérance, évoque directement et fermement la réalité physique de notre Seigneur dans les tabernacles.

    En conséquence de quoi, une telle intervention, sans aucune référence à la foi fondamentale de l’Eglise , sonne trop comme un relent d’apostasie personnelle.

    Face à cet évêque nous sommes dans une position de profonde ambiguïté , ne sachant si on a affaire à un prélat qui malgré ce discours, conserve sa foi catholique , ou au contraire un fonctionnaire religieux, bien dans le style mai 68, dont les qualités de pasteur, ont tout simplement disparu !

  6. Anne Lys

    Il n’y a pas beaucoup d’objections à faire à ce que DIT Mgr Rivière, pas plus qu’on ne peut se plaindre d’être ébouillanté ou gelé par un jet d’eau tiède. Mais il y a tout ce qu’il ne dit pas et qui est extrêmement important au moment d’aller voter : quelle est la position du candidat (ou du parti quand il s’agit d’une liste) sur les points « non négociables » : « protection de la vie de son commencement à sa fin naturelle, préservation du mariage et de la famille, droit des parents à choisir et assurer l’éducation de leurs enfants).

  7. « J’ai la conviction que l’être humain désire plus que seulement se nourrir et se divertir. Il a soif de dialogues respectueux et amicaux ; il a soif d’espérance, il cherche la vérité de l’amour et un autre horizon au monde que simplement économique et financier. Comme le disait récemment quelqu’un aux jeunes prêtres de Saône-et-Loire : il y a tout de même plus dans le cœur de l’homme que la seule envie de consommer, de se divertir et de rester jeune ! »
    gaudet
    ce paragraphe est digne de l’Abbé Ration
    avec » l’interconnexion permanente » (Finki) les gens de moins en moins intelligents n’ont plus besoin de Dieu…
    Benoît XVI qui recommande de « rendre à Dieu la place centrale dans nos vies au quotidien » est négligé par cet évêque et je trouve qu’il est à côté de ses pompes car il reste dans le royaume des hommes de César et des conseils politiciens mais il ne marche pas vers le Royaume de Dieu.
    gaudet je suis assez d’accord avec toi, il ne parle pas du Royaume de Dieu , il ne parle pas comme un évêque et l’espérance aujourd’hui se manifeste dans la volonté de construire l’Eglise de demain quand tous les vieux auront disparu

  8. gege

    Paroles de politiques, de technocrates mais pas d’évêque.
    Il s’interroge …. Où vont ses préférences …. vers une Europe qui nie ses racines chrétiennes, qui érige comme droit suprême l’avortement? Qui va répandre l’euthanasie partout?
    N’est-il pas disciple de Theillard de Chardin, cet imposteur qui s’interrogeait sur l’évolution des sociétés de son temps et qui écrivait au père de Lubac en 1938 :  » Je ne sais où vont mes préférences, Moscou ou Berlin? Moscou c’était Staline, Berlin c’était Hitler !!!
    Anne Lys a r

  9. Melmiesse

    Benoit XVI dans « l’Europe, ses fondements aujourd’hui et demain » paru en 2005, écrit:  » les droits humain et la dignité humaine doivent être présentés comme valeurs précédant toute juridiction d’état. Dieu seul peut fonder ces valeurs qui appartiennent à l’essence de l’homme »
    L’avenir matériel paraissait séduisant aux Allemands qui ont suivi Hitler après la crise de 1929 et aux Russes après la révolution de 1917, 2 erreurs d’appréciation doivent suffire

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