L’évêque doit dire ce qu’il pense

Mgr Marc Aillet a été longuement interrogé par La Semaine du Pays Basque. En voici quelques extraits :

« Je crois que c’est important de dire ce que l’on pense. L’évêque est un homme libre par définition. Il représente une institution, qui est l’Eglise catholique, il est forcément en phase avec l’Eglise à laquelle il appartient et dont il est le représentant. Donc, il ne peut pas représenter à partir de ses idées propres, de ses opinions ou de sa sensibilité, ce au service de quoi il est. Dans toute sa formation sacerdotale et son expérience pastorale, il a eu le temps de s’approprier l’enseignement de l’Eglise et de faire sa pensée. Je n’ai pas la langue dans ma poche habituellement. J’essaie de dire ce que je pense, en conformité avec l’Evangile. [...] Ce que je dis et ce que j’écris est en général disponible sur le site du diocèse qui est d’ailleurs en pleine refonte et qui sera sans doute plus attractif très prochainement. Ils pourront comparer ce que l’on m’attribue dans ce journal local et ce que je dis et ce que je pense vraiment. [...]

Plusieurs personnes qui organisent le Téléthon se sont tournés vers moi pour me dire : « j’ai entendu dire que… » et « Qu’est-ce que pense l’Eglise ? ». J’ai donc appelé à un discernement. Je n’ai pas donné une espèce de consigne, si vous lisez mon propos. Je suis parti en saluant le magnifique mouvement de générosité dont le Téléthon est l’occasion chaque année. C’est d’abord cela qu’il faut voir. Et j’ai salué le souci, d’abord, d’aider les malades atteints de myopathie et les familles qui sont en grande souffrance. Je crois que l’essentiel des dons est ordonné à ce soutien que je ne peux pas condamner et que je soutiens de toutes mes forces. Le seul bémol que j’apporte, la seule attention que je propose, c’est celle qui a d’ailleurs été visée par le cardinal Vingt-Trois en son temps et le cardinal Ricard en tant que président de la conférence des évêques de France, ainsi que par un certain nombre de voix qui se sont élevées dans l’Eglise, pour appeler à un discernement éthique en se demandant pourquoi l’AFM qui organise ce Téléthon refuse systématiquement le fléchage des dons comme bien d’autres associations. Cette interrogation porte sur une partie de la récolte, ce qui paraît infime puisque car c’est 2 à 3 %. Mais sur les masses d’argent et les promesses de don qui sont obtenues au cours de ce Téléthon, cela représente quand même des sommes énormes. Pourquoi, pour des dons qui sont ordonnés à la recherche soi-disant des fonds thérapeutiques mais avec des problèmes éthiques qui sont soulevés, le fléchage est refusé ? Je pense que ça permettrait à tout le monde, selon son discernement éthique, de dire : « Je veux soutenir et participer à ce vaste mouvement de générosité, cette grande mobilisation nationale mais je ne veux pas que mes dons soient affectés à des recherches qui sont éthiquement incorrectes pour moi. » Je n’ai que précisé cela.

Quand je parle d’eugénisme, je fais référence à la sélection des embryons. Sous prétexte de dire que l’on va guérir, on sélectionne les embryons sains et malsains. « Passent à la casserole » ceux qui sont porteurs de handicaps. C’est terrible ! 95 % des trisomies dépistées avant la naissance par le dépistage prénatal et préimplantatoire « passent à la casserole », pour parler trivialement. Quand je vois les trisomiques qui sont des personnes humaines à part entière même si elles sont plus faibles et plus fragiles – mais pas plus fragiles du cœur –, et ce qu’ils apportent à la société et à la famille, je dis que c’est une incohérence totale. Leur vie n’a pas de valeur parce que si on avait connu le diagnostique préimplantatoire, eh bien elles ne seraient pas en vie ! C’est de l’eugénisme pour moi. [...]

J’ai marché, comme vous le savez, contre le Mariage pour tous, c’est-à-dire contre l’inscription dans la loi, comme élément structurant d’une société, du mariage de personnes du même sexe. Sachant que pour moi le mariage reste, jusqu’à preuve du contraire l’union d’un homme et d’une femme, comme d’ailleurs comme la plupart des homosexuels le disent eux-mêmes. Beaucoup d’homosexuels ne se sont pas reconnus dans ce débat. J’en connais, j’en rencontre, je le sais aussi par ces expériences-là, ce qui est toujours limité parce que l’on ait toujours limité aux personnes que l’on rencontre dans son expérience. Je ne pense pas que la communauté catholique ait eu un désir de rejeter les homosexuels. Quand on a dit que c’étaient des manifestations homophobes, ça n’est pas vrai. Jamais il n’a été question de stigmatiser les personnes. Ce n’est pas là que se situait le sujet.

Ce n’est pas l’homosexualité en elle-même qui était l’objet de la revendication, c’était le mariage comme élément structurant de la société et le fait que les enfants, naissant d’un homme et du femme, ont besoin d’un père et d’une mère. [...]

Le Pape donne une audience générale, tous les mercredis. Vous savez que le Pape fait le catéchisme tous les mercredis depuis Paul VI, comme tous les catéchistes sauf que lui il y a 30 ou 40 000 personnes qui l’écoutent ! Il fait une catéchèse sur un point de la foi chrétienne ou de l’Evangile. Nous, les évêques, sommes souvent à côté de lui à quelques mètres et nous allons le saluer. C’est rituel : chaque évêque peut le saluer et lui parler deux minutes. Le pape François est très accessible et très disponible. Il y a une véritable empathie qui s’établit tout de suite et donc il y a un petit dialogue.

Je lui ai dit qu’il y avait des gens qui souffraient un peu, dont la voix n’était pas entendue, qui manifestaient en grand nombre et qui étaient un peu méprisés par le pouvoir en place, et je lui ai dit qu’on mettait en place des lois qui n’étaient pas toujours conformes au bien commun, comme il le sait très bien. Cette rencontre est très simple. Je l’ai encore revu mercredi dernier pour tout vous dire parce que j’étais à Rome pour accompagner le pèlerinage de l’Hospitalité basco-béarnaise, avec 50 malades en fauteuil. Je voulais lui parler et j’ai demandé à le rencontrer. J’ai demandé à son secrétaire comme je n’étais là que deux jours. Il m’a dit presqu’en s’excusant : « Je n’ai pas le temps de vous recevoir aujourd’hui. » J’ai trouvé ça génial. Je pense que c’est pareil pour moi quand quelqu’un vient me demander si l’on peut se parler et que je dis : « aujourd’hui je ne peux pas ». Après, il a salué chacun des malades en fauteuil de notre groupe, avec beaucoup d’attention. Il est très simple, très direct et en même temps très profond. Ce n’est pas une présence affectée. Je me suis dit : « Une belle image d’Evangile ». [...]« 

5 comments

  1. De nouveau merci, monseigneur. Comme il est bon d’entendre des voix comme la vôtre, pleine de discernement, de miséricorde et de vérité. Je vais connaître ce message car il se trouve que le directeur scientifique de l’AFM est un de mes anciens élèves. Serge BRAUN est l’homme le plus droit qui se puisse trouver et je vais lui faire part de votre demande.
    Avec mes sentiments respectueusement filiaux.

  2. Sylvie Houbouyan

    Merci d’avoir largement et peut-être intégralement reproduit les propos de Mgr Aillet car il dit une chose importante, valable également pour Mgr Housset :  » L’évêque est un homme libre par définition. Il représente l’ Église catholique. Il est forcément en phase avec l’Eglise à laquelle il appartient.  » il faut se souvenir de cela avant de tomber à bras raccourcis sur un évêque qui ne semble pas en phase avec nos propres positions. Car alors nous ne sommes plus en phase avec l’Eglise catholique..

  3. Merci Monseigneur pour votre mise au point.
    L’Eglise est plus forte que beaucoup voudraient le laisser croire mais l’Eglise a aussi besoin des pasteurs comme vous pour l’aider dans ce difficile chemin qu’est le royaume de Dieu.

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