L’ignorance des journalistes « catholiques »

Isabelle de Gaulmyn, journaliste au quotidien La Croix, a osé écrire de Jules Ferry, à qui François Hollande a rendu hommage :

« Jules Ferry n’est pas le « petit père Combes », et est décédé plus de dix ans avant le vote de la loi 1905. Libéral dans l’âme, « l’inventeur » de l’école gratuite et obligatoire a, au contraire, toujours défendu le principe la liberté de l’enseignement. Pour une raison d’abord pragmatique, « impossible de pourvoir aux besoins d’éducation » par le seul enseignement public, disait-il, mais pas seulement : Jules Ferry, dont il ne faut cependant pas oublier qu’il fut particulièrement dur avec les congrégations religieuses, voyait dans l’enseignement libre une concurrence nécessaire pour l’enseignement public (c’est même le titre de l’un de ses discours devant le Sénat, en mai 1 882) et un antidote à une forme d’absolutisme laïc qu’il réprouvait. [...] La neutralité de l’État selon Jules Ferry, était une neutralité « sereine » pour reprendre ses propres termes. [...]« 

Contre quoi, il faut rappeler, avec l‘Homme nouveau, que Jules Ferry a lutté contre l’Église catholique :

  •  février 1880 : expulsion des ecclésiastiques du Conseil supérieur de l’Instruction publique ;
  • 12 mars 1880 : la collation des grades universitaires est retirée à l’enseignement catholique ;
  • 29 mars 1880 : décret d’expulsion des jésuites et décret imposant aux autres congrégations non autorisées de se mettre en règle sous trois mois sous peine de dissolution et de dispersion ;
  • 28 mars 1882 : loi de laïcisation de l’enseignement.

Comme « sérénité », on a connu mieux… Jules Ferry, un imposteur selon Anne Brassié, écrit dans une célèbre lettre aux instituteurs, en novembre 1883 :

 « La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d’une part, elle met en dehors du programme obligatoire l’enseignement de tout dogme particulier ; d’autre part, elle y place au premier rang l’enseignement moral et civique. L’instruction religieuse appartient aux familles et à l’Église, l’instruction morale à l’école. Le législateur n’a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l’école de l’Église, d’assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus : celui des croyances, qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances, qui sont communes et indispensables à tous, de l’aveu de tous. Mais il y a autre chose dans la loi du 28 mars : elle exprime la volonté de fonder chez nous une éducation nationale, et de la fonder sur les notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer. Pour cette partie capitale de l’éducation, c’est sur vous, Monsieur, que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l’enseignement religieux, on n’a pas songé à vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l’instituteur, en même temps qu’il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celle du langage ou du calcul ».
 
Autre cas d’ignorance : dans Témoignage chrétien, Sophie Lebrun évoque « les Eglises » pour désigner les catholiques et les protestants. Ce qui contredit l’enseignement du Concile (ce Concile dont il faudrait considérer chaque texte comme un dogme pour appartenir à l’Eglise, selon certains…) :
 
« selon la doctrine catholique, ces Communautés n’ont pas la succession apostolique dans le sacrement de l’ordre. Il leur manque dès lors un élément essentiel constitutif de l’Église. Ces Communautés ecclésiales, qui n’ont pas conservé l’authentique et intégrale réalité du Mystère eucharistique, surtout par la suite de l’absence de sacerdoce ministériel, ne peuvent être appelées  » Églises  » au sens propre selon la doctrine catholique. »

8 comments

  1. Une des « oublis » de madame de Gaulmyn concerne le financement. Mettre en concurrence deux écoles, dont l’une est payée deux fois tandis que l’autre est financée par un prélèvement sur les impôts, ce n’est pas mettre deux écoles en concurrence.

    Autre oubli de taille dans l’exposé de Jules Ferry : les parents. Autre oubli la laïcité qui interdit à l’Etat d’enseigner une doctrine philosophique contraire à la droite raison.

    Jules Ferry dans son texte utilise des vérités abusivement. Il est vrai que le droit et le devoir sont inscrits dans le cœur de tout homme. A ce titre l’Etat peut et doit l’enseigner, par exemple par ses tribunaux, dans son gouvernement, dans ses lois et par ses magistrats. Il peut contraindre les récalcitrants, ceux qui ne veulent pas voir que le droit est fondé sur « Ne faites pas aux autres, ce que vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent » ou plutôt « faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent », selon l’enseignement de Jésus-Christ.

    En revanche, le domaine de la foi est un domaine où les vérités ne peuvent être vues par la raison. Elle n’est pas universelle, l’humanité est divisée de croyances. Elle ne s’impose donc pas par contrainte. Personne n’a de titre à imposer sa foi, il peut en revanche la proposer et ce droit personne ne peut le lui contester. C’est un droit de l’homme de professer sa foi, y compris dans la sphère publique.

    Les parents, personnes et à ce titre d’une dignité très éminente, qui, seuls, et sans personne d’autre, mettent les enfants au monde, ont un droit-devoir particulier sur leur progéniture jusqu’à leur majorité. Ce droit-devoir d’éducation comporte celui d’éduquer leurs enfants à leur foi, dans la mesure où celle-ci n’a rien de contraire au principe fondamental de la morale vu plus haut.

    L’Eglise est la seule autorité religieuse publique au monde. Son enseignement, qui est public, n’a rien de contraire à la raison, à la morale et au droit naturels. En conséquence, personne, pas même l’Etat, n’a de titre à entraver sa liberté. Or il l’entrave en ouvrant des écoles fiancées par les impôts.

    En matière d’éducation des enfants, il n’existe donc qu’une autorité publique, l’Eglise et qu’une autorité privée, les parents de chacun des enfants. L’Etat n’a de titre à intervenir que subsidiairement, si par exemple les parents sont incapables d’accomplir correctement leur tâche, si les hommes d’Eglise violent leurs devoirs (cas malheureux de pédophilie, par exemple) ou abusent de leurs droits.

    Si l’Etat intervient en créant une « Education nationale », il perturbe l’ordre voulu par Dieu, il intervient dans un domaine où il n’a aucun titre à intervenir et viole les droits des parents et de l’Eglise. Ainsi, déduire de l’universalité de la loi morale qui s’impose à l’Etat que l’Etat doit enseigner dans son domaine, que l’Etat a un droit d’enseignement envers les enfants, c’est inverser la perspective et faire de l’exception, la règle. La subsidiarité de l’Etat est niée au profit d’un droit-devoir de l’Etat d’enseigner, sous prétexte de l’universalité de la loi morale. Mais cette universalité comme dirait monsieur de La Palice entraîne une application universelle. Elle s’impose donc à l’Etat et lui commande de respecter les droits directement conférés aux parents par la nature et à l’Eglise par la raison. Elle lui commande aussi de limiter ses interventions aux strictes nécessités. Ces nécessités ne lui ouvrent la possibilité d’intervention qu’en cas de défaillance des autorités instituées par la nature ou par la raison.

    Les sophismes de Jules Ferry étaient donc très subtils. Ils mêlaient habillement des principes vrais pour leur faire avoir des conséquences indues, avec des vérités justement énoncées. Par l’omission subreptice des parents et de l’Eglise en matière d’éducation, ce discours, en définitive, est profondément injuste. Il est d’ailleurs contraire à un texte qui ne sera promulgué que près de 65 ans plus tard : la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 en son article 26.3, selon laquelle les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.

  2. Dans la petite ville africaine où je vis, il y a encore de nombreux bidonvilles. On les rase petit à petit et on construit sur place des immeubles pour reloger la population. Traversant une de ces zones à « habitats mixtes », j’ai remarqué l’école toute neuve appelée « École Jules Ferry. » La langue française a quasiment disparu (sauf chez les élites) mais on se souvient de Jules Ferry. En 2012 !

  3. Michel

    Finalement, la seule erreur, c’est de considérer « La Croix » comme un journal catholique!

    Vous ne vous y êtes d’ailleurs pas trompé en mettant le qualificatif entre guillemets.

  4. Bonjour cher Arnaud14,

    Ravi d’avoir de vos nouvelles.

    En Afrique ou en France, la masse de la population est persuadée que Jules Ferry a ouvert des écoles publiques, laïques et gratuites.

    Or ces écoles ne sont pas publiques car l’Etat n’a pas de mission d’enseignement et l’enseignement est une activité privée. Seule l’Eglise a un enseignement public. Elles ne sont pas laïques, car elles enseignent une doctrine qui n’est pas dictée par la droite raison (le laïcisme). Ce que démontre la lettre de Jules Ferry. Elles ne sont pas gratuites car elles coûtent (cher) à chacun d’entre nous, y compris aux enseignants et enseignés.

    Il est vrai que la propagande laïciste a trouvé des relais, de nombreux et très influents relais, en milieux catholiques. Si bien que ces vérités sont ignorées parfois jusqu’en milieux « traditionalistes ». Bref, l’ignorance est quasi générale. C’est l’enchantement du monde.

    Et je suis un fils du lycée « laïc » !

    Autre chose : par curiosité est-ce l’anglais qui a supplanté le français ?

  5. Bonjour,Denis.
    Non, pas l’anglais. Peut-être un effort d’apprentissage de l’arabe classique? L’enseignement public est très malade. Les villes grouillent de petites écoles privées et payantes.

  6. Chez nous l’Education nationale est aussi un échec. Du moins, c’est ce que je lis et les parents veulent inscrire leurs enfants dans les écoles catholiques ou les écoles privées ouvertes par des personnes privées. L’école « publique » est en fait une école privée ouverte par les autorités publiques. Elles le font sans avoir reçu mission de la nature, elles le font sans titre juridique.

  7. Je souhaite que l’Éducation nationale retrouve le chemin de la réussite et que les enfants des familles modestes ou pauvres reçoivent un enseignement de qualité.
    Pour ma part, j’ai vu, sous mes yeux, avec quelle facilité on se fabrique une école privée sainte trucmuche : on pique à une paroisse sa maison, on détourne 230.000 € sur les fonds d’un diocèse et 20.000 dans la caisse paroissiale pour faire les travaux. Tous les enfants de la bonne société de la régions (mes neveux), les enfants d’officiers (mes camarades) s’y sont précipités. « C’est formidable, m’a dit Madame de C. de G. ce qui se passe dans votre paroisse ! Et il paraît qu’il y a plein d’argent! »
    Depuis 25 ans l’Église m’avait envoyée au service des pauvres et je n’ai pas voulu la voir au service des riches : alors je suis parti ! Je me suis enfui !
    Mais c’est dans le vent ce genre de chose ! « L’école de toujours! »

  8. Maurice

    @ Michel19 mai 2012 – 22 h 59 min
    .
    La Croix est toujours un quotidien catholique, mais de catholiques réformateurs, c’est-à-dire limite protestant !
    Car la religion réformée existe, il n’y a pas besoin d’en créer une autre ; c’est le protestantisme ou autre nom, car il y a de nombreuses églises parmi eux.
    Dans certaines églises, l’office dominical est fait comme chez des adventistes ; que cherche le Vatican en laissant agir les prêtres ainsi ?
    -
    Vous doutez de mes écrits ?
    Allez vérifier dans le 93, les prêtres vont dans la rue de façon anonyme, sans marque de leur état de prêtre. Combien de fois chantera le coq avant qu’ils se rendent compte de ce qu’ils font ?!

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