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L’unité de façade de la CEF s’effrite

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Demain, vendredi 4 novembre, la Conférence des évêques de France tient son Assemblée plénière à Lourdes, jusqu’au 9 novembre. Ce rendez-vous de l’épiscopat sera notamment marqué par l’élection de Présidents de commissions et de conseils.

Mais, à quelques jours de cette rencontre, l’unité de façade de la CEF a pris un sérieux coup, malgré les contorsions de Mgr Podvin, porte-parole chargé de publier des communiqués suffisamment ambigües pour que chaque tendance épiscopale y trouve son compte. C’est l’affaire Castellucci et les manifestations répétées de jeunes catholiques qui en ont eu raison. Alors que le cardinal Vingt-Trois avait proposé aux catholiques d’interpeller leurs élus, que Mgr Podvin réclamait le respect envers le sacré, l’Institut Civitas est parti à la chasse aux soutiens épiscopaux. Le dernier en date, Mgr Centène, n’a pas fait dans la dentelle, en soutenant explicitement les manifestants, ce que s’était toujours refusé de faire le Cardinal-président de la CEF :

Je félicite et j’encourage tous ceux qui, en cohérence avec leur foi, n’hésitent pas à agir publiquement, et qui, bien que n’usant pas de violence, aussi bien verbale que physique, sont emmenés par les forces de police et placés en garde à vue, alors qu’ils manifestent, en toute justice, leur désapprobation face à des spectacles dont l’ignominie dépasse l’entendement même.

Cela a été la goutte d’eau de trop pour le cardinal, qui a décidé aussitôt de condamner les manifestants, en dénonçant « un groupuscule qui se réclame de l’Eglise catholique sans aucun mandat ». Il reste à ouvrir le bureau des mandats pour que les baptisés puissent venir y chercher le droit de parler… Sur Radio Notre-Dame, le cardinal a voulu désavouer Mgr Centène :

On ne fait pas un appel à la liberté en jetant des œufs pourris sur les gens ou de l’huile de vidange. […] On est en face de gens qui sont organisés pour des manifestations de violence, et pour obtenir, ce qu’ils ont obtenu d’ailleurs, une place dans les journaux.

Interrogé sur la « bonne foi » de certains manifestants, il a fait la différence entre « les gens qui sont conscients de la stratégie » et « ce que Lénine appelait les idiots sympathiques qui servent de masse de manœuvre. » Le cardinal voulait sans doute parler des « idiots utiles »…

Et pour ne pas en rester là, le cardinal a envoyé un homme de main, en la personne de l’abbé Pierre-Hervé Grosjean, prêtre du diocèse de Versailles. Samedi soir, juste après la manifestation contre la christianophobie, l’abbé a publié un message sur le Forum catholique pour dénoncer la manipulation qu’orchestrerait l’institut Civitas. Muet jusqu’ici, l’abbé n’a pas attendu que les choses se tassent pour publier son analyse. D’ailleurs, il aurait pu la publier sur son propre blogue ou l’envoyer d’abord aux responsables de Civitas. Non, au moment le plus inopportun, il a jeté son pavé dans la mare. Habitué des nouveaux médias -l’abbé Grosjean est connu pour être sans cesse penché sur son téléphone- il savait qu’en agissant ainsi, il provoquerait une tempête. Mais il fallait faire oublier le faux pas de l’évêque de Vannes, à quelques jours de l’ouverture de la CEF.

Responsable de la bioéthique et des relations avec les élus au sein du diocèse de Mgr Aumônier, l’abbé Grosjean est un habile politique. Il ménage les deux franges de l’épiscopat en tirant un coup sur les conservateurs, puis un autre sur les progressistes. Une provocation à droite, une provocation à gauche, rien de mieux pour passer pour un homme non-partisan, au-dessus de la mêlée. Avec l’espoir secret d’obtenir, rapidement s’il vous plaît, une mitre. Tel est, au-delà de ses prises de positions, le véritable objectif de l’abbé Grosjean. Pour donner des gages à la minorité agissante de la CEF, il serait même prêt à solliciter une tribune dans Le Monde pour fustiger ses frères dans la foi. Mais il n’est pas certain que cela fasse oublier son passage au sein de la Fraternité Saint-Pierre.

Mais pour le cardinal Vingt-Trois, il reste à passer l’étape de l’Assemblée plénière. Si les thèmes officiels sont ‘Environnement et Ecologie’, les Rassemblements dominicaux, Internet, le psycho-spirituel, la vie consacrée, le bilan des JMJ, la Nouvelle Evangélisation…, le sujet de la christianophobie risque de peser sur les relations entre épiscopes, comme l’attitude à tenir à l’approche des élections. Sans compter le Préambule doctrinal proposé à la Fraternité Saint Pie X et sur lequel nos évêques ne savent rien tout en ayant chacun, leur opinion dessus (favorable à un rapprochement, défavorable ?).

La CEF sortira-t-elle indemne de cette Assemblée qui s’annonce remuée ?