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Mgr d’Ornellas se rallie à la voix de son maître

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Dans un long communiqué, l’archevêque de Rennes prend fait et cause en faveur de la pièce de Roméo Castellucci, soutenant ainsi le Cardinal Vingt-Trois, et désavouant en même temps Mgr Centène.

Tout d’abord, il est clair qu’il n’y a pas de christianophobie dans cette pièce de théâtre. […] Les mises en scènes choisies par Castelluci sont provocantes. Il est provocant en effet de nous montrer la souffrance ordinaire la plus triviale : la déchéance de l’homme dans sa vieillesse. Cela est trivial, mais cela est aussi très vrai et très réel, très quotidien. Alors surgit une question : comment la beauté du visage du Christ est-elle touchée, ou se laisse-t-elle toucher par cette déchéance qui appartient à la condition humaine ? De fait, la pièce place cette déchéance au milieu, entre le Christ avec son regard perçant et le spectateur qui est regardé. […] Castelluci veut nous conduire plus loin. Dans ce vieillard qui se vide de lui-même, « de sa dignité », dit-il, il montre aussi le Christ qui s’est vidé de lui-même « jusqu‘à la mort et la mort de la Croix », comme le chante saint Paul (Philippiens II-8) Ce Fils est aussi manifesté par l’amour du fils pour son père incontinent. Il s’agit d’une « profonde manifestation d’amour », dit encore Castelluci.

Mgr d’Ornellas fait l’impasse sur une scène qui a été récemment retirée, preuve qu’elle était gratuite, à savoir que ce vieillard, montant sur un escabeau, allait déféquer sur le portrait du Christ, avec un rire sarcastique, pour ne pas dire satanique. Ces ecclésiastiques qui encensent cette pièce en restent à une lecture primaire : ce père qui défèque sans arrêt, c’est Le Père. Et le fils qui le nettoie jusqu’au dégoût, c’est Le Fils. Et dans cette relation abjecte, Le Père se moque du Fils, allant jusqu’à déféquer sur le portrait géant du Fils de Dieu. En rigolant. C’est une pièce contre Le Père. Il n’y a aucune compassion dans cette pièce, aucune espérance.

Et Mgr d’Ornellas encense même le scandale fait aux jeunes enfants :

La pièce cherche à nous emmener encore plus loin. Le visage de Jésus peint par Messine est mis devant la pire souffrance : des enfants qui lui jettent des grenades apparentes. Cela rappelle la Passion. Castelluci le sait et il précise : « Il n’est pas dans mon intention de désacraliser le visage de Jésus, bien au contraire : pour moi, il s’agit d’une forme de prière qui se fait à travers l’innocence d’un geste d’enfant. » Au premier abord, ce geste est très (trop ?) provocant. Il exige un surcroît de réflexion pour que soit déchiffré ce qu’a voulu dire l’auteur.

Un surcroît de réflexion… Il faudrait plutôt s’interroger sur le scandale de cette violence imposée à des enfants. C’est un abus gravissime. Et l’Eglise a suffisamment été traînée dans la boue ces derniers temps pour que Mgr d’Ornellas ait au moins la décence de ne pas en rajouter.

Ne nous trompons donc pas de combat en luttant contre une christianophobie à laquelle on veut nous faire croire. Manifester contre Castelluci est une erreur de perspective.

Une erreur de perspective ! Saluer le caca d’un artiste pendant 55mn, c’est sans doute être dans la bonne perspective ! Il y a dans cette pièce bien plus qu’un blasphème. il y a le refus méthodique de toute forme de sacré. A la fin, l’ambiguïté entre « Tu es mon Pasteur » et « Tu n’es pas mon Pasteur » est significative : de toutes façons, nous dit l’auteur, les deux expressions se valent, car ce Pasteur, c’est… de la merde… Je vous l’ai fait voir en direct. Il ne s’agit pas seulement d’un jugement de valeur ou d’un simple blasphème. Pour Castellucci, c’est un jugement de fait. C’est le nihilisme à l’état pur. Cette pièce, dans son néant psychologique, est l’apologie du sacrilège. Son message : rien n’est sacré, ni le Christ, ni la paternité du père, ni la filiation du fils. La paternité du père n’est pas sacrée parce qu’elle est dégueulasse ; la filiation du fils n’est pas sacrée parce qu’elle est impuissante.

Remettons donc les choses en perspective : Roméo Castellucci n’est pas un enfant de choeur. En 2000, il a pondu une pièce intitulée GENESI from the museum of sleep. En trois temps, Genesi nous emmène aux côtés d’Adam et Eve, deux êtres déjà blanchis et ridés dont on assiste à la naissance ; le deuxième tableau, intitulé Auschwitz, met en scène des petits enfants qui s’essayent à des expériences de démembrement, puis la scène se transforme en arène pour accueillir la mort d’Abel par Caïn, dont les gestes de réanimation restent vains et cèdent la place à d’insupportables gémissements. Une autre œuvre de Castellucci montre un acteur en train d’enfoncer des éclats de verre dans l’anus. Erreur de perspective aussi ?