05 novembre 2007: Mgr Bernard GINOUX, évêque de Montauban, CEF, Lourdes (65), France.

Mgr Ginoux défend Vincent Lambert

Download PDF

L’évêque de Montauban communique :

« Après le vote de la Cour européenne des Droits de l’homme, Vincent Lambert peut être tué légalement

 Le vendredi 5 juin la Cour européenne des Droits de l’Homme a statué sur le cas de Vincent Lambert dont l’état « pauci-relationnel » durable (depuis 2008) a donné lieu à des batailles de procédures multiples. Aujourd’hui cette instance suprême reconnait donc comme légal l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation de Vincent Lambert. Bien entendu, c’est une décision lourde de conséquences pour Vincent Lambert mais aussi pour les centaines de personnes qui vivent ainsi en France.

A trente-huit ans, Vincent Lambert, à la suite d’un accident, est tétraplégique. Son état est qualifié de « pauci-relationnel » : il a, en effet, peu de réactions ou de réponses aux sollicitations de son entourage mais il ouvre et ferme les yeux, regarde, il peut sourire ou verser des larmes. Il vit sans assistance particulière autre que l’hydratation et la nutrition évidemment par perfusion. Cette situation caractérise la vie d’environ 1700 personnes qui, en France, vivent avec des lésions cérébrales qui entrainent cet état. Pourquoi Vincent Lambert est-il l’objet de tant de procédures ? Pour deux raisons essentielles :

-D’abord parce qu’il y a désaccord entre son épouse et ses parents. L’épouse demande à la loi de donner le feu vert pour reconnaître la légitimité de la mort donnée à Vincent et affirme qu’il l’aurait, lui, souhaité. Elle est soutenue par un neveu qui s’exprime souvent en public. De l’autre côté, la mère et le père de Vincent, soutenus par au moins l’un ou l’autre de leurs enfants, qui demandent que des soins (en particulier de « nursing » comme les séances de kiné) dits de « confort » aident à donner à leur fils l’accompagnement le plus adapté.

– Il y a un an, le médecin responsable de ce service, le Docteur Kariger, de l’équipe des soins palliatifs, a estimé qu’il n’y avait plus de raison de maintenir en vie Vincent Lambert. Il affirme alors que c’est insensé de continuer et que Vincent Lambert n’aurait pas voulu être traité ainsi. Il allègue la Loi Léonetti (22 avril 2005) et les « soins déraisonnables donnés à un patient ». Il quittera ensuite ses fonctions.

Le 24 juin 2014, le Conseil d’Etat lui donne raison mais la procédure repart. Les parents se tournent vers la CDEH (Cour européenne des Droits de l’Homme) qui vient de rendre son avis ce 5 juin. Cette décision est de l’ordre juridique et non éthique : les douze juges qui l’ont votée reconnaissent qu’il n’y a pas d’obstacle légal ou de risques de poursuite si, après consultation de son équipe, un médecin déclenche un processus de mort par « arrêt de traitements » ou « sédation profonde et continue ». Ils se placent dans l’ordre légal.

La mort provoquée de Vincent Lambert

Même si, légalement, une Cour de justice admet une procédure il reste que le légal ne peut pas être confondu avec le moral. La question demeure donc : au nom de quoi peut-on prononcer la mort de Vincent Lambert et de tous ceux qui, comme lui, sont vivants ? Est-ce un acte éthiquement juste ?

Sur quel critère objectif se fonde-t-on pour accepter sa mort ? Vincent Lambert n’a aucun traitement, ne vit pas artificiellement (il respire naturellement), il n’a pas besoin de traitements lourds, il a seulement besoin de nutrition et d’hydratation qu’il reçoit par un moyen « artificiel », ce qui arrive pour tout un chacun autant qu’une intervention le nécessite. Dans ces cas-là c’est limité dans le temps. Pour Vincent c’est de longue durée.

La loi Léonetti autorise l’arrêt de traitements disproportionnés ou déraisonnables. Mais il s’agit là d’arrêter l’alimentation et la nutrition. Est-ce déraisonnable de nourrir et de faire boire un être vivant ? Le litige vient de ce que la loi revue en 2015 met bien sous la rubrique « traitements » la nutrition et l’hydratation. Il y a là une ambiguïté voulue qu’il faut moralement récuser en précisant la problématique.

Des enjeux de société

Nous sommes invités à la vigilance car ce cas est un enjeu dans l’approche du handicap, de la vie faible et désarmée. Sous prétexte de qualité de vie, de bien-être, un consensus s’établit pour refuser des vies différentes. Par ailleurs, qui peut décider de l’arrêt d’une vie ? Même la formulation de « directives anticipées » ne résoudra pas la difficulté car ces directives devront concerner la fin de vie. Or, Vincent Lambert et des centaines comme lui, à côté de nous, ne sont pas en fin de vie. Il n’est donc pas moralement juste de lui donner la mort sinon toute vie « embarrassante » sera condamnable. Notre société est très engagée sur cette pente et elle y va au nom des « Droits de l’Homme ». Croyants ou non nous avons à redire que la mort provoquée est une atteinte aux plus faibles qui n’ont besoin que de nos soins fraternels « ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait » nous dit Jésus (Matthieu 25,40). »

9 comments

  1. Françoise

    Des gens qui se sont réveillés après un long coma et qu’on voulait faire mourir ont pu s’exprimer et dire quelles souffrances ils avaient alors endurées. Ils entendaient tout, voyaient tout mais ne pouvaient ni bouger ni parler.
    Vincent Lambert ne doit pas mourir de faim et de soif.

    • apobrod

      Que de manipulations!!!
      Vincent est en état pauci relationnel donc de conscience minimale!!!! Vous confondez tout!!! Le syndrome d’enferment c’est autre chose!!!!
      SVP: Ne vous laissez pas manipuler! Renseignez vous sur le sujet!!!

      • Isa

        Être dans un état paucirelationnel, c’est ne pas répondre « normalement » aux stimuli extérieurs: il réagit peu ou pas de façon constante aux sons, visites…Mais il réagit. Il ouvre les yeux, déglutit ( on le voit sur la vidéo qui circule sur internet), mais pas suffisamment efficacement pour pouvoir boire et mange. Moi je trouve que la remarque de Françoise est judicieuse car elle démontre que l’on ne peut préjuger de ce qui se passe dans l’esprit de ceux qui subissent ce genre d’ épreuves. Les témoignages de tels « ressuscités » montrent que nous devons traiter ces gens dépourvus de paroles, momentanément ou durablement avec tous les égards que nous aimerions qu’on nous témoigne. Seulement le personnel médical et nous-même, je crois , oublions trop la phrase d’Ambroise Paré:  » je soigne et Dieu guérit ». Qui suis-je pour décider qui doit vivre et qui doit mourir? Certains l’ont mis en application avec le succès que l’on sait.

  2. Myriam

    Bravo Monseigneur.

    Les parents de Vincent sont attaqués
    Car ils seraient catholiques,
    aurait-on laissé dire ce que je considère comme de la christianophobie la même chose si Vincent avait été juif musulman
    Ou boudhiste ???

    Réaction des hauts responsables
    Catholiques ?????

  3. emi

    Merci Monseigneur !

    Malheureusement il n’y a que quelques évêques à réagir et à parler ainsi et nous n’en serions pas là si TOUT le clergé français avait en son temps défendu la Vie en rappelant la Loi de Dieu !
    Cependant, il n’est pas trop tard pour parler d’une même voix pour ce pauvre homme et ceux qui lui ressemblent.
    Défendre la Vie est primordial et de cela découle tout le reste, qui défend le Vie (de la conception à la mort) défend aussi le petit être dans le sein de sa mère, défend l’enseignement, défend le mariage et la famille, défend le droit de vivre jusqu’à sa fin naturelle.
    Défendre la Vie c’est défendre les droits de Dieu sur les êtres qu’Il a créés, c’est obéir à sa loi : « tu ne tueras pas » !

  4. Théofrède

    ne tournons pas autour du pot : la CEDH a rétabli la peine de mort
    une peine de mort particulièrement cruelle, précédée de longs jours de souffrance
    cette peine de mort ne châtie pas un crime, elle châtie un état de santé (qui coûte trop cher à la société)
    la peine de mort réservée traditionnellement aux criminels, elle, était relativement douce et rapide
    le régime nazi avait déjà employé cette méthode, mais la peine de mort qu’il infligeait aux handicapés ne comportait pas une torture préalable, contrairement à celle créée par la CEDH

  5. Je pense fortement qu’il serait souhaitable de cesser toutes polémiques à chacun sa place seuls les médecins sont aptes à parler de cette situation qui n’a que trop duré veuillez respecter son épouse et sa fille le reste n’est pas du ressort de l’église!!!

    • me

      Comment ça pas du ressort de l’Eglise ?
      « Tu ne tueras pas », c’est bien un commandement de Dieu donc il importe à l’Eglise de la rappeler.
      Quant à sa femme et sa fille (tient V.L. a une fille ?) quel avenir auront elles après la mort atroce qu’il va subir ?
      La femme : le remord, la petite fille : le mensonge qu’elle découvrira un jour parce qu’on lui aura caché la mort indigne de son père.
      Expliquez nous aussi pourquoi certains médecins s’arrogent le droit de mort sur leurs malades ? Pourquoi il ne veulent pas accéder au déplacement du malade vers un autre établissement prêt à le recevoir ? Au nom de quoi s’y opposent ils ?
      Ce serait pour tout cela que ce n’est pas du ressort de l’Eglise ?
      Vous plaisantez j’espère ou vous n’avez pas bien compris ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *