Mgr Lagleize et le journalisme

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Mgr Jean-Christophe Lagleize, évêque de Metz depuis 2013, a été interrogé par La Semaine.fr :

Saint François de Sales patron des journalistes : quel est  encore le sens de ces patronages sous le signe de la religion ?

L’Eglise a toujours eu le souci de reconnaître  et de considérer pleinement le travail  des hommes en général. Saint Luc est considéré comme le saint patron des métiers médicaux, saint Yves celui des magistrats, sainte Geneviève celle des gendarmes, saint François de Sales celui des journalistes. Lorsque cela est possible, je tiens à célébrer ces fêtes avec ceux qui exercent ces métiers. Avec les  journalistes cela donne lieu à une rencontre détendue, hors micros et stylos et je pense qu’il ne faut pas manquer les occasions de faire grandir la fraternité. Je suis conscient aussi que pour les plus jeunes ce genre de repères de tradition s’est estompé.

Peut être François de Sales s’est-il aussi retourné quelques fois dans sa tombe depuis ?

Probablement. Il était un humaniste, un homme d’équilibre, d’amitié et de douceur. Quand on voit certaines campagnes de presse au vitriol, je doute que ce soit précisément ce qu’il a voulu promouvoir. Il avait une vraie conscience du rôle de la formation et de l’information.

Les campagnes auxquelles vous faites référence sont peut être celles menées au nom de la transparence ? Que pensez vous de cette notion ? Est-elle un idéal ?

Je suis partagé. Il faut faire avancer la vérité mais il me semble que dans un monde où il n’y aurait plus de place pour une libre parole assumée, pour une conscience secrète on serait proche de la dictature. Il y a une place pour le secret dans nos vies comme dans nos familles et dans nos relations. Dans plusieurs domaines il y a même un secret professionnel codifié et reconnu. Pour la médecine, pour la confession et pour l’instruction. Ce dernier est parfois devenu théorique.

Les médias en font-ils trop parfois ? Avez-vous le sentiment d’un effet de meute que certains dénoncent ?

Il y a parfois ce que je perçois comme un effet d’acharnement où on mélange ce qui relève du public et du privé. En ce moment c’est François Fillon et on se demande qui sera le prochain. Il faut faire attention à la stigmatisation des personnes et donner les éléments pour construire un vrai jugement, pas une impulsion ou une offuscation. Savoir ce qui est légal et ce qui relève de la magouille. Si des choses légales nous paraissent choquantes il faut changer la loi. On parle beaucoup d’activités fictives ces derniers temps. Quand je vois les rangs des Assemblées je me dis que le problème est plus large.

Ces derniers jours il y a eu des agressions contre des journalistes lors de reportages. Est-on dans un cycle infernal ?

Je pense que la violence en général témoigne de l’insuffisance de la culture du dialogue ou du débat. Ces notions sont galvaudées bien souvent. Les débats des primaires, qu’elles soient de droite ou de gauche ont bien montré qu’on ne sait plus débattre…on se contente de juxtaposer des séquences. Cela aboutit à un individualisme exacerbé. Il y a urgence à former les citoyens à la réflexion.

La permanence des allusions aux convictions chrétiennes de François Fillon aux cours des derniers mois vous a-t-elle parue choquante ?

Oui et non encore une fois. Je considère qu’on ne peut séparer l’être humain des sources auxquelles il s’abreuve. Quand les élus marxistes puisaient dans leur tradition cela ne heurtait personne. Qu’un homme politique dise clairement qu’il a pour fontaine l’Evangile et l’Eglise est une prise de position respectable et claire. En France certains préfèrent tourner cela en dérision et même stigmatiser. C’est regrettable.

Revenons à l’information, aux médias et même aux politiques. Sur quelle base faut-il reconstruire une confiance ?

Revenons à François de Sales.  Cet homme est un chef d’œuvre de l’humanisme de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle. Une  période de profonde réflexion sur les valeurs humaines, où l’on cherche dans chaque personne ce qui la rend respectable et ce qui peut la faire grandir. Aujourd’hui on attend quelque chose qui nous tire vers le haut. Je pense qu’il est indispensable de trouver aussi  une distance ou un recul pour aider à poser les choses, à se faire son opinion. Pas facile quand tout est instantané.

Vous avez vous-même une radio diocésaine, Jérico, qui connaît des difficultés ? Comment informer aujourd’hui et quels équilibres à trouver  ?

Nous avons en Moselle une radio généraliste qui a pour fondement l’Evangile et nous y tenons. Les ressources à y consacrer ne doivent pas nous détourner d’autres activités comme la formation ou la pastorale des jeunes. Il convient aussi d’inscrire Radio Jérico dans un paysage médiatique en évolution, d’être encore plus présent sur le terrain. J’ai confiance, nous trouverons les solutions.