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Dans un monde qui change, nous aimerions entendre des évêques qui donnent du sens à notre mission éducative

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De Olivier Gosset, de « Parents Pour l’École », association confessionnelle et non politique, au service des instances éducatives, politiques et religieuses :

« La consécration épiscopale, en même temps que la charge de sanctifier, confère aussi des charges d’enseigner. »

Catéchisme de l’Église catholique, article 1558.

En octobre 2016, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France publiait un texte qui fit quelque bruit. Intitulé Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, celui-ci s’adressait à tous les habitants du pays. S’il fut longuement commenté pour sa partie politique, peu de choses furent dites au sujet de ce qu’écrivirent les évêques à l’endroit de l’éducation.

Le chapitre 6 de l’opus, nommé « L’Éducation face à des identités fragiles et revendiquées », proposait pourtant d’importantes pistes. Affirmant que « l’identité donne des racines », les rédacteurs du document estimaient qu’il était désormais « nécessaire de s’interroger sur la crise que traverse depuis plusieurs années notre système éducatif ». Citant Saint Jean Paul II et sa définition de la culture, selon laquelle celle-ci est « ce par quoi l’homme devient plus homme », les évêques définissaient alors une ligne claire : pour pallier les malaises qui secouent notre jeunesse, rien ne vaut une instruction exigeante transmettant à ces derniers une culture, en laquelle ils peuvent se reconnaître en même temps qu’envisager celle des autres.

Indiscutable en son raisonnement, la démonstration surprend quant à ses implications concrètes. Si la charge éducative est d’une telle importance aux yeux de l’épiscopat, peut-on savoir pourquoi celui-ci se tait face au délabrement généralisé de l’école française ? Si la culture est à ce point fondatrice, pourquoi ne pas avoir pris la parole pour dénoncer une réforme du collège qui se traduisit par une atrophie des savoirs transmis ? Saura-t-on un jour pourquoi nos évêques n’ont pas protesté face à l’acquiescement que donnèrent à cette réforme et le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique et la direction de l’Apel ?

Mais, objectera-t-on, les évêques outrepasseraient ici leurs charges. Cela est méconnaître la place que leur accorde le Statut de l’Enseignement catholique. L’article 8 de ce document précise en effet que « dans chaque diocèse, l ‘évêque est le responsable premier et le garant » de la mission éducative qu’on y propose. Éloquents, les termes choisis méritent que l’on s’y attarde. Comme responsable, l’épiscopat doit répondre, devant Dieu et devant les hommes, de l’enseignement dispensé. Comme garant, c’est à lui d’en assurer l’excellence autant que la diffusion. A ce titre, l’Église de France se trouve placée en une prophétique posture : quand l’État se démet de toutes ses charges régaliennes, jusques et y compris de celle qui consiste à instruire sa propre jeunesse, c’est à elle de prendre le relais et de se faire digne héritière du Christ enseignant.

Les évêques de France sont éloquents, lorsqu’il s’agit d’accueil des migrants ou de pollution planétaire. Et ils ont bien raison de l’être, puisque l’exigent l’option préférentielle pour les pauvres autant que le souci du bien commun. Mais concédons aussi que notre jeunesse est exposée, via l’école, à d’autres déterritorialisations et à d’autres pollutions. C’est un savoir diminué autant que déraciné qui s’offre chaque jour aux élèves du pays. Les évêques, en leur épiscopalité même, ont à prendre soin de ces enfants que l’on expose à l’ennui des heures vides comme à la dispersion des activités sans but. Et nous autres, simples laïcs, avons besoin de nos pères épiscopaux pour qu’ils nous accompagnent et nous éclairent dans notre mission éducative. Dans un monde qui change, l’Église a aussi la charge de transmettre ce qu’elle a reçu. Si elle ne le faisait pas, comment serions-nous alors sel de la terre et lumière du monde ?