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Ne pas se contenter de répéter la doctrine ni accommoder l’Evangile à la sauce du relativisme

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Réflexion sur le mariage et l’Alliance par Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio, dans le cadre du Synode des évêques sur la famille :

« On a beau dire que l’objet du synode sur la famille ne se limite pas aux situations difficiles – ce qui est vrai –, la plupart des interventions sur le sujet mettent en évidence l’écart entre le projet de Dieu sur la famille et le concret des situations familiales aujourd’hui. Un écart semble-t-il grandissant car d’un côté les récents développements de la théologie du mariage montrent la centralité de ce sacrement dans l’histoire de l’Alliance et de l’autre la crise de la famille a multiplié les situations conjugales ou familiales « hors normes ». Dans ce contexte, comment faire pour ne pas se contenter de répéter la doctrine ni, au contraire, d’accommoder l’Evangile à la sauce du relativisme ambiant ?

Dans la diversité des opinions qui se sont exprimés durant l’entre-deux synodes, certains se sont demandé si le mariage chrétien était vraiment indissoluble, d’autres ont affirmé que toute forme d’amour était indissoluble. D’autres encore ont proposé de réfléchir à une meilleure articulation entre l’indissolubilité du mariage et la miséricorde pour ceux qui vivent dans des situations dites irrégulières. Beaucoup sont arrivés à la conclusion qu’il fallait modifier la discipline actuelle parce qu’elle lie trop étroitement l’objectivité du signe de l’Alliance à l’accès aux sacrements. Il y a eu aussi ceux qui, voulant défendre la doctrine sur le mariage, en ont conclu, un peu trop rapidement me semble-t-il, que la discussion était close.

Il est trop tôt bien entendu pour savoir ce que l’Esprit Saint suscitera au cours de ce synode. Je voudrais simplement indiquer un aspect de notre foi qui me semble sous-jacent à ces débats et qui touche à la dimension eschatologique de la vie chrétienne.

Peut-être cet aspect est-il trop souvent négligé aujourd’hui. Il suffit de voir le nombre de parcours de catéchèse qui, depuis une cinquantaine d’années, ont tout simplement omis de parler des fins dernières. En oubliant cette orientation fondamentale de la vie chrétienne, ne risque-t-on pas de poser un regard faussé sur les situations d’aujourd’hui ?

« L’Eglise m’interdit d’aimer » entend-on parfois. Certes, le désir d’aimer et d’être aimé est notre désir le plus fondamental, et il ne saurait être négligé. Mais précisément les exigences de l’Evangile sont là pour décrire le chemin qui conduit à l’Amour en plénitude : « Si tu veux entrer dans la Vie, observe les commandements » (Mt 19,17). Si nous oublions de situer les exigences de l’Evangile dans la perspective de la Vie éternelle, elles nous paraissent hors de portée (cf. Mt 19,25) voire inhumaines. Nous faisons comme si l’amour conjugal, ou revendiqué comme tel, était la finalité de notre existence. Or le mariage vécu selon l’Evangile n’est que le chemin ordinaire pour avancer vers le Royaume des Cieux, là où « on ne se marie pas ». Il n’est pas le but mais un signe et un chemin. Le but n’est pas le mariage mais l’Alliance. Si certains ne peuvent se marier (cf. Mt 19,12), tous peuvent entrer dans l’Alliance.

En occultant cette finalité, on risque d’en rester à une approche affective qui considère comme insupportable de ne pas faire comme tout le monde. Mais une personne qui a mis son espérance en Dieu et qui accepte de prendre sa part de renoncements pour suivre le Christ (cf. Lc 14,33), fait déjà l’expérience d’une joie qui anticipe celle du Ciel, là où son désir le plus profond sera réalisé. Considérer les situations « difficiles » dans cette lumière peut nous permettre, me semble-t-il, d’entrevoir de nouvelles pistes pastorales qui permettront de sortir par le haut d’un certain nombre de débats actuels. »

13 comments

  1. Le mariage est un mystère sacré confié par Dieu à l’Église. Il est du devoir moral de chaque personne et de toutes les sociétés d’écouter l’Église et de lui obéir sur cette question du mariage universel.

    Ne perdons pas la foi en l’Église.

    Saint Abraham, au milieu des difficultés et de la nuit, priez pour que nous gardions la foi !

      • Dans l’Église catholique, le patriarche Abraham est fêté au 9 octobre selon wikipedia. Abraham était incontestablement un saint. La sainteté est appréciée aussi en fonction du temps où vit la personne, des ses mœurs, du développement de sa culture. C’est Sarah, sa femme, qui lui demanda d’avoir un enfant avec Agar, sa servante.

        Abraham fut notre père dans la foi.

  2. L’Esprit-Saint est déjà venu et Il reviendra. Sera -t-il dans cette assemblée ? Dieu seul le sait ! Toujours est-il que le regard est faussé tant sur le présent que sur le passé, sur l’avenir du chrétien au vu, de la situation inquiétante de la montée de l’islamisme ! On sait bien que l’Eglise n’interdit pas d’aimer, du moins l’Eglise originale. Le mariage restera toujours un engagement, il est de droit spirituel. On peut parler d’Alliance ! « Que celui qui peut comprendre comprenne ». (Mat 19 v.12)

  3. Charlemagne

    L’analyse de la situation par Mgr Olivier de Germay a le mérite de poser les questions de fond.
    Notre vie sur terre, au-delà le présent, doit tendre vers l’Alliance avec le Créateur et répondre à une seule question fondamentale qu’il posera, le moment venu, à chacun d’entre-nous: « qu’as-tu fait du don de la Vie que je t’ai offerte ? »
    Tout est là. Il nous aide avec les fondements et sacrements de l’Eglise à nous mettre en chemin, sur la Voie vers Lui. Sachons écouter sa Parole. Sachons la diffuser par l’évangélisation.

  4. Ecossais

    En ce jour ou nous commémorons les Saints époux Martin il est utile de rappeler que, certes le mariage n’est pas un long fleuve tranquille, mais que si l’on place Dieu au centre du couple le bonheur est accessible malgré toutes les épreuves de la vie. C’est le témoignage des époux MARTIN qui ont eu 9 enfants, en ont perdu 4 mais ont accepté le FIAT de DIEU qui pour eux avait conçu un projet divin qui s’est révélé avec Sainte Thérèse de l’enfant Jésus.

    • dj

      Les époux Martin sont ils un modèles pour les catholiques en 2015 ?
      Ils ont eu 9 enfants dont 4 sont morts en bas âge.
      Les 5 filles survivantes sont toutes devenues religieuses.
      Est cela qui est souhaitable ?
      Des familles nombreuses dont tous les enfants entrent dans les ordres…
      N’est ce pas une forme d’égoïsme ?

      • BOMMIER

        Le modèle de la famille Martin n’est pas à prendre sur les aspects extérieurs de leur vie. Tout était très excessif dans cette famille. Et la vocation pour les 5 filles en est un exemple. Mais ce n’est pas les parents Martin qui ont donné leur vocation à leurs filles. Ils n’ont fait que leur permettre de répondre à cette vocation. Et effectivement, si les familles chrétiennes d’aujourd’hui préparaient l’esprit de leurs enfants à cette éventualité, ce serait de bons parents.
        On parle beaucoup aujourd’hui d’intégrisme, de fondamentalisme. Mais la sainteté n’est-elle pas un intégrisme? un fondamentalisme? un radicalisme? Bien sûr que oui! Et la famille Martin, les parents Martin, étant saints, étaient certainement radicaux, absolus, intègres … dans leur foi…..
        Oui, il est pleinement d’actualité de nos jours que les familles chrétiennes deviennent absolues, intègres, radicalement fondamentalistes dans… la foi catholique. ET si pour cela, tous les enfants d’une même famille rentraient dans les ordres, il faudrait dire et reconnaître que c’est une grande grâce.

        • Courivaud

          Intéressant, comme réponse. Il s’agit de prendre du recul par rapport à ce contexte de la fin du XiXème siècle et de voir s’il peut être transposé à la situation d’aujourd’hui (que les « papolâtres » ne viennent pas dire que je parle d’herméneutique !). Cette réponse montre en outre, que les époux Martin ne méritaient pas d’être canonisés, si grands soient leurs mérites.
          Cette réponse montre aussi que les époux qui pensent être chrétiens, aujourd’hui, sont trop souvent des « communautaristes » qui s’ignorent, quelles que soient les chapelles (il y en a un peu trop : saint Paul n’aimerait pas voir cela lorsqu’il parle de l’unité de l’Eglise). En outre, il y a souvent de la schizophrénie, si l’on me permet ce mot et je m’explique : comment se fait-il que beaucoup de familles qui appartiennent à la « cathosphère » ne se préoccupent pas, pour l’éducation chrétienne de leurs enfants, de la manière dont ils font leurs études (les études de commerce sont privilégiées et les humanités sont foulées aux pieds : merci les APEL !), dont ils mènent leur vie quotidienne (ordinateurs, Selfies qui remplacent la lecture et l’écriture ; je ne parle même pas de la tradition orale, très en vigueur jusqu’à la fin des années 60 ; tradition orale, c’est vrai, c’est un gros mot) et dont ils choisissent leurs amis (il ne suffit pas d’organiser des rallyes à la ville, à la campagne, à la montagne et à la mer) ?
          Bref, des contradictions criantes, d’où le mot schizophrénie. Mais je ne suis pas sûr (et il n’est pas besoin d’être « intégriste » ou « conciliaire » pour le penser) que les époux Martin soient un bon modèle pour les familles aujourd’hui. Tout dépend du contexte, je me répète.

          • Achille

            @Courivaud
            – « les époux Martin ne méritaient pas d’être canonisés »
            Je pars chercher ma mâchoire tombée par terre et je reviens.

            – « Mais je ne suis pas sûr que les époux Martin soient un bon modèle pour les familles aujourd’hui. »
            C’est sûr, ces Martin, quelle bande de punks.

            Mais bon, puisque Courivaud a le pouvoir de juger qui peut ou ne peut pas être canonisé, le pape, les évêques et toutes les personnes ayant témoigné des grâces obtenues par l’intercession des époux Martin n’ont plus qu’à aller se rhabiller.

        • Achille

          @ BOMMIER

          – « Le modèle de la famille Martin n’est pas à prendre sur les aspects extérieurs de leur vie. »
          Et pourquoi pas ? Pas que, mais un peu quand même. Les Martin marquaient les esprits de tous ceux qui les croisaient, ils ne laissaient pas indifférents. C’était une forme d’apostolat chez eux, probablement même pas conscient.

          – « Tout était très excessif dans cette famille. »
          Pas sûr qu’ « excessif » soit le bon terme. Profondément empreint de l’amour de Dieu, oui. Ils n’avaient rien de spécialement exubérants, ils menaient une vie simple.

          – « Et la vocation pour les 5 filles en est un exemple. »
          Un aboutissement de cet amour de Dieu à l’honneur chez eux.

          – « Mais ce n’est pas les parents Martin qui ont donné leur vocation à leurs filles. »
          Ils y ont au contraire énormément contribué. Déçue de n’avoir pu devenir religieuse, Zélie a eu cette prière : « Mon Dieu, puisque je ne suis pas digne d’être votre épouse comme ma sœur Élise (visitandine au Mans), j’entrerai dans l’état du mariage pour accomplir votre volonté sainte. Alors, je vous en supplie, donnez-moi beaucoup d’enfants et qu’ils vous soient tous consacrés ».

          – « Et effectivement, si les familles chrétiennes d’aujourd’hui préparaient l’esprit de leurs enfants à cette éventualité, ce serait de bons parents. »
          Yes

          – « On parle beaucoup aujourd’hui d’intégrisme, de fondamentalisme. Mais la sainteté n’est-elle pas un intégrisme? un fondamentalisme? un radicalisme? Bien sûr que oui! »
          C’est joliment dit, mais la sainteté c’est avant tout aimer Dieu et accomplir sa volonté. Ce n’est pas être rattaché à une mouvance religieuse en particulier, dont les fondements peuvent d’ailleurs parfois être un peu douteux.

          – « Et la famille Martin, les parents Martin, étant saints, étaient certainement radicaux, absolus, intègres … dans leur foi….. »
          Intègres, oui, pas intégristes. En ce qui les concerne ce terme est de toute façon anachronique.

          – « Oui, il est pleinement d’actualité de nos jours que les familles chrétiennes deviennent absolues, intègres, radicalement fondamentalistes dans… la foi catholique. »
          Et rien de mieux pour y arriver que de se montrer humble et obéissant face au successeur de Saint Pierre, n’est-ce pas ? 🙂

          – « ET si pour cela, tous les enfants d’une même famille rentraient dans les ordres, il faudrait dire et reconnaître que c’est une grande grâce. »
          C’est vrai.

  5. moreau

    Assumez votre triple charge d’évêque sans omettre l’affirmation de la foi comme l’a fait saint Paul ; cherchez la JUSTICE de DIEU et le reste vous sera donné par surcroît. Ce que vous appelez « une orientation fondamentale » est tout simplement un article du Credo !

  6. Courivaud

    à quoi servent les grands mots s’ils ne sont pas suivis d’effet ?

    Certains manifestent contre la tournure prise par ce synode. Que fait en ce sens Mgr Germay et aussi les associations de fidèles ?

    On a déjà compris que « l’instruction sur la libéralisation des procédures de mariage » a vidé de son sens la tenue de ce synode. Que font Mgr Germain et les juristes qui relèvent de sa chancellerie ?

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