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Parfois d’excellents prêtres ne sont pas faits pour être évêques

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Longuement interrogé dans le bimensuel L’Homme Nouveau, le cardinal Robert Sarah, préfet de la congrégation pour le culte divin, fait d’intéressantes déclarations à propos des évêques. Les voici :

« On a l’impression qu’il n’y a plus aujourd’hui de frontière définie dans l’Église entre ceux qui sont dehors et ceux qui sont dedans. En France, par exemple, il y a des universités catholiques où des hérésies sont enseignées explicitement et elles restent « catholiques ». Au dernier Synode, certains soutenaient la ligne qui a été la vôtre, mais d’autres disaient le contraire. Or, tous sont donnés comme « catholiques ». Est-ce que pour le bien des âmes, il ne faudrait pas en revenir, non seulement à un enseignement clair, mais aussi à la déclaration explicite que tel ou tel n’est plus catholique ?

Je crois que laisser un prêtre ou un évêque dire des choses qui ébranlent ou ruinent le dépôt de la foi, sans l’interpeller, est une faute grave. Au minimum, il faut l’interpeller et lui demander d’expliquer les raisons de ses propos, sans hésiter à exiger de les reformuler de manière conforme à la doctrine et à l’enseignement séculaire de l’Église. On ne peut pas laisser les gens dire ou écrire n’importe quoi sur la doctrine, la morale, ce qui actuellement désoriente les chrétiens et crée une grande confusion sur ce que le Christ et l’Église ont toujours enseigné. L’Église ne doit jamais abandonner son titre de Mater et Magistra : son rôle de mère et d’éducatrice des peuples. Comme prêtres, évêques ou simples laïcs, nous avons tort de ne pas dire qu’une chose est fausse. L’Église ne doit pas hésiter à dénoncer le péché, le mal et toute mauvaise conduite ou perversions humaines. L’Église assume, au nom de Dieu, une autorité paternelle et maternelle. Et cette autorité est un service humble pour le bien de l’humanité. Nous souffrons aujourd’hui d’un défaut de paternité. Si un père de famille ne dit rien à ses enfants sur leur conduite, il n’agit pas comme un véritable père. Il trahit sa raison et sa mission paternelle. Le premier devoir de l’évêque consiste donc à interpeller un prêtre quand les propos de ce dernier ne sont pas conformes à la doctrine. Il s’agit d’une lourde responsabilité. Quand Jean-Baptiste a déclaré à Hérode : « Tu n’as pas le droit de prendre la femme de ton frère », il a perdu la vie. Malheureusement, aujourd’hui, l’autorité se tait souvent par peur notamment d’être traitée d’intolérante ou d’être décapitée. Comme si montrer la vérité à quelqu’un revenait à être intolérant ou intégriste alors qu’il s’agit d’un acte d’amour.

En France, le catholicisme institutionnel apparaît vieillissant alors que la base – ce que l’on appelle le « nouveau catholicisme » – est jeune et dynamique. Mais il y a un décalage entre ce catholicisme de terrain et beaucoup de pasteurs. N’y a-t-il pas un problème dans la nomination des évêques ?

C’est une question difficile que vous me posez. Laissons l’Esprit Saint nous travailler, nous transformer et nous renouveler. C’est lui en effet qui renouvelle la face de la terre. C’est lui qui vivifie et sanctifie l’Église. Pour ce qui regarde le deuxième aspect de votre question, je voudrais très simplement donner cette information. La liste et les noms des candidats à l’épiscopat sont généralement proposés par la Conférence épiscopale nationale. La Conférence épiscopale, consciente des défis d’aujourd’hui, de la problématique de l’Église de France et du diocèse à pourvoir, suggère des candidats dignes et idoines. La nomination d’un évêque est une énorme responsabilité devant Dieu et devant l’Église. Les noms des candidats à l’épiscopat, en d’autres termes la « terna », sont présentés au nonce apostolique. Le nonce apostolique, après avoir obtenu l’autorisation du dicastère compétent, procède à l’enquête sur chaque candidat. Le nonce et Rome font entièrement confiance à la conscience, à la droiture et à l’honnêteté des informations. Si tout est fait dans la crainte de Dieu et pour le bien de l’Église, il n’y a pas de raison que la contribution des informateurs ne puisse pas aider le Pape à choisir de bons évêques. Tout dépend de l’Église locale. Mais je voudrais aussi souligner que parfois d’excellents prêtres ne sont pas faits pour être évêques. Il arrive aussi qu’un excellent prêtre, une fois évêque, devienne méconnaissable, parce que l’autorité, l’exercice du pouvoir l’ont profondément modifié. Au lieu d’être un père, un guide spirituel et un pasteur, il devient un chef difficile et pauvre en rapports humains. »

12 comments

  1. Bayard

    La sagesse dont fait preuve le Cardinal Sarah est un témoignage qu’il est bien inspiré par Dieu. Je partage entièrement son analyse sur l’Eglise catholique ballottée à tous vents de doctrine et où ceux qui veulent rester fidèles deviennent la cible des nouveaux « prophètes ». Que Dieu nous donne de nombreux cardinaux comme celui-là!

  2. Cassianus

    Il n’y a pas que des problèmes de relations humaines. Il y a des évêques qui, avant d’être nommés, professaient déjà des opinions douteuses. La chose était connue et ils ont été nommés malgré tout. Insuffisance du filtrage ? On ne peut pas penser cela quand on constate que leurs successeurs maintiennent la même ligne idéologique.

    Donnons un exemple : en Afrique du Nord, les évêques sont tous indifférents à l’évangélisation des Musulmans. Quand on lit un peu leurs publications, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’une posture stratégique (une feinte indifférence pour faciliter la cohabitation) mais bien de la conséquence logique d’une réelle indifférence à la motivation théorique du bien moral – considérant d’ailleurs, comme bien moral suffisant pour le salut, un vague altruisme, une insaisissable disposition à la solidarité sociale qui se traduirait politiquement en « engagements » pour le progrès de la démocratie… Ce sont des gens qui pensent, qui écrivent, et qui écrivent parfois beaucoup, et il est aisé de se rendre compte que leur détermination de ne rien faire du tout pour l’évangélisation des Musulmans procède de leur conviction intime que l’appartenance religieuse est une chose indifférente et que seul compte ce qui est fait pour la fraternité universelle.

    Cette idéologie indifférentiste et maçonnique leur est constante. Elle était repérable par l’examen de leur conduite pastorale avant leur consécration épiscopale. Et ce qui est plus fort encore, elle correspond au sentiment général et unanime des évêques d’Afrique du Nord. Comment ne pas penser qu’elle soit, pour ainsi dire, l’orthodoxie exigée pour avoir un poste d’évêque en Afrique du Nord ? Est-ce que Rome y enverrait un évêque qui penserait avoir le devoir sacré de baptiser les Musulmans qui, volontairement, voudraient devenir chrétiens ? Or si recevoir les convertis qui se présentent spontanément n’est pas envisageable, que penserait-on, à Rome, d’un évêque qui aurait l’intention consciente et explicite de faire connaître l’Evangile aux Musulmans, dans l’espérance qu’ils y croiront et se convertiront ?

    • toto

      Ce comportement a été imposé par les loges maçonniques qui ont interdit toute évangélisation en Afrique du Nord. Maintenant on le paye comme le père Charles de Foucauld l’avait prédit

  3. Cécile

    Il est formidable Mgr Sarah !
    Mais attention, l’interpellation de ceux qui semblent dévier doit se faire avec douceur et charité, sinon on obtient l’effet inverse qui est l’obstination dans l’orgueil. Pour le faire, il vaut mieux prendre conseil auprès de gens ou prêtres qui ont du recul et qui prient, et bien sûr prier plusieurs jours et demander conseil à l’Esprit Saint avec humilité.

    Je voudrais poser une question à Mgr Sarah a propos de la messe anticipée de la veille qui devient souvent la messe principale de certaines paroisses.
    Quelqu’un pourrait il me dire comment lui écrire ?
    Merci d’avance

    • Bernard L.

      @ Cécile
      Voici son adresse sur Twitter:
      https://twitter.com/Card_R_Sarah
      Je ne connais pas d’autre contact.

      Je me suis moi-même posé la question sur la validité de la Messe du dimanche anticipée au samedi soir..
      je pense qu’on peut y assister seulement si un empêchement grave ne permet pas d’être présent à la Messe du dimanche. Une rencontre amicale, une partie de chasse, un repas de famille, un évènement sportif ou autre réjouissance ne peut compromettre, à mon humble avis, sa participation à la Messe du dimanche. Cela me parait évident.
      Avec mes respectueuses salutations,.
      Bernard

  4. Pauvre pécheur que je suis

    Un texte et un homme inspiré par l’Esprit Saint +++

    Ce n’est pas de tomber qui est grave mais de refuser de se relever +++

  5. ROMANOS

    Merci Monsieur le Cardinal pour vos magnifiques déclarations « décoiffantes » !

    A quand des évêques de la tempe d’un Cardinal Sarah à la tête de l’Eglise « qui est en France » (trop souvent « luthéro-gallicane ») ?

    La solution ne résiderait-elle pas dans la nomination de saint évêques venant d’Afrique en vue de secouer vigoureusement une « Eglise locale » qui se contente le plus souvent d’accompagner la perte du « sens de la Foi », du peu de fidèles qui lui reste … ( en direction de … la « Grande Apostasie » ?).

  6. Paul Ben

    Le dépôt de la foi Catholique nous est préservée parait-il par autres que certains évêques Allemands, Français, Italiens ou Américains ou même ce Pape qui confus tout le monde par ses propos irresponsables.

  7. joëlle

    nous savons bien qu’il y à beaucoup de certain évêques qui sont pas bien !!!
    et ça de plus en plus !!!
    je pense qu’il sont trop bureaucrates et moins bien moins spirituelle !!!
    pauvre France pauvre église !!!

  8. Bruno ANEL

    C’est une évidence. Un bon curé de paroisse ne fait pas forcément un bon évêque. Mgrs Castet (Vendée) ou Le Vert (ex-Quimpert) sont sans doute de bons prêtres, mais il faut des qualités particulières pour gouverner un diocèse.

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