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Quelles sont les valeurs de la République ?

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Lors de la traditionnelle messe pour la France célébrée mercredi 29 mai au matin en la basilique Saint-Pierre de Rome à l’occasion de la fête de sainte Pétronille, le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, a rappelé devant l’ambassadeur de France près le Saint-Siège, qu’il était important d’être fidèle aux « valeurs de la République ». « Nous vivons aujourd’hui à une époque où un certain nombre de nos contemporains doutent que la fidélité soit possible ». Certains se demandent ainsi, « dans un univers relativiste », si l’on peut « rester au long des années fidèle à une personne dans le couple, à une cause, à des idées », tandis que « certains même vont plus loin et suspectent la fidélité d’être une entrave à la liberté ». La fidélité est possible parce qu’elle est « un don de Dieu ». Il a assuré qu’elle était « une œuvre créatrice », expliquant que « loin d’être une nostalgie paralysante qui nous rendrait prisonniers du passé », elle « se vit dans le présent et nous tourne vers l’avenir ».

Outre la fidélité en amour ou à l’Eglise, le cardinal Jean-Pierre Ricard a fait référence à la fidélité aux valeurs de la République.

« Il ne suffit pas par exemple de répéter dans le chantier éducatif: liberté, égalité, fraternité. Encore faut-il aider les jeunes à entrer dans l’expérience à laquelle ces convictions fortes de notre République font référence ».

Quelle liberté ? Celle qui autorise des médecins à tuer des bébés dans le sein de leur mère ? Quelle égalité ? Celle qui dénature le mariage institué par le Bon Dieu dès la création ? Quelle fraternité ? Celle qui consiste à laisser les chrétiens être moqués dans les médias, insultés en permanence, agressés dans leur foi ?

Michel de Jaeghere, dans un entretien paru sur le site de Renaissance Catholique rappelle les valeurs de cette République issue de 1789 :

« Sa charte fondatrice est en effet la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789. Or celle-ci contient des dispositions qui changent profondément la nature du régime dont elle a conservé les dehors et le nom. Ces principes sont ceux que proclament d’une part l’article 3 : « Le principe de toute souveraineté réside dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément », d’autre part l’article 6 : « La loi est l’expression de la volonté générale. » Ces deux dispositions fondent, en dépit des apparences, un régime entièrement nouveau qui se distingue non seulement de la démocratie classique, mais de tous les régimes politiques (monarchiques, aristocratiques) connus auparavant.

La première de ces dispositions conduit en effet la démocratie moderne à considérer le mode de désignation par l’élection comme l’unique fondement de toute légitimité. Dès lors que le principe de souveraineté réside dans la nation (entendue ici comme le corps électoral), nul ne pourra légitimement prétendre exercer cette souveraineté sans avoir été choisi par le suffrage de cette nation. Or on n’avait jamais pensé à cela auparavant. Même parmi les partisans de la République. Dans la démocratie moderne, la désignation des gouvernants par les gouvernés cesse d’être considérée comme une technique parmi d’autres, bonne dans certaines situations, pour certains types d’État, mauvaise ou imprudente, inadaptée pour d’autres. Elle est réputée le seul mode de désignation légitime. Les régimes non démocratiques deviennent donc immoraux. L’élection des gouvernants devient un droit imprescriptible qu’on ne saurait remettre en question sans remette en cause les fondements de l’ordre social. C’est un impératif moral. On jugera qu’un gouvernement est bon non plus dans la mesure où il poursuit le bien commun mais dans la mesure où il est démocratique. On estimera qu’un régime s’améliore à proportion qu’il se démocratise. Et non plus en fonction de la paix et de la prospérité qu’il apporte aux populations, du degré de civilisation qu’il promeut ou des vertus qu’il encourage. Moins encore de la préservation de la morale publique.

La deuxième caractéristique de la démocratie moderne, souligne Madiran, est que « la loi est l’expression de la volonté générale ». Et seulement cela. Elle doit être approuvée par la majorité. Elle n’a besoin que de cela pour être incontestable. Formidable révolution. « Toujours, dans toutes les civilisations, écrit-il, la loi était l’expression d’une réalité supérieure à l’homme, d’un bien objectif, d’un bien commun que l’homme traduisait, interprétait, codifiait librement, mais non arbitrairement. » La fonction du législateur – roi, dictateur, assemblée d’anciens magistrats, Parlement élu – était de mettre en œuvre une raison, une justice et un ordre supérieurs aux volontés humaines. Qu’il s’agisse de la volonté présumée de Dieu ou de l’ordre du monde tel qu’il avait été transmis par la sagesse des anciens. « La légitimité de la loi, rappelle encore Madiran, celle du pouvoir, celle des gouvernants, résidait dans leur conformité à cet ordre supérieur. » Dans les démocraties classiques, on confiait au corps électoral le soin d’approuver les lois qui lui paraîtraient les plus conformes à l’ordre du monde ou à la volonté de Dieu. Dans la démocratie moderne, on lui demande d’édicter les lois les plus conformes à sa propre volonté, déclarée universellement souveraine. L’apparence peut être identique. La réalité est très différente. Dans le premier cas, on demandait au peuple ce qu’il pensait correspondre à la justice. Dans le deuxième, on lui demande ce qu’il veut, et qui sera considéré comme juste pour la seule raison d’avoir obtenu une majorité de suffrages. On passe d’un souverain (individuel ou collectif) à qui l’on reconnaît le pouvoir de dire : je le veux, parce que c’est juste, à un souverain (collectif) qui dit : c’est juste parce que je le veux. C’est une révolution copernicienne. On a maintenu les termes ; on a renversé la logique.

La conséquence de ces deux dispositions est que, loin de nous en préserver, la démocratie moderne tend naturellement au totalitarisme, contrairement à ce que l’on croit. Et elle y tend du seul fait de ses principes. »

13 comments

  1. analyse enrichissante, merci pour cet article « démonstratif »…
    VALEURS de la République
    anecdote: à un stage enIUFM dont l’intitulé était les valeurs de la Rép., la feuille de présence fut confiée à une collègue qui la faisait tourner, sans contrôle hiérarchique, la feuille était émargée: aucune absence contrairement à la réalité.

  2. charles

    Le cardinal est toujours aussi peu courageux vis-à-vis du pouvoir politique.

    Il avait renoncé à s’opposer au travail le dimanche pour ne pas froisser N.Sarkosy.

    Dans la situation présente, il aurait été plus judicieux de rappeler, de Rome, que la République française ne peut pas imposer aux catholiques des lois qui violent leur conscience.

    C’est la condition qu’avait mise le Saint-Siège au ralliement à la Réplique au début du XXème siècle.

  3. Louis A. F. G. von Wetzler

    Les valeurs de la République ne sont pas les valeurs de la France historique. La République comme fille de la revolution athée est une enemie de la civilization chretienne. La France est la fille ainée de l’Eglise, on doit chosir entre les forces du mal et Dieu.

  4. Les valeurs de la République ? … n’existent pas, ou ne sont que des valeurs du droit naturel et chrétien dévoyées, déracinées, car autonomes des droits de DIEU, de l’Eglise, du Roi « lieu-tenant » de Dieu.

    Pour l’heure, force est de constater au travers du discours de S.E. Card. Ricard, que pour remettre la France à l’unisson du droit naturel et chrétien on pourra compter avec lui mais pas grâce à lui.

    Les hommes d’Eglise ont beaucoup à se faire pardonner avec la succession de leurs « ralliements » à la forme républicaine de gouvernement depuis plus de deux siècles qui met le temporel chrétien dans une impasse tout autant qu’il accompagne implicitement la déchristianisation républicaine de la France.

    …les Bleus sont là… nous aussi !

  5. C.B.

    « Quelle liberté ? Celle qui autorise des médecins à tuer des bébés dans le sein de leur mère ? »
    Parmi les arguments à opposer, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant [texte entré en vigueur dans notre pays le 2 septembre 1990 http://www.unicef.fr/contenu/actualite-humanitaire-unicef/la-convention-internationale-des-droits-de-lenfant-2009-09-02%5D dont l’article 6 précise « Les États parties reconnaissent que tout enfant a un droit inhérent à la vie. »
    sachant que par « enfant » il faut entendre « personne non majeure »
    et que la Cour européenne de justice, le 18 octobre 2011, a précisé que
    « Tout ovule humain doit, dès le stade de sa fécondation, être considéré comme un embryon humain dès lors que cette fécondation est de nature à déclencher le processus de développement d’un être humain »
    (source http://www.genethique.org/?q=node/11110&dateyear=201110 )

  6. Gérard(l'autre)

    C’est encore plus simple que cela !
    Il suffit de se rappeler que : « Une Loi n’est pas Juste parce qu’elle est Loi. Elle est est Loi parce qu’elle est Juste » …

  7. et pourtant les Royalistes tirent la sonnette d’alarme depuis 2 siècles, sur les déviances constantes de la démocratie telle que raisonnée par la République Française.
    Cette démocratie là n’a plus rien à voir avec le mode électif vertueux qui était préconisé par Aristote, et plus tard St Thomas d’Aquin. il est urgent que l’on sorte de ce processus mortifère qui ne peut qu’aboutir aux dictatures de la pensée partout où ce système est en place.
    Il est urgent de revenir à une démocratie équitable exercée par les corps sociaux, il est urgent de rétablir la Royauté et de protéger le Roi et le Peuple de l’emprise des oligarques par le référendum d’initiative populaire veto et propositions, et le veto du Roi et le référendum d’initiative royale , afin de limiter l’emprise sur l’état d’oligarques et de générer grace à cela un véritable gouvernement par « les meilleurs » c’est à dire les aristocrates selon les dons de ceux-ci. (rappel aristocratie et noblesse sont deux corps sociaux différents, on peut être aristocrate en étant du peuple et appartenir à la noblesse et ne pas être aristocrate, encore que l’appellation « noble » implique pour un noble de faire tout son possible pour être un aristocrate.
    Les révolutionnaires qui voulaient abattre les corporations savaient bien ce qu’ils faisaient en abbattant l’aristocratie, ils abattaient les meilleurs des professions, ceux qui avaient les dons de gouvernement et de recherche de la qualité à tous les niveaux sociaux.

  8. bitika

    un pur produit des annees 60…. qui ont induit le debut de la fin de la France, Fille ainee de l’Eglise…
    il est grand temps que nous ayions une nouvelle vague d’Eveques et Cardinaux

  9. Sebastien

    Une réelle fraternité ne peut se vivre pour un chrétien sans une filiation à Dieu , notre Père à tous.
    La « démocratie moderne » est suicidaire puisqu’elle rejette ses origines.

  10. Pingback: L’évêque aux armées a-t-il oublié l’inscription  » MANE THECEL PHARES  » à cause de son incompatibilité avec la devise  » Liberté Egalité Fraternité  » et d’une vieille histoire de man

  11. Je me demande comment un cardinal peut exiger des catholiques qu’ils soient fidèles aux valeurs de la république vu qu’elle n’en a que deux : la cathophobie (contre nature pour un catholique) et la franc-maçonnerie (secte satannique).

    En ce qui me concerne, je combats la république et reste fidèle au Roi, Roi Très Chrétien, ce qui est tout à fait normal pour un catholique.

    Vive le Roi !
    A bas la Gueuse !

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