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Rencontre avec « Sa Sainteté » le Dalaï Lama

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Le mercredi 14 septembre au Collège des Bernardins, sur le thème « Le dialogue interreligieux au service du respect et de la tolérance », se sont rencontrés le Dalaï Lama, accompagné de Matthieu Ricard, le Pasteur François Clavairoly (Président de la Fédération Protestante de France), le Métropolite Emmanuel (Président de l’assemblée des Évêques Orthodoxes de France), M. Anouar Kbibech (Président du Conseil Français du culte Musulman), M. Haïm Korsia (Grand Rabbin de France), le Cardinal André Vingt-Trois, Archevêque de Paris, le Révérend Olivier Wang-Genh (Président de l’Union Bouddhiste de France).

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Intervention du cardinal André Vingt-Trois

Sainteté,

1103-29051337954_4b593fd785_o-54ddbVotre présence aujourd’hui, nourrit et fortifie le sentiment qui m’habite et que je voudrais vous partager, qui est un sentiment de reconnaissance et de joie devant ce que nous vivons. Beaucoup de nos contemporains, en France, mais pas seulement en France, dans d’autres pays du monde, sont souvent habités par la nostalgie de temps plus heureux. En vivant le moment que nous vivons, je pensais qu’il y a seulement cinquante ans, une telle rencontre aurait été inimaginable et que la connaissance mutuelle que nous pouvons avoir les uns des autres était infiniment moins riche que celle que nous avons aujourd’hui.

Ce progrès dans la rencontre des religions doit beaucoup à un certain nombre de pionniers qui, au long de ces dizaines d’années, ont aidé à développer une nouvelle approche. Sans doute, l’histoire retiendra que vous avez été l’un de ces pionniers. 
Mais il y a un phénomène nouveau qui marque notre XXIe siècle : le développement d’une culture et d’une communication mondialisées. Cette culture et cette communication mondialisées sont souvent critiquées, -pas toujours sans raison-, on leur reproche beaucoup de choses, mais nous devons au moins leur reconnaître un mérite dont nous profitons, c’est qu’elles nous aident à identifier le défi auquel nous sommes confrontés et que vous avez désigné dans vos interviews comme le défi du dialogue.

Aujourd’hui, pour des milliards d’êtres humains, beaucoup plus que cela n’a jamais été le cas, la compassion à laquelle vous appelez ne peut plus se limiter simplement à la bienveillance envers son proche immédiat, mais doit inclure un sens de la responsabilité universelle, comme le Pape François l’a évoquée dans son encyclique Laudato Si, la responsabilité de la maison commune. Vivre aujourd’hui la compassion, cela veut dire nécessairement être réceptif aux informations multiples qui nous arrivent du monde et qui sont l’écho des souffrances et des espérances de tant d’hommes et de femmes.

De même, la rencontre des religions a pu pendant beaucoup de temps, rester le privilège de quelques spécialistes que vous avez évoqués dans votre « premier cercle de théologiens », de religieux, qui maîtrisent la capacité d’entrer en relation avec des systèmes de pensée différents mais qui finalement laissent le peuple tout entier ignorant de ces rencontres. Aujourd’hui, en tout cas chez nous, la rencontre des cultures et des religions n’est plus une discipline universitaire seulement, elle est une expérience commune. L’étranger, celui qui croit dans un autre système religieux, celui qui ne croit pas, tous sont aujourd’hui présents physiquement à nos côtés. Entrer dans le dialogue des religions, ce n’est pas simplement avoir une maîtrise rationnelle de la confrontation des idéologies, c’est développer une capacité de relations constructives et fraternelles avec des hommes et des femmes dont l’identité, l’origine, ou l’histoire auraient pu construire des concurrents, voire même des ennemis.

C’est pourquoi, j’ai le sentiment de vivre une période particulièrement exaltante parce qu’à travers ce défi du XXIe siècle, chacune de nos religions est confrontée à des exigences renouvelées : des exigences concernant leurs liens avec des systèmes politiques, des exigences concernant leurs liens avec des systèmes culturels, des exigences concernant leurs capacités à terme d’ouvrir leur système de référence à un mode universel.

Comme vous le savez, dans nos traditions chrétiennes, la personne du Christ est identifiée comme le Sauveur de tous, et l’on pourrait dire, si l’histoire malheureusement ne nous obligeait à être plus modestes, que nous portons en nous des gènes universels : nous voulons que tous les hommes rejoignent le plan d’amour que Dieu nous a fait connaître. C’est à la fois un orgueil, une espérance et une mission redoutable. Comment, à partir de cette vision universelle, pourrions-nous ne pas tout faire pour rencontrer, estimer, aimer ceux qui ne sont pas comme nous et qui cependant sont tous fils de Dieu !

Je vous remercie.

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