« Nous n’avons pas besoin de chefs d’entreprises ou d’administrateurs délégués »

C’est ce qu’a déclaré le pape François à la Congrégation pour les évêques, aujourd’hui. Il a tracé un portait de ce doit être le rôle de ce dicastère, chargé de l’aider à désigner les pasteurs de diocèses de par le monde. Le pape y dénonce, comme souvent, le carriérisme, mais aussi le phénomène de cooptation, très présent dans le système de nomination de l’épiscopat français. Il fait même une référence au Concile de… Trente ! Voici les passages principaux de ce discours:

« Lors d’une consécration épiscopale, l’Eglise rassemblée invoque le Saint-Esprit et demande que le candidat soit ordonné. L’Evêque président demande alors s’il y a le mandat. Cette congrégation existe pour aider à rédiger un mandat qui sera ensuite diffusé dans de nombreuses églises pour la joie et l’espérance du peuple de Dieu. Cette congrégation existe pour s’assurer que le nom a avant tout été indiqué par le Seigneur. Le peuple de Dieu a besoin et attend un pasteur, quelqu’un au grand cœur. Il veut un homme de Dieu, pas un gestionnaire ni un administrateur de société, quelqu’un capable de s’élever à la hauteur de la vue de Dieu pour nous conduire à lui… Nous ne devons jamais perdre de vue les besoins des Eglises locales, auxquelles nous devons répondre. Or il n’existe pas d’évêque standard… Pour nous, l’enjeu est d’entrer dans la perspective du Christ en tenant compte de la réalité des Eglises particulières ».

« Pour choisir ces ministres nous devons nous élever… Nous devons nous élever au-dessus de nos éventuelles préférences, sympathies ou appartenances afin de saisir l’ampleur de l’horizon de Dieu… Nous ne devons pas être conditionnés par de petites considération, mais être des pasteurs dotés de la Parresia, c’est à dire capables d’assurer dans le monde un sacrement de l’unité et donc d’affirmer que l’humanité n’est pas destiné au chaos et à l’abandon… Au moment de signer la nomination d’un évêque, je veux pouvoir ressentir l’autorité de votre discernement et la grandeur de l’horizon qui a mûri votre choix conseil. L’esprit qui préside à votre travail…doit être un processus humble, calme et laborieuse développé sous la lumière venant d’en haut. Professionnalisme, service et sainteté de vie: Se détourner de ce trinôme nous ferait perdre la grandeur à laquelle nous sommes appelés ».

« La grandeur de l’Eglise réside toujours dans les profondeurs de ses fondations… L’avenir de l’Eglise réside dans ses origines… Nous le savons, le Collège épiscopal, dans lequel le nouvel évêque est inséré, n’est que le prolongement du Collège apostolique. Le monde a besoin de savoir qu’il s’agit d’une succession interrompue ». 

« Fondamentalement, l’évêque est celui qui peut actualiser tout ce que Jésus a vécu et, surtout, celui qui sait avec l’Eglise témoigner de sa résurrection… Il ne peut être un témoin isolé, mais doit témoigner avec l’Eglise… L’épiscopat n’est pas pour soi-même mais pour l’Eglise… pour les autres , surtout pour ceux que le monde exclut. Par conséquent, pour trouver un évêque nul n’est besoin de compétences culturelles ou intellectuelles ni même pastorales… Nous avons besoin de quelqu’un qui rayonne par son intégrité, par une capacité à des relations saines..,qui ne projette pas ses lacunes sur les autres au point de devenir un facteur de déstabilisation… Ses capacités culturelles lui permettront de dialoguer avec les gens et leurs cultures, son orthodoxie et sa fidélité à la vérité complète telle que l’Eglise la conserve en feront un pilier et une référence… Sa transparence et son détachement dans la gestion des biens de la communauté lui accorderont de l’autorité ainsi que l’estime de tous. Toutes ces caractéristiques essentielles doivent cependant laisser le pas central au témoignage du Ressuscité ».

« Les décisions ne peuvent pas être conditionnés par des revendications personnelles ou de quelque groupe dominant. Pour garantir la souveraineté du choix de Dieu, nous devons respecter ce que nous dit notre conscience ainsi que la collégialité… Aucun arbitraire mais un discernement en commun. Personne ne peut tout avoir à portée de main. Chacun, avec humilité et honnêteté, doit apporter sa tesselle à une mosaïque qui n’appartient qu’à Dieu ».

« La foi venant de l’annonce…nous avons besoin d’évêques kérygmatiques, d’hommes de doctrine, non destiné à mesurer le manque de vérité du monde de vérité mais » pour le remplir de beauté et d’amour, « pour lui offrir la liberté que donne l’Evangile. L’Eglise n’a pas besoin de défenseurs de ses propres causes ou de croisés pour ses propres batailles, mais de semeurs humbles et confiants de la vérité…d’hommes patients qui savent que l’ivraie ne pourra jamais remplir tout le champ ».

« Après avoir évoqué les évêques kérygmatiques, je veux maintenant insister sur l’autre point essentiel de l’identité épiscopale. L’évêque doit être un homme de prière, qui doit avoir la même Parresia que dans la proclamation de la Parole. Sa prière doit advenir devant Dieu, à qui il doit demander le bien de son peuple, le salut de son peuple… Un homme qui n’aurait pas le courage de parler à Dieu au nom de son peuple ne peut pas être un évêque, ni celui qui n’est pas en mesure de conduire le peuple à où de Dieu veut… Et cela vaut également pour la patience apostolique… L’évêque doit être patient devant Dieu », en se laissant chercher et trouver par lui.

« Soyez des bergers proches des gens, des pères et des frères patients et miséricordieux, remplis de pauvreté intérieure comme matérielle, avec la liberté, la simplicité et l’austérité de vie… Ne vous comportez pas en princes ambitieux. N’ayez pas d’ambitions dans l’épiscopat et soyez seulement l’époux de vote Eglise en évitant de lui être adultère en ambitionnant un autre siège. mais soyez capables de garder le troupeau qui vous est confié, de le tenir uni… Je le redis, l’Eglise a besoin de pasteurs authentiques ».

« Assiduité et quotidien sont souvent associés aujourd’hui à la routine et à l’ennui. Trop souvent, nous essayons d’y échapper pour un ailleurs. A une époque de congrès et autres réunions, le décret de résidence du Concile de Trente est des plus actuels. Il serait bon que la Congrégation pour les évêques rappelle à son respect. Malheureusement l’Eglise n’échappe pas à ce danger… Le troupeau a besoin de trouver place dans le cœur de son pasteur. Si cela n’est pas solidement ancré en lui, dans le Christ et dans son Eglise, l’évêque sera constamment à la recherche de compensations éphémères, sans offrir aucun refuge à le troupeau ».

16 comments

  1. Pellabeuf

    La cooptation est inscrite dans le code de droit canon.
    C’est en réunion provinciale que les évêques dressent des listes d’épiscopables pour les envoyer au nonce, et qui désignent-ils sinon ceux qui ont partagé avec eux l’expérience du gouvernement des diocèses ?
    Les listes adressées aux nonces sont donc remplies de noms de ceux qui continueront la pastorale actuelle.
    Il reste bien sûr à chaque évêque la possibilité d’envoyer seul les noms auxquels il pense. Mais on ne voit pas que cela puisse changer grand chose.

  2. Flichy Anne (de P )

    Moi aussi , je remercie le Saint Père de ces paroles fortes et vraies. Que nos Evêques , en France en particulier, en prennent conscience ( si l’on peut dire ! avec tout le respect que nous leur devons.!) .Le Saint Père donne si bien le portrait d’ un véritable EVEQUE….. et appuie si bien sur le rôle de l’Evêque dans son diocèse .

  3. Daniel

    Parfait … Je retiens en particulier :
    « N’ayez pas d’ambitions dans l’épiscopat et soyez seulement l’époux de vote Eglise en évitant de lui être adultère en ambitionnant un autre siège » par exemple un siège académique ??
    Mais en plus il y a des sièges discrets, privés, occasionnels, où l’on aime bien s’assoir pour faire ami-ami avec les puissants; même si ça peut donner une légion d’honneur ces sièges sont aussi à refuser poliment dès lors que l’on ne se sent pas la force de rester libre de ses actions et paroles.

    Mais le problème de la nomination des évêques a été de tous les temps, une lutte tripartite entre le peuple de Dieu, les princes et Rome, parfois sanglante au sens propre. En tout cas c’est bien que le pape François remette ça sur le tapis, c’est que malgré la collégialité ou même à cause d’elle, il doit bien voir une corrélation entre les évêques et les « difficultés » de l’Eglise et aussi de l’application de sa propre action de Pape. Bon ça va, il commence à se frotter au vrai « truc », son boulot va vraiment commencer après la phase médiatique.

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  5. Keller Françoise

    Attention à l’orthographe…au 3e § de la citation du discours papal (entre autres) :
     » Le monde a besoin de savoir qu’il s’agit d’une succession interrompue.  » Il faut sans doute lire: INinterrompue…!

  6. paul

    Merci merci merci Très Saint Père François. Vos paroles sont si nécessaires pour la plupart des évêques français sont des intouchables, bien distants de leurs troupeaux. Nous avons besoins de vrais pasteurs, sinon les brebis s’égarent. Nous avons besoins d’hommes de coeur mais pas de coeurs de pierre. Que Dieu soit béni poir vos paroles de « papa ». Continuez à nous aider, vous êtes notre pape, notre évêque et notre père.

  7. giannetto di camporella

    Merci trés saint Père FRANCOIS pour vos paroles de foi ,d’ authenticité et de vérité. Les évêques de France entendront ils votre appel de la congrégation des évêques .Certains continuront a se comporter en ambitieux en cultivant leur image en mettant leur photo un peu partout….!pour bien se montrer.

  8. lechable jean louis

    En premier lieu, c’est à boire comme du petit lait,
    en suite, laisser le sublime nous amener au divin, tant il est docte mais aussi humble à Dieu…

  9. chouan 12

    Moi aussi j’attendais cela depuis longtemps, c’est sans doute ce que pensaient les papes précédents mais c’est mieux de le dire. Tous ceux qui ne correspondent pas aux critères précités devraient avoir l’humilité de démissionner, quant à la cooptation c’est un jeu auxquels les évêques de l’Eglise qui est en France se plaisent à jouer, car si ce n’était pas le cas nous n’aurions certainement pas un nombre de prélats insipides et sans saveur assis sur leurs dogmes de 68 et nous aurions une église qui irait de l’avant , d’ailleurs on le voit lorsque les évêques sont de vrais pasteurs!!!!!!

  10. gaudet

    Effectivement il s’agit ici un rappel indispensable du statut et de la condition d’un ministre de Dieu, dont l’apostolat se déroule normalement dans un contexte de simplicité de vie, d’oubli volontaire des ambitions mondaines, et des préoccupations futiles n’entrant pas dans le cadre d’une mission de service pure de l’Eglise et de salut éternel des humbles fidèles d’un diocèse .

    Nous pouvons tous remarquer que de telles déclarations fermes et nettes , condamnant le carriérisme et l’esprit mondain, s’appliquent parfaitement à un certains nombres d’évêques français , dans le style d’un Mrg Dagens ou Mrg Dubost, dont le comportement pastoral , est proprement délétère.

    Par ailleurs il était également indispensable d’insister sur la haute dimension spirituelle d’un véritable évêque, pour qui la prière et la relation à Dieu , doit être le centre de la vie, faisant de lui un juste intercesseur auprès du Seigneur de ses frères de foi, que la providence lui a confiés .

    En revanche je ne peux ici que reconnaître en moi une réaction réelle de désappointement quant le pape affirme que l’Eglise n’a pas « besoin de défenseurs de ses propres causes ou de croisés de ses propres batailles  »

    Ici même le saint père semble volontairement ignorer la situation concrète de l’Eglise sur le terrain, dans les différents pays, ou précisément elle se trouve, c’est à dire ses humbles fidèles , confrontées à des attaques et agressions de plus en plus violentes, et donc la nécessité de se défendre et de se protéger !

    Contrairement aux allégations du pape, je suis convaincu que chaque évêque, mis à part sa dimension profonde de pasteur spirituelle de son peuple , doit réagir vigoureusement contre toutes les attaques contre ses propres fidèles ,mais également combattre de manière énergique, l’ensemble des déviations morales et doctrinales , se développant dans la société ou se situe son diocèse .

    Chaque évêque, à l’image du christ chassant les marchands du temple, doit prendre la parole contre toutes les dépravations sociétales, et ne pas hésiter à fulminer ses plus sévères réprobations contre les visées criminelles de n’importe quel gouvernement de politicards pourris, bien dans le style de la clique de marxistes enrichis et débauchés , hélas présent au plus haut sommet de l’état français !

    Mis en présence du déferlement de déviances exorbitants , que contiennent les projets législatifs les plus délirants, l’évêque et ses confrères , doivent compléter leur statut d’humbles pasteurs priants, par la brillante armure du combattant croisé, dont le sacrifice ultime peut éventuellement se concrétiser , par une dure sanction pénale, prononcée évidemment par une justice politique et partiale, entièrement aux ordres d’un pouvoir abjecte !

    Je rêve profondément du jour , ou un ou des évêques français seront traduits devant des tribunaux pour prises de position sans concession, contre les lois criminelles de notre sale république maçonnique, et recevront un soutien fervent et charitable du saint père , qui n’hésitera pas à prononcer les reproches les plus sévères , contre un gouvernement français ennemi de Dieu !

    La déclaration du pape affirmant que l’Eglise n’a pas besoin de croisés, implique donc l’existence d’évêques, se désintéressant totalement non seulement des abominables débauches de la société et du monde politique, mais également des agressions intolérables , dont sont victimes leurs fidèles humbles et innocents , ce qui proprement inepte , absurde et intolérable .

    Déjà , au moment ou les meilleures familles catholiques furent violentées et ignoblement gazées dans les rues de Paris, nos évêques ignorèrent volontairement la réalité de ces faits scandaleux , et n’exprimèrent aucune parole de soutien et de compassion, envers les victimes appartenant même à leur propre diocèse. Sommes nous fondés à croire que le saint père approuve et soutien une telle attitude de coupable indifférence ? Cette seule pensée m’est absolument insupportable!

    Rappeler que les évêques sont des défenseurs de la vérité, c’est bien! mais non pas suffisant , car encore faut il insister que précisément la défense de la vérité, passe inévitablement par un affrontement plus ou moins violent avec le monde dépravé , dans lequel les fidèles des diocèses , se trouve plongés tous les jours !

    Défendre la vérité et en témoigner, conduit inévitablement à une mission de combat et de sacrifice, à l’image justement des croisés médiévaux qui luttèrent en terre sainte, pour garantir la pérennité des pèlerinages chrétiens, qui avant leur arrivée, subissaient les agressions fort violentes des musulmans locaux !

    Dans les paroles du pape, nous discernons seulement la définition d’un modèle d’évêque, uniquement consacré aux œuvres de prière et de charité sociale,et dont la simplicité de vie et l’abandon de toute forme d’ambition personnelle, s’accompagnent aussi d’un désintérêt profond pour les questions sociétales douloureuses et sensibles . C’est oublier le fait que n’importe quel prélat et ses fidèles du diocèse, tous porteurs des valeurs et des vérités évangéliques, tout ou tard s’affronteront fatalement aux réalités concrétés , d’un monde de profondes dépravations .

  11. THEOBALD François

    Ceux qui me donnent confiance dans l’Eglise catholique sont les prêtres ou moines présents dans leurs églises. Je vous cite quelques exemples qui me reviennent à l’esprit au fil des années :
    - un curé quasiment toujours présent dans « son » église, très « touristisque » (Villefranche de Conflent) et abordant en toute simplicité les visiteurs. Il ne peut malheureusement plus le faire, étant à la retraite.
    - un prêtre a genoux devant le Saint-Sacrement sur la pierre dure et priant avant la messe (Les Lilas)
    - un moine balayant le chœur de l’église de Solesmes Sarthe.
    - un curé passant la serpillière dans l’église avant un enterrement (Bavilliers).
    - un curé attendant les fidèles dans un confessionnal dans une église vide, mais ouverte tout le dimanche (Jouy).
    - un prêtre venant à le rencontre des étrangers de passage à la sortie de la messe (Delft)
    Eux sont les pasteurs paisibles et apaisants de leurs brebis ! Grande sera leur récompense dans les cieux !

    FT

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