archivnummer-_kna_192296

Un témoignage de l’abbé Schmidberger sur la normalisation de la Fraternité Saint-Pie X avec Rome

Download PDF
L’abbé Franz Schmidberger fut le successeur de Mgr Lefebvre. En 1982, ce dernier le choisit comme supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), fonction qu’il assuma pendant douze années. À ce titre, il a collaboré avec le prélat aux grands événements des années 1980 : les pourparlers avec Rome, le sacre de quatre évêques en juin 1988 ou le développement de la FSSPX. Aujourd’hui, il demeure discret et exerce la charge de recteur du séminaire de Zaitzkofen en Allemagne.
Comme il est l’unique ancien supérieur général, celui qui a bénéficié de toutes les confidences du fondateur, ses avis sont particulièrement écoutés au sein de la Fraternité. À l’occasion de ses quarante années de sacerdoce, il est revenu sur sa longue expérience aux côtés de Mgr Lefebvre. On y apprend, par exemple, qu’il échangeait avec le cardinal Thiandoum sur leur père spirituel commun, mais aussi qu’il a choisi avec Mgr Lefebvre les noms des candidats à l’épiscopat en 1988. Il aborde aussi la question de la normalisation des relations entre Rome et la Fraternité et il explique notamment comment le fondateur de cette dernière l’entrevoyait à l’heure où il transmettait le flambeau. Voici un extrait de cet entretien publié par l’agence DICI:
Mgr Lefebvre prévoyait très bien, après les consécrations épiscopales, la possibilité de nouveaux entretiens avec Rome. Un jour, au sujet de la direction future de la Fraternité et en particulier du Chapitre général à venir, en 1994, il m’a dit très précisément ceci : « Si Rome reprend à nouveau contact avec vous, il vaut mieux éviter qu’un évêque soit Supérieur général car il sera peut-être difficile pour les autorités romaines de traiter avec un évêque “excommunié” ; si ce n’est pas le cas, un évêque peut aussi reprendre la direction de la Fraternité ».
Il escomptait bien qu’un jour les choses se normaliseraient, et devraient se normaliser, eu égard en particulier à ce que montraient les faits : d’une part le déclin et la décomposition rapide et continuelle de l’Église officielle, de l’autre l’extension continuelle et le développement de la Fraternité. Justement en ce qui concerne de tels contacts, Monseigneur nous a précisé la marche à suivre : il ne peut y avoir aucun compromis sur la doctrine ni sur la foi catholique dans son intégralité, mais on peut faire preuve de souplesse lorsqu’il s’agit de l’application des principes. Autrement dit : fortiter in re, suaviter in modo [inflexible sur le fond, doux dans la manière]. Si les autorités romaines, et en particulier le pape lui-même, nous appellent à unir nos efforts pour rechristianiser la société, alors nous ne pourrons que nous en réjouir en veillant cependant à conserver notre intégrité, à rester tels que nous sommes.

8 comments

  1. Sami

    « Rechristianiser la société »: voilà un rôle magnifique pour la Fraternité!
    Quel destin que celui de cette longue résistance à des avancées qui n’ont pas donné les fruits qu’on attendait d’eux !
    Mais peut-être que ce n’était pas encore le temps des fruits…. Et que dépassés les anathèmes réciproques, le temps est venu d’une réconciliation féconde .

  2. karr

    L’heure semble avoir sonnée ,l’Eglise est en pleine décomposition,le salut des âmes importe plus que toute autre chose!
    Les séminaires sont vides tout comme les noviciats,la foi n’est plus transmise,les évêques font de la politique au lieu d’être de véritables pasteurs,les communautés fondées depuis quarante ans et moins ne tiennent pas la route,les signes sont là,si le Pape propose un statut confirmant nos droits ,sans aucune ambiguité,alors acceptons.
    C’est de l’intérieur que nous pourrons être utiles et non en demeurant marginalisés,les catholiques dans leur grande majorité ne connaissent pas les richesses de la véritable doctrine catholique et de la liturgie traditionnelle,l’occasion se présente .

    • Daniel

      Oui, c’est de l’intérieur que l’action porte des fruits, maintenant que la coupe est prête d’être bue jusqu’à la lie par ceux des modernistes qui ont outrepassé les limites de la catholicité. Il ne serait pas raisonnable de rester figé dans l’attitude de Mgr Lefebvre, attitude qui était tout à fait nécessaire il y a 35 ans mais qui ne correspond plus à la bonne stratégie aujourd’hui et demain. Et Mgr n’a jamais voulu sortir, il a été sorti de l’Eglise.
      Dans les moments les plus noirs de sa vie, la sainte Eglise catholique – contre qui ne prévaudront pas les portes de l’enfer et qui est sainte sans pour autant n’être constituée que de saints – a su se régénérer de l’intérieur. Regardons le passage du pape Borgia – qui a profané le siège de Pierre – à la contre-Réforme. Il y a des erreurs à ne pas commettre : 1°/ Se dire qu’avant 1962 tout allait bien et que la sainte messe ne produisait que des saints et des prêtres saints, 2°/ Se dire qu’aujourd’hui les catholiques qui entendent la messe nouvelle sont mauvais chrétiens, que tous les prêtres qui donnent leur vie au Christ et disent cette messe sont des faux prêtres, 3°/ Que toutes les messes selon le nouvel ordo sont dénuées de sacralité pour ceux qui l’entendent comme on entend la messe de saint Pie V, 4°/ Que tous les Evêques sont dévoués à Lucifer et tous les diocèses sont stériles.
      Il existe des fraternités de prêtres, des communautés de laïcs et des Evêques capables de remplir des églises et des séminaires. Et pas seulement la Fraternité Sacerdotale St Pierre ou d’autres similaires de plus petite taille, mais des communautés telles celle de St Martin, de l’Emmanuel, etc. et qui sont utilisées par les Evêques réellement catholiques pour renflouer des diocèses qui étaient en perdition.
      Par contre, tout ce qui est sorti durablement de l’Eglise a périclité, par exemple la « petite Eglise » après la révolution française. Même les centaines d’Eglises réformées végètent depuis 5 siècles face aux 1,7 milliards de catholiques. Et ce sont les plus « traditionnels » de chez eux (pas besoin de dire leur nom) qui progressent et évangélisent dans les nations les plus hostiles.
      Si la Tradition attend trop, elle a un réel risque de se nécroser car la réalité à laquelle sont confrontées les nouvelles générations ne sont pas celles de leurs parents qui se séparèrent de Rome au moment où il le fallait. Il y a de l’osmose entre jeunes et c’est comme le métissage, ce sont les « gens » qui créent la paix dans leur (vraie) vie, pas les gouvernants depuis leurs sphères pensantes et leurs habitudes.
      Se lever le matin est un risque, on peut être mort le soir.
      Entrer dans l’Eglise est un risque, mais si on a une vraie foi, la Vérité dans toute sa pureté, et la charité alors on peut y avancer en sureté et avec succès pour la gloire de Dieu, on peut avoir l’espérance. Il ne faut pas avoir une foi qui a besoin de se cacher derrière des réflexes de défense et des paravents d’anathèmes et d’idées obsolètes ou toutes faites. Il ne faut pas avoir peur de l’impure, comme les pharisiens.
      Les apôtres ont tout risqué.

  3. Pingback: Le milieu catholique traditionnel en pleine mutation - Riposte-catholiqueRiposte-catholique

  4. Léa

    plus que jamais la Fraternité est indispensable pour rechristianiser la France, quand les croyants vont se rendre compte qu’ils ont été floués pendant des décennies, la réaction sera spectaculaire!

  5. Benoit V.

    Merci Sami pour votre commentaire !
    « Rechristianiser la société » est effectivement le rôle de tout catholique qui a conscience des grâces reçues par son baptême.

    Les temps troublés que nous vivons actuellement ne sont plus à la guerre des chapelles, ni à un repli sur nos seules certitudes. Le Christ ne disait-il pas aux pharisiens repliés sur leur dogme qu’ils étaient des sépulcres blanchis. Qui peut prétendre détenir la Vérité, sauf le Christ ?

    Nous ne sommes plus dans les années 1970 (après le concile) pendant lesquelles les séminaires se fermaient effectivement et la Foi catholique n’était plus enseignée valablement.

    Voyons avec plus d’objectivité les chiffres comme le nombre des ordinations 2014 en France :
    – 7 prêtres à Versailles comme à Paris et à la Fraternité SSPX,
    – 84 prêtres diocésains (sur un total en France de 157 ordinations),
    – 20 prêtres dans les communautés pratiquant le rite extraordinaire (Chanoines réguliers de la Mère de Dieu, Fraternité Sacerdotale Saint Pierre, Institut du Christ Roi , Institut du Bon Pasteur , Missionnaires de la Miséricorde, Fraternité Sacerdotale Saint Pie X comprise)

    Sur 10 ans, Toulon et Paris sont les premiers (94 et 88 ordinations) et les 2è Strasbourg et Versailles (39 ordinations)

  6. Pingback: Abbé Jacques Laguérie : « la Fraternité Saint-Pierre est un peu l’héritière de Mgr Lefebvre » - Riposte-catholiqueRiposte-catholique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *