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Amoris Laetitia : l’analyse de Mgr Aillet

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A l’occasion de la publication de « Amoris Laetitia », le 8 avril 2016, Mgr Marc Aillet présente cette exhortation apostolique du pape François sur l’amour dans la famille. Extraits choisis :

Le pape François, qui veut davantage promouvoir la bonne nouvelle du mariage et de la famille que de se cantonner à une « pastorale des échecs », adopte un ton résolument positif : il s’agit moins de dénoncer le mal que de promouvoir le bien. Dans une salutaire réaction d’autocritique, il souligne que la manière, parfois négative, dont on a pu présenter par le passé les convictions  chrétiennes  ou  traiter  les personnes, a pu provoquer ce dont nous nous plaignons aujourd’hui (cf. n. 36).

Pour autant, il n’élude aucune question épineuse, y compris celles qui sont débattues dans le contexte sociétal d’aujourd’hui, et il n’hésite pas à porter une parole qui est à « contre-courant ». En ce sens il juge sévèrement « les interventions coercitives de l’État en faveur de la contraception, de la stérilisation ou même de l’avortement » (n. 42). En invitant à redécouvrir le message de l’encyclique Humanae vitae de Paul VI, il en souligne l’actualité et le caractère  prophétique en matière de régulation des naissances (n. 82) ; il ira jusqu’à encourager « le recours aux méthodes fondés sur les rythmes naturels de fécondité » (n. 222). Il ne badine pas sur le droit inaliénable à la vie : il dénonce une mentalité antinataliste et des politiques mondiales de santé reproductive qui conduisent à un inquiétant déclin démographique (n. 42). Il exprime surtout un grand oui à la vie : « La valeur d’une vie humaine est  si grande, et le droit à la vie de l’enfant innocent qui grandit dans le sein maternel est si inaliénable qu’on ne peut d’aucune manière envisager comme un droit sur son propre corps la possibilité de prendre des décisions concernant cette vie qui est une fin en elle-même et qui ne peut jamais être l’objet de domination de la part d’un autre être humain » (n. 83). Il insiste pour dire que la vie est toujours un don de Dieu, même quand elle n’est pas désirée par ses parents : « Tout enfant est dans le cœur de Dieu, depuis toujours, et au moment où il est conçu, se réalise l’éternel rêve du Créateur. Pensons à ce que vaut cet embryon dès l’instant où il est conçu ! » (n. 168). D’où la préconisation de moyens concrets, comme l’adoption, pour accueillir dignement ce don de Dieu.

Qu’en est-il de l’admission des fidèles divorcés remariés à la communion sacramentelle ?

S’il ne parle pas explicitement de l’admission des fidèles divorcés remariés à la communion sacramentelle, c’est précisément parce que son intention déborde largement ce sujet. Dans l’avion le ramenant de Grèce, il répondait à un journaliste :

« Lorsque j’ai convoqué le premier Synode, la grande préoccupation de la majorité des média était : les divorcés remariés pourront-ils recevoir la communion ? Et puisque moi, je ne suis pas un saint, cela m’a un peu agacé, et aussi un peu attristé. Parce que je pense : mais ce média qui dit ça, ça, ça, il ne se rend pas compte que ce n’est pas cela le problème important ? Il ne se rend pas compte que la famille dans le monde entier, est en crise ? Et la famille est la base de la société ! Il ne se rend pas compte que les jeunes ne veulent plus se marier ? Il ne se rend pas compte que la baisse de natalité en Europe fait pleurer ? Il ne se rend pas compte que le manque de travail et que les possibilités de travail font que le papa et la maman prennent un travail chacun et les enfants grandissent seuls et n’apprennent pas à grandir en dialogue avec le papa et la maman ? Voilà les grands problèmes ! ».

De même, il ne dénonce pas non plus la discipline en vigueur. Et pour cause, puisqu’elle a été constamment rappelée par ses prédécesseurs : Saint Jean Paul II, dans Familiaris Consortio n. 84 et Benoît XVI, dans Sacramentum caritatis n. 29. Chacun rappelle que la pratique ou la discipline de l’Église – discipline  vient de disciple – est « fondée dans l’Écriture sainte ». Il serait bien difficile de dénoncer une telle discipline, quand on sait qu’elle repose sur le lien intrinsèque entre l’Eucharistie et le Mariage. L’état d’infidélité matrimoniale, quelle qu’en soit l’imputabilité subjective ou les circonstances atténuantes, est en effet incompatible avec la communion sacramentelle qui consiste précisément, pour les époux, à s’unir à l’alliance indissoluble et fidèle du Christ et de l’Église dans laquelle ils sont entrés librement et sans contrainte – jusqu’à preuve du contraire par une éventuelle déclaration de nullité – au jour de leur mariage sacramentel indissoluble.

D’ailleurs, si ce lien n’est jamais évoqué pour les divorcés remariés, il l’est en revanche pour les fidèles divorcés qui demeurent fidèles à leur mariage : « En même temps, les personnes divorcées mais non remariées, qui sont souvent des témoins de la fidélité conjugale, doivent être encouragées à trouver dans l’Eucharistie la nourriture qui les soutienne dans leur état » (n. 242). Un indice discret mais réel que dans l’esprit du pape François cette doctrine demeure.

Dans son livre Le nom de Dieu est miséricorde, il loue même l’attitude d’un homme divorcé remarié « qui allait à la messe tous les dimanches, qui se confessait et disait au prêtre : “Je sais que vous ne pouvez pas me donner l’absolution, mais j’ai péché en ceci et en cela, donnez- moi une bénédiction” » : « C’est cela, un homme religieusement formé » (p. 40). Puis, reprenant les indications de ses prédécesseurs, il insiste sur la via caritatis : « En toute circonstance, face à ceux qui ont des difficultés à vivre pleinement la loi divine, doit résonner l’invitation à parcourir la via caritatis. La charité fraternelle est la première loi des chrétiens (cf. Jn 15,12 ; Ga 5,14) » (n. 306). En revenant du Mexique, le pape François a évoqué l’attitude d’un couple de divorcés remariés qui l’avait impressionné : « Et ces deux personnes étaient heureuses ! Elles ont utilisé une très belle expression : “Nous ne faisons pas la communion eucharistique, mais nous faisons la communion lors des visites à l’hôpital, en effectuant ce service-là, ou bien ce- lui-ci…”. Leur intégration est restée là. S’il y a quelque chose de plus, le Seigneur le leur dira, mais… c’est un chemin, c’est un parcours ».

11 comments

    • Bonsoir,
      Tout à fait d’accord Oscar.
      L’ambiguïté est loin d’être levée par les tenants du pouvoir de la hiérarchie catholique.
      Le « Va et ne pèche plus » de Notre Seigneur JESUS-CHRIST, dit à la femme adultère, est sans concession. Le péché d’adultère est pardonné, certes, mais à condition qu’il cesse. Il est hors de question de l’instituer en règle générale, tout en restant dans le péché.
      Que DIEU vous bénisse et vous garde dans Sa Paix et sa Joie!
      Merci
      JFL

  1. observateur

    Cher Oscar, votre foi est profonde, mais veuillez lire l’histoire du christianisme et des sacrements pour éviter des affirmations à l’emporte pièce. Tout le monde sait que le christianisme avait tout christianisé pour réaliser l’unité cosmique en Jésus Christ, car après lui il n’y a plus d’autre messie à attendre ni d’autres prophètes à écouter; « le Christ est tout en tous ». Cela étant, l’Eglise avait emprunté beaucoup de concepts à la tradition hellénistique, par exemple les mots  »théologie, liturgie, sacrement, philosophie… »; l’Eglise avait aussi christianisé les fêtes païennes romaines, par exemple Noël…on a aussi emprunté les ornements autrefois réservés aux princes et aux empereurs pour en faire les habits liturgiques…nous avons enfin hérité le droit canon du droit romain d’autrefois; bref, les sacrements chrétiens ne sont pas tombés du ciel…Dans toutes traditions, les êtes humains ont besoin d’exprimer ou de célébrer leur foi (ce qu’ils croient) par des gestes extérieurs, faits, rites, gestes, cérémonies, chants, danses: ce sont des symboles d’une grande portée spirituelle, morale, cultuelle, humaine, etc., ça aide à célébrer les différents moments de la vie à la mort, de lutter contre les forces du mal qui risqueraient d’anéantir la vie, d’exorciser les personnes possédées, de purifier les lieux et les hommes, de bénir et de sauver, etc., C’est de là qu’est venu le terme  »sacrement »… par ailleurs il n’y a pas de divin sans l’humain et inversement.

  2. Paul

    Dans son livre Le nom de Dieu est miséricorde, il loue même l’attitude d’un homme divorcé remarié « qui allait à la messe tous les dimanches, qui se confessait et disait au prêtre : “Je sais que vous ne pouvez pas me donner l’absolution, mais j’ai péché en ceci et en cela, donnez- moi une bénédiction” » : « C’est cela, un homme religieusement formé » (p. 40).
    Si cet homme allait à l’autre vie dans cet état de l’âme, n’était-il condamné à l’enfer?
    La charité fraternelle est la première loi des chrétiens (cf. Jn 15,12 ; Ga 5,14) » (n. 306)
    Le premier des Commandaments a-t-il changé par le second?.

  3. « C’est cela, un homme religieusement formé » (p. 40). Oui cet homme est religieusement formé, parce qu’il accepte et reconnais la vérité, comme le bon larron, comme la femme adultère, comme le publicain, il reconnait humblement son état de péché. Voilà pourquoi je suis convaincu qu’en guise de bénédiction demandée, il a reçu l’absolution de Dieu. Le problème c’est qu’on veut nous faire croire que la culpabilité n’existe plus et que vivre en état d’adultère est normal. On défie la parole de Dieu qui a lui même dit que quitter une femme ou un homme pour en épouser un autre ou une autre est adultère. On exige et on revendique le droit aux sacrements en faisant fi de la parole de Dieu avec le soutien de ceux qui sont censés vous ramener dans le droit chemin est un suicide collectif des âmes. Sont ils plus miséricordieux que l’auteur même de la miséricorde ? Sont ils plus royalistes que le roi ?

  4. karr

    Mais ce synode et l’exhortation de Bergolio servent à quoi ?
    Y est-il question de la préparation au mariage?Il faut bien avouer que beaucoup trop souvent des personnes n’ayant pas même la foi demandent un mariage religieux,que proposent les évêques et Bergolio dans ce domaine?
    On s’adresse à des catholiques pratiquants qui savent ce qu’est le péché,la sainte communion,mais ce n’est qu’une goutte d’eau en considération de ces millions de couples qui ne mettent jamais les pieds à l’église,qui ne donnent aucune formation religieuse à leurs enfants,à ces personnes divorcées qui communient.
    A mon humble avis la rechristianisation de notre société est primordiale mais le clergé actuel ,en commençant par le Pape,les cardinaux et les évêques ne sont pas à la hauteur,ils sont totalement dépourvus face aux réalités de ce temps.
    En fait ce Pape n’a rien pour lui,ce n’est pas un véritable pasteur,ce n’est pas non plus un spirituel,en un mot ce n’est pas un modèle.
    J’espère qu’au prochain conclave les cardinaux seront plus réceptifs à l’Esprit-Saint et aux attentes du peuple chrétien,plus soucieux du bien de l’Eglise pour le salut des âmes et l’annonce de l’Evangile à travers le monde qu’à leurs manoeuvres sournoises!

  5. Panetier

    Mgr Aillet déçoit largement ceux qui voyaient en lui un conservateur équilibré.
    C’est un bon évêque qui, sur ce dossier grave, semble fermer les yeux.
    Au minimum, il aurait pu utiliser le mot « ambiguïté » pour évoquer les articles qui fâchent.

    Certes il pourra veiller à ce qu’une pastorale réellement catholique soit maintenue dans son diocèse mais, il aura manquer de courage pour dénoncer les dangers qui découleront de la porte entrouverte par cette exhortation.
    Quel déception quand on sait son franc-parler habituel.

    Mais soyons patients,plus tard, il se ressaisira.

  6. Gershom Leibowicz

    Le refus de l’histoire.

    Notre vie sous le regard de Dieu s’apprécie t elle uniquement à travers le prisme de catégories juridiques qui la figent et lui donnent des étiquettes définitives ou doit elle se comprendre dans la dynamique de son histoire qui comprend des chutes et des relèvements?
    Les sacrements ne doivent ils pas alors jouer pleinement le rôle de viatique pour aider à ces relèvements ,en ce qu’ils sont le signe efficace de la grâce de Dieu?

    Par sa lecture partielle voire partiale de l’exhortation, Marc Aillet répond non à ces deux questions.Il légitime ainsi un apartheid juridique entre les fidèles qui prive le mot miséricorde de toute signification concrète puisque le fidèle en situation irrégulière qu’il ne peut parfois pas quitter sans commettre un péché plus grave encore devient ainsi concrètement définitivement indigne des sacrements

    Plus grave encore :1) il réserve le secours des sacrements à ceux qui sont en situation régulière ce qui conduit à ne jamais prendre en compte les véritables chemins de conversions qui ne peuvent aboutir pour des raisons diverses (personnes divorcées remariées ayant fondé une famille par exemple ) à régulariser la situation ;2) il dévalue les sacrements puisque l’on affirme que , en situation irrégulière on peut être en communion sans le secours des sacrements (de quoi sont ils le signe alors?)

    En résumé : que crèvent les hommes pourvu que vive la sainte doctrine. Voilà la signification des propos de Marc Aillet sur cette exhortation.

  7. Iris

    Je trouve assez surprenant que Mgr Aillet ne mentionne pas la note 351 de Amoris Laetitia qui, elle, ouvre la porte du chemin qui permettra la Communion aux divorcés remariés.
    Si je peux comprendre son désir de confirmer la Doctrine et tout mettre en positif, ce n`est pas en niant la réalité, en disant que si le pape ne parle pas « explicitement de l’admission des fidèles divorcés remariés à la communion sacramentelle, c’est précisément parce que son intention déborde largement ce sujet «  que Mgr Aillet pourra effacer cette note qui est le moyen que le pape et ses conseillers, conscients qu`ils ne pouvaient pas modifier la Doctrine, à savoir la Parole du Christ, ont trouvé pour faire passer dans la pratique leur volonté réformatrice.
    D`ailleurs le pape lui-même, dans l`avion qui le ramenait de Lesbos, n`a-t-il pas répondu à un journaliste qui lui demandait si dans l`AL il y avait pour les divorcés remariés de nouveautés:
    « Je peux dire que oui, mais ce serait une réponse trop courte », en renvoyant le journaliste à la présentation du card. Schönborn dont l`opinion et la pratique dans son Diocèse ne sont pas un secret?
    Passer la note 351 sous silence n`est pas un service que l`on rend aux catholiques, un Pasteur, en plus de confirmer la Doctrine, devrait aussi attirer l`attention sur cette note et la confusion qu`elle engendre, il n`y a qu`à voir comment les médias, les catholiques progressistes s`en sont emparés pour assurer que désormais les divorcés remariés pourraient se communier.

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