abu bakr al Baghdadi

Analyse – La mission universelle de l’Islam – Nous ne sommes pas au bout de nos peines

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Dans son numéro de mai 2016, la revue L’Histoire publie une série d’articles sur les califes et l’Islam. La tendance de cette revue n’est plus à démontrer et ses conclusions n’engagent malheureusement pas qu’elle.

Toutefois, dans l’un de ces articles, nous pouvons lire p.57 une citation d’un des plus grands historiens et philosophes de la question, Ibn Khaldoun (1332-1406).

la mission universelle de l'Islam

Pour être plus complet et ne pas trop tirer cette citation hors du contexte de la pensée de son auteur, précisons que, pour le philosophe, l’Islam est conaturellement conquérante, à la différence du christianisme qui selon lui s’est imposé à l’empire romain de façon pacifique. C’est ce qu’il entend lorsqu’il parle des « autres communautés ».

Si pour lui le djihad est inhérent à la foi de l’Islam et justifie les violences de la conquête, une fois les peuples convertis ou soumis, l’Etat est pacifique.

L’auteur de l’article, Gabriel Martinez-Gros, conclut du reste en ces termes, « C’est l’élan religieux originel qui porte la violence et l’Etat qui désarme et pacifie. » Précisons, une fois la conquête achevée. Or celle-ci ne peut l’être que lorsque la mission universelle de l’Islam est accomplie.

L’islam est conquérant par nature. « Le terme djihad est du reste le terme juridique choisi par les Abbassides au IXème siècle pour désigner l’obligation religieuse assignée à l’Etat islamique de mener une guerre permanente contre les infidèles. » (id. Ibib. p. 54)

Le califat, aboli par Atatürk en 1924 et autoproclamé en 2014 par Abu Bakr al-Baghdadi (à qui les terroristes jurent allégeance avant leurs actions, encore à Orlando et à Magnanville) est la seconde étape de cette reprise en main de la vocation conquérante de l’islam (initiée par les frères musulmans en 1928). Se réclamant descendant du prophète, s’habillant de noir comme les califes abbassides, Abu Bakr al-Baghdadi dépasse ainsi le cadre étroit d’une juridiction territoriale. Il est le commandeur des croyants par delà les frontières, comme l’étaient les califes, après les reculs de l’armée ottomane, mais déjà avec l’abaissement Omeyyade.

Pour les Arabes, à la différence des Turcs, le pouvoir religieux est indissociable du pouvoir militaire. Ce n’est que la dégénérescence du pouvoir des califes qui a conduit à cette distinction au profit des sultans, dont les Ottomans qui reprirent, tardivement, à leur compte le titre de calife et précisément après la défaite face aux Russes, en Crimée, (1774) pour demeurer, selon l’accord, chefs religieux des musulmans passés sous domination étrangère.

Les festivités organisées par Erdogan, à l’occasion de l’anniversaire de la prise de Constantinople, se situent, idéologiquement, dans cette même veine. Et peu s’en faut que le monde soit pris en tenaille entre le calife de Mossoul et le sultan d’Istanbul. Lesquels du reste ne pourront que s’entre-tuer.