Tariq Ramadan

Brève – Tariq Ramadan – Portrait

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Extrait de l’entretien (réservé aux abonnés) donné au Monde le 21 avril 2016

 

Le voilà donc, cet homme dont le nom paraît sentir le soufre jusque dans les bureaux de Matignon. Le voilà, cet intellectuel de 53 ans qui a déjà écrit près de trente livres et dont les interventions filmées – plan serré sur son visage et voix monocorde – postées sur son compte Facebook comptabilisent des centaines de milliers de  » vues « .

En vingt-cinq ans, ce Suisse qui vit à Londres, dans une jolie maison de brique très British aux abords du stade de Wembley, a sillonné la plupart des villes françaises, toutes leurs banlieues, et discouru dans une grande majorité des mosquées de l’Hexagone. Son public, rameuté par les associations musulmanes locales et souvent l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), est un mélange de familles populaires, de jeunes filles arborant un foulard sur un visage bien maquillé, de chômeurs, d’étudiants, de petits chefs d’entreprise et parfois de barbus portant le qamis, ce vêtement long traditionnel. Certains ont lu ses livres. D’autres ont écouté ses cassettes. La plupart, surtout, l’ont vu à la télévision, invité à plusieurs reprises par Thierry Ardisson, Laurent Ruquier, Franz-Olivier Giesbert ou Frédéric Taddeï qui adorent convier dans leurs amphithéâtres de lumière cet  » islamologue, professeur à Oxford  » dont les universités françaises ne veulent pas.

 

Sa démarche est pourtant moins électorale que gramscienne, au sens où le révolutionnaire communiste italien Antonio Gramsci prônait le combat culturel, préalable à la prise de pouvoir politique. Au sens où l’entendaient aussi les Frères musulmans, cette organisation secrète fondée en Egypte en  1928 par Hassan Al-Banna, le grand-père de Ramadan. De fait, courir les mandats n’intéresse pas Tariq Ramadan :  » Je suis contre le principe d’un parti musulman parce que je suis contre le vote communautaire « , dit-il doucement. Il préfère travailler à la diffusion des valeurs musulmanes au sein d’une société civile heurtée par un matérialisme dont elle ne profite pas toujours et nourrie par un fort sentiment d’injustice sociale, dit-il.

 

C’est aux enfants et petits-enfants d’immigrés que Ramadan s’adresse. Mais à la revendication citoyenne et antiraciste qui porta en  1983 la Marche des beurs, bientôt déçue par la gauche, il a ajouté des revendications religieuses. Et a contribué à faire de cette combinaison entre citoyenneté et religion une nouvelle identité assumée. » L’islam est une religion française, affirme-t-il ainsi devant ces auditoires conquis par avance. Vous avez la capacité de faire que la culture française soit considérée comme une culture musulmane. Et il faut le dire avec force et le vivre avec détermination. « 

 

C’est aux enfants et petits-enfants d’immigrés que Ramadan s’adresse. Mais à la revendication citoyenne et antiraciste qui porta en  1983 la Marche des beurs, bientôt déçue par la gauche, il a ajouté des revendications religieuses. Et a contribué à faire de cette combinaison entre citoyenneté et religion une nouvelle identité assumée. » L’islam est une religion française, affirme-t-il ainsi devant ces auditoires conquis par avance. Vous avez la capacité de faire que la culture française soit considérée comme une culture musulmane. Et il faut le dire avec force et le vivre avec détermination. « 

 

Tariq Ramadan se met à critiquer la façon dont la question du voile est, selon lui, très mal gérée en France.  » A chaque fois, qu’une personne posait une question précise sur son discours religieux, il répondait par des “Vous m’inquiétez… je suis gêné par la façon dont vous vous exprimez…” «  Echaudé, le pasteur fait part de ses craintes à Michel Morineau :  » Il se sert de nous comme d’un tremplin. Nous lui servons de caution intellectuelle. «  En vain.  » Du côté de la Ligue, et d’une partie des catholiques humanistes, il y a eu une générosité, une naïveté à son égard, dont il a totalement profité « , regrette-t-il aujourd’hui.

Tous reconnaissent pourtant qu’il a marqué une génération.  » Je crois que c’est la société civile qui change un pays, souligne ainsi Fateh Kimouche, qui tient un blog, Al-Kanz, très lu des jeunes musulmans. Il a réconcilié beaucoup d’entre nous avec le drapeau français. Tariq, c’était celui que nous voulions être. De ce point de vue, il a fait plus de bien que de mal et il a mis des rêves dans la tête des gens.  « 

 

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