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Une cellule d’accueil dans la province de Montpellier

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Mgr Turini, évêque de Perpignan, est interrogé par l’Indépendant :

Dans une homélie le 21 mars, lors de la messe du lundi saint, vous avez dénoncé les « conduites inqualifiables et inacceptables » des prêtres accusés de pédophilie, tout en ayant une pensée pour les victimes pour lesquelles selon vous « il n’y a pas de prescription de leurs souffrances ».

Il faut savoir parler. Il faut dire que ces affaires de pédophilie soulevées à Lyon secouent tout le monde et en priorité les victimes. Ce que l’on a découvert lors de nos discussions fraternelles entre évêques et avec le cardinal Barbarin lors d’un rassemblement à Lourdes en mars dernier, c’est que la justice ne règle pas tout : elle n’enlève pas les blessures et 15, 20, 30 ans après, elles sont toujours présentes. Si à ce moment-là, nous, qui portons en tant qu’église, la responsabilité de nos prêtres, nous ne sommes pas capables d’écouter les victimes, leurs souffrances, leurs peines, comment elles ont été atteintes à vie, elles s’organiseront pour être entendues ailleurs et c’est naturel. Ce qui arrive au cardinal Barbarin peut arriver à n’importe lequel d’entre nous. On peut avoir un défaut d’appréciation sur tel ou tel prêtre ou telle ou telle situation, mais il nous faut être vigilants et que nous puissions accueillir toutes les victimes, même si les faits sont très anciens ou qu’ils ont été jugés. Au niveau de la province de Montpellier, qui regroupe cinq diocèses, nous allons mettre en place une cellule d’accueil et d’écoute pour les victimes. Ce qui est aussi important, c’est que ces hommes et femmes qui ont été agressés sexuellement par des prêtres puissent se reconstruire. On doit tout faire d’abord pour les victimes.

N’est-on pas devant un problème plus profond d’absence de réforme de l’Eglise ?

Depuis 2000 et après des affaires graves de pédophilie, l’Eglise a pris des mesures. Quand de tels agissements sont avoués à l’évêque, ce dernier doit dire aux victimes d’aller porter plainte auprès du procureur de la République. L’évêque lui-même doit prendre ses responsabilités et le faire tout en ne perdant pas la nécessité d’accueillir les gens avec humanité. Après sur la question de la réforme, et notamment celle du mariage des prêtres, on nous dit que s’ils étaient mariés, cela n’arriverait pas. On a des militaires, des instituteurs qui ne sont pas célibataires. Pendant 14 ans, j’étais visiteur de prison à Nice, on m’avait demandé d’accompagner des pointeurs [détenus condamnés pour viol]. C’étaient des pères de famille. La pédophilie est un cancer qui touche toutes les composantes de la société et qui n’est pas qu’une question de célibat ou pas. Attention, je ne veux pas dédouaner l’église, loin de là, car je considère que des jeunes qui font confiance en un prêtre n’ont pas le droit d’être trahi pas ce prêtre. »

2 comments

  1. Non seulement la pédophilie, mais aussi le « mariage pour tous » qui oppose entre eux les membres du clergé: ceux qui en sont partisans et ceux qui s’y opposent; ces derniers ne sont pas nombreux. Le célibat n’en est pour rien, car il est naturel: nous naissons célibataires et nous mourons célibataires; le célibat est aussi une réalité sociologique, car les célibataires sont dans toutes les couches sociales. Au cœur de ce problème il y a la manque de foi: les prêtres qui excellent volontairement dans l’immoralité ne croient pas au mystère de la foi qu’ils célèbrent; pour eux, il n’y a rien après la mort; la vie c’est ici et maintenant; d’où les actes immoraux que nous déplorons mais le mal est déjà fait…certains séminaristes et prêtres affirment haut et fort qu’ils sont entrés dans la prêtrise non pas parce qu’ils ont la vocation, mais parce qu’ils auraient appris que c’est le lieu par excellence où se vit le  »mariage pour tous »: nous parlons de ce dont nous sommes témoins oculaire: c’est pénible et malheureux de l’entendre, mais c’est comme ça! Par exemple, comment justifier qu’un tel homme qui a été avocat et professeur de droit pendant 40 ans, et subitement il est pris par l’Esprit Saint pour entrer au Séminaire! C’est vrai qu’il n’y a pas d’âge pour servir Dieu: dans la Bible, la plupart des vocations intervenaient vers l’âge de 40 ans; seuls Jérémie et Samuel furent appelés encore enfants; mais il faudra veiller sur de telles vocations tardives, car c’est parmi elles qu’on rencontre des écarts de comportements en la matière…

    • Philomène

      Merci pour votre témoignage courageux. Dans l’Eglise, il y a des saints et des saintes, d’excellents prêtres et d’excellentes religieuses, mais aussi beaucoup d’hypocrisie et de loi du silence. Certains membres du clergé et des ordres, ainsi que des laïcs ayant des responsabilités, se conduisent comme s’ils n’avaient pas été touchés par la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, à tel point que certains enfants, adolescents et adultes se retrouvent détruits, et c’est difficile et long de se reconstruire.

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