Danielou_Jean

Chaque mois, le cal Daniélou célébrait une messe pour le salut des homosexuels

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Sandro Magister publie un article intéressant sur un cardinal français, grand théologien du XXe siècle, Jean Daniélou :

« Au moment même où les cardinaux sont réunis en consistoire au Vatican et travaillent dur à la réforme de la curie, non loin de là, sur l’autre rive du Tibre, un cénacle de chercheurs qualifiés se passionne pour une question qui est certainement plus en prise directe avec l’actualité et avec l’avenir de l’Église et de l’humanité : le mystère de l’histoire. Pour être exact : le mystère de l’histoire vu par Jean Daniélou et Joseph Ratzinger.

Placées sous le patronage de la Fondation Vaticane Joseph Ratzinger-Benoît XVI et organisées dans les locaux de l’Université Pontificale de la Sainte-Croix, ces journées d’études s’ouvrent aujourd’hui, 12 février, dans l’après-midi et elles s’achèveront dans la soirée du 13.

C’est la seconde fois que l’université romaine de l’Opus Dei met en lumière le grand théologien, patrologue et liturgiste que fut Daniélou, jésuite et cardinal, injustement plongé dans l’ombre depuis sa mort, en 1974, chez une prostituée parisienne à qui il apportait de l’aide en secret.

Cette fois-ci, Daniélou se retrouve associé à Ratzinger. Et à juste titre. En effet ils figurent l’un et l’autre parmi les très rares théologiens de grande envergure du XXe siècle qui ont élaboré une vision de l’histoire authentiquement biblique et chrétienne : une histoire qui n’est pas gouvernée par le hasard, ni par la nécessité, mais qui est pleine des « magnalia Dei », les grandioses actions de Dieu, qui sont plus stupéfiantes les unes que les autres. Il suffit de lire, pour être conquis, ce chef d’œuvre que Daniélou a expressément consacré à cette question : « Essai sur le mystère de l’histoire ». Ratzinger et Daniélou ont l’un comme l’autre des caractéristiques originales. Le premier lit l’histoire dans le sillage de la « Cité de Dieu » d’Augustin puis dans celui de saint Bonaventure. Le second, pour sa part, est plus sensible au Père de l’Église génial que fut Grégoire de Nysse. […]

Le voile a été levé sur l’esprit de Daniélou, ainsi que sur ses œuvres cachées, par ses « Carnets spirituels », qui ont été publiés vingt ans après sa mort, mais également par un autre ouvrage, « Le chemin du labyrinthe », qui est l’autobiographie de son frère Alain, homosexuel, converti à un hindouisme teinté d’érotisme et compagnon de vie du photographe suisse Raymond Burnier.

Jonah Lynch, de l’Université Pontificale Grégorienne, autre organisateur du colloque dont il a également été le rapporteur, a déclaré à ce sujet :

« Il y a des dans les Carnets des pages touchantes dans lesquelles Jean Daniélou offre sa propre vie pour le salut de son frère homosexuel, Alain, alors que, de son côté, ce dernier, dans ‘Le chemin du labyrinthe’, rend hommage à Jean et à son amour sincère, tout en n’étant pas d’accord avec ses prises de position. On voit resplendir dans la vie du cardinal une approche ‘pastorale’ et délicate, un authentique amour évangélique, qui est tellement à la mode actuellement, mais en même temps le prix très élevé qu’un tel amour exige. Chez Jean Daniélou, l’amour pour ceux qui sont éloignés n’était pas cosmétique, c’était une réalité qui valait la peine d’aller jusqu’au martyre ».

À partir de 1943, avec le grand spécialiste de l’islam Louis Massignon, Daniélou a célébré chaque mois, dans la plus grande discrétion, une messe pour les homosexuels, « pour leur salut ». Ce point est confirmé par sa petite-nièce Emmanuelle de Boysson, dans le livre qu’elle a consacré aux deux frères, « Le Cardinal et l’Hindouiste ».

Mais son frère Alain lui-même en parle dans son autobiographie, dont il vaut la peine de relire cette page :

« Jean fut toujours envers moi d’une parfaite gentillesse. Il conserva toute sa vie un remords de la manière dont la famille m’avait traité et m’avait laissé sans appui. Il l’a souvent dit à des amis communs. Lors de la mort de mon ami Raymond, il confia à Pierre Gaxotte, dans les couloirs de l’Académie française, qu’il était désolé, pensant que j’en étais profondément affecté.

« La nomination de Jean au rang de cardinal fut pour lui une libération. Il échappait enfin au carcan jésuitique dont il avait certainement souffert. Ses dernières années furent les plus heureuses de sa vie.

« Sa mort et le scandale qu’elle provoqua, alors qu’il était devenu un des personnages les plus importants de l’Église, a été une sorte de vengeance posthume, une des ces faveurs que les dieux accordent à ceux qu’en somme ils aiment bien. S’il était mort quelques instants plus tôt ou plus tard, ou s’il avait rendu visite à une dame du seizième arrondissement pour de prétendues bonne œuvres, au lieu d’apporter les revenus de ses écrits théologiques à une pauvre femme dans le besoin, il n’y aurait pas eu de scandale.

« Jean s’était toujours intéressé aux mal-aimés. Il avait, pendant un temps, célébré une messe des homosexuels. Il cherchait à aider les prisonniers, les délinquants, les jeunes gens en difficulté, les filles de joie. J’ai profondément admiré cette fin semblable à celle des martyrs dont le parfum monte vers le Ciel sous l’opprobre et les quolibets de la foule.

« Il est mort comme meurent les véritables saints, dans l’ignominie, la risée, le mépris d’une société haineuse et vile. Durant les dernières années de la vie de mon frère, je résidais près de Rome et j’étais, du point de vue des gens d’Église, un apostat de quelque renom. On nous confondait parfois et des critiques avaient même attribué à mon frère mon livre ‘L’Érotisme divinisé’ en disant : ‘On connaît la liberté d’esprit des jésuites, mais tout de même…’. Mon frère se chargea de démontrer que le scandale ne vient pas de nos croyances ou de nos actes mais de l’ironie des dieux qui se moquent de ces fatras de règles de conduite et de soi-disant ‘vérités à croire’ dont les humains leur attribuent la paternité ».

On voit également affleurer dans les Carnets spirituels du théologien et cardinal Jean Daniélou le souci qu’il se fait pour le salut de l’âme de son frère homosexuel, auquel il est très attaché. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il évoque son désir de partir pour la Chine en tant que missionnaire :

« Les motifs que j’ai de désirer aller en Chine se ramènent au zèle du salut des âmes qui est l’objet de ma vocation. Une vie de jésuite n’est complète que si elle participe à la Passion de Notre Seigneur en même temps qu’à sa vie publique. Je sais que Notre Seigneur ne refuse nulle part cette participation à qui la lui demande ; mais je crains de me relâcher dans ce désir. Aux missions, il y a un lot presque assuré de privations, de déceptions, de dangers, peut-être la mort, peut-être le martyre. En plus de ces motifs, je note que j’ai une facilité d’adaptation qui m’aiderait à me faire Chinois avec les Chinois ; que la vie de missionnaire comporte plus d’occasions que la vie en France d’exercer les œuvres de miséricorde corporelle ; que je considérerai que ma vie n’aura pas été inutile si, à cause d’elle, l’âme d’Alain est sauvée et que je ne sais pas la mesure d’immolation que Dieu désire de moi pour cela ».

Dans une autre page des « Carnets spirituels », méditant sur la passion de Jésus au Jardin des Oliviers, il en arrive à vouloir prendre à sa charge le poids des « péchés » d’Alain et de toute autre personne :

« Jésus, j’ai compris que vous ne vouliez pas que je distingue mes péchés des autres péchés du monde, mais que j’entre plus profondément dans votre cœur et que je me considère comme responsable des péchés de ceux que vous voudrez : d’Alain, de tout homme qui vous plaira. Vous me faites sentir, Jésus, qu’il faut descendre plus bas encore, prendre sur moi les péchés des autres, accepter par suite tous les châtiments qu’ils m’attireront de votre justice et en particulier le mépris de ceux pour lesquels je m’offrirai. Accepter, désirer même, d’être déshonoré, même aux yeux de ceux que j’aime. Accepter les grandes abjections, dont je ne suis pas digne, pour être prêt du moins à accepter les petites. Alors, Jésus, ma charité ressemblera un peu à celle dont vous m’avez aimé ».

Et toujours dans une joie parfaite :

« Vivre de la foi, dont ce que je sais de plus clair est qu’elle est incompréhensible. Être d’humeur franciscaine, mortifiée et joyeuse, espiègle et mystique, totalement pauvre. Voir la manière humoristique dont le curé d’Ars se traitait pour échapper à toute vanité. Prendre par le comique tout le côté vanité de ma vie ».

5 comments

  1. brandenburg

    Je suis assez bien placé pour parler des Daniélou:ma mère a été élevée à Saint Marie de Neuilly,fondée et dirigée par Madame Daniélou dont le mari était un rad-soc politicien banal.Au fond de sa classe,un seul garçon,Jean Daniélou dont la santé était si fragile que sa mère n’avait pas voulu le mettre dans une école de garçon normale.Je ne sais s’il était un élève exceptionnel tant il était silencieux.Dans cette école,on faisait prier ainsi les jeunes filles: »Dieu,préservez-moi des passions ».Ma mère très jeune n’obéit pas et fit un mariage catastrophique avec un homosexuel qui fut annulé pur non-consommation puis épousa mon père qui était au courant de tout,le meilleur ami du frère de ma mère et ils eurent six enfants.Connaissant ce nom.,j’ai beaucoup lu Jean Daniélou,un théologien et historien hors pair et n’ai jamais cru aux racontars ignoble qui circulaient sur sa mort.Quant à son frère-qui était aussi musicologue,je l’ai lu aussi en partie et il m’a toujours inspiré de la répulsion avec son « hindouisme érotique »,plus érotique qu’hindouiste,quoique le Kama Sutra soit hindou déja.J’ai lu son « histoire de l’Inde » bâclée et faisant l’impasse sur des siècles entiers,une sorte de justification personnelle par un biais historique général.Une phrase de lui m’est restée en mémoire: »Seigneur ,tranche ma vie car je n’en peux plus ».Bref,un erratique!Pour l’avoir tant aimé,Jean Daniélou est vraiment un Saint!Qui serait capable d’une telle chose?

  2. Hervé Soulié

    J’ai un très grand respect pour le cardinal Daniélou, grand chrétien et grand patrologue, mais ces Messes mensuelles « pour les homosexuels » me laissent perplexes, et même mal à l’aise.
    Pourquoi cette attention particulière ?
    Sont-ils de plus grand pêcheurs que les autres ?
    Ont-ils tué, comme des dizaines de millions l’ont fait au cours des âges ?
    Ont-ils volé comme des centaines de millions (y compris des capitalistes et des responsables politiques) au cours des âges ?
    Ont-ils procuré des avortements comme des centaines de millions au cours des âges ?
    Ont-ils maltraité, abandonné parents, femmes et enfants comme probablement des milliards au cours des âges ?
    Cette attention spécifique est gênante, malsaine même.
    Que l’on s’occupe un peu moins du salut des homosexuels et un peu plus du salut de tous les autres.

  3. Achille

    @Hervé Soulié
    « Sont-ils de plus grand pêcheurs que les autres ? »
    La question n’est pas là. Tout pécheur a besoin que l’on prie pour lui, quelle que soit la nature de son péché. Le cardinal était tout particulièrement préoccupé par le péché de l’homosexualité du fait que son frère était homosexuel non abstinent. Si son frère avait été voleur, il aurait alors probablement dit des messes mensuelles pour le salut des voleurs.
    « Que l’on s’occupe un peu moins du salut des homosexuels… » dites-vous. Et si on s’occupait du salut de tout le monde? Pourquoi cette sélection?

  4. gégé

    On a étouffé les circonstances curieuses de la mort de Mgr Rioblé découvert nu sur une plage du Languedoc mais que n’a t on dit sur la mort du cardinal où les histoires calomnieuses sonnaient faux comme de la fausse monnaie.

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