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Comment l’Église se situe-t-elle par rapport au jeu des partis ?

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Famille chrétienne a interrogé Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, et Jean-Philippe Mallé, attaché territorial de la région Île-de-France, ancien député PS (de 2012 à 2014), opposant au « mariage pour tous ».

« Parler de catholiques de gauche ou de droite a-t-il encore un sens aujourd’hui ?

Mgr Marc Aillet – Je pense que l’Église est universelle. En tant que pasteur, je sais que les fidèles sont de plusieurs sensibilités politiques. Ils peuvent se reconnaître davantage dans tel ou tel parti et en même temps, ils sont tous catholiques ! Nous ne sommes pas d’abord de droite ou de gauche, mais catholiques. Nous appartenons à l’Église. Et l’Église, en tant qu’institution, ne peut être ni de droite ni de gauche, elle est nécessairement au-dessus des partis. Pour moi, les adjectifs droite ou gauche ne peuvent qualifier le catholique. Le catholique a une autre source – celle de la foi –, qui éclaire les réalités sociales.

Jean-Philippe Mallé – Je n’aime pas l’expression « catholique de droite » ou « catholique de gauche ». On n’est pas sur le même registre quand on évoque des réalités spirituelles et politiques. Inspirons-nous du philosophe Pascal : ne mélangeons pas les ordres ! Quand on fait de la politique, on se place dans le contingent, le compromis au quotidien. Lorsqu’on s’occupe de foi, de religion, on touche à l’absolu. Cela posé, les catholiques ont la chance d’avoir une anthropologie qui se tient. J’appelle les chrétiens – dans les milieux politiques – à être cohérents avec la doctrine sociale de l’Église. Peut-on être contre le « mariage pour tous » et pour l’extension du travail le dimanche ?

Mais les catholiques se trouvent bien quelque part sur l’échiquier politique… ?

J.-P. M. – Les sondages nous disent que les catholiques votent grosso modo plutôt à droite. Cela dit, ils sont un peu partout sur l’échiquier politique. Ceux qui s’engagent à gauche le font au nom de la question sociale. Nous avons tous nos mythes, nos combats, même si la spiritualité échappe, au final, à l’opposition entre la droite et la gauche.

Mgr M. A. – La politique partisane rassemble moins qu’autrefois. Les Français peinent à s’y reconnaître. La confiance diminue, si l’on en croit les sondages (voir Repères). Comme si nos compatriotes avaient l’impression que la politique se limitait à une sorte d’oligarchie, transversale à tous les partis, plus soucieuse de son intérêt que de celui de la France.

[…]

Au final, qu’est-ce qui peut sanctifier la politique ?

J.-P. M. – Je crois à la cohérence. Elle peut être difficile à tenir, mais elle est capitale quand on est un catholique engagé en politique. Cohérence avec notre vision de l’homme. Il faut lire Bernanos, Péguy, Bloy : tous ces écrivains catholiques sont venus apporter le feu sur la Terre ! Un jour, François Mauriac et son épouse invitent à déjeuner l’abbé Lacaze, un abbé en vue à Bordeaux, et ami de la famille. Mme Mauriac se tourne vers lui : « Mais finalement Monsieur l’abbé, pourquoi vous êtes-vous engagé dans les ordres ? » Et le prêtre de répondre : « Mais pour tout faire sauter, Madame ! » Cette anecdote, amusante, réjouissait profondément le grand Mauriac. Elle signifie simplement qu’être chrétien, c’est avoir un regard sur la société : nous sommes dans ce monde, mais pas du monde…

Mgr M. A. – Nous croyons que l’homme n’appartient pas à César. Il appartient définitivement et ultimement à Dieu. Cela veut dire que la politique n’est pas étrangère à la sainteté. Elle doit rechercher les conditions économiques, sociales, intellectuelles, culturelles, morales, spirituelles, qui permettent à tous les citoyens d’atteindre leur fin dernière : la sainteté. La foi est devenue culture et elle a inspiré les institutions : c’était la chrétienté, dont je ne suis pas pour autant nostalgique. Un gouvernant pouvait ne pas être un saint ! Je pense à certains rois de France, qui n’étaient certes pas des modèles de vertu, mais qui étaient portés par des structures sociales imprégnées de l’Évangile.

Aujourd’hui, comme le disait Jean-Paul II, nous sommes face à des structures de péché. Il faut que se lève dans notre pays une nouvelle génération d’hommes politiques qui cherchent à faire advenir des structures plus justes. Pour changer vraiment les choses, nous avons besoin d’hommes politiques qui soient des hommes vertueux, et même, des saints !  »

1 comment

  1. remy

    Les réflexions de Jean Philippe Mallé, comme celles de Mgr Aillet, sont intéressantes :
    J’appelle les chrétiens – dans les milieux politiques – à être cohérents avec la doctrine sociale de l’Église. Peut-on être contre le « mariage pour tous » et pour l’extension du travail le dimanche ?
    Il a raison de relever cette incohérence.
    Il y en a de bien pires :
    Peut-on être catholique et soutenir des partis qui encouragent l’avortement ?
    Qui détruisent le lien familial ?
    Qui endoctrinent les enfants, et les volent de fait à leurs famille ?
    Qui encouragent l’idéologie du Genre (à commencer par Luc Chatel, ministre de Sarkosy).

    Ces questions et quelques autres sont essentielles, et prioritaires par rapport aux questions économiques.

    Force est de constater que TOUS les partis, dit de droite ou de gauche, sont aujourd’hui favorables à ces abominations. Et sont donc extrémistes.
    On peut n’être pas d’accord avec le FN sur tel ou tel point, reconnaissons qu’il est finalement moins extrémistes que ces partis de pouvoir.
    N’ayant jamais été au pouvoir, et affichant sur ces points des éléments de programme allant dans un meilleur sens (sans être parfait), on peut espérer que s’il accédait au pouvoir une inversion serait possible ?

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