Départ des religieuses du Palais de Justice

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Fin avril, les religieuses qui, depuis près de 150 ans, assuraient une présence au Dépôt du palais de justice de Paris, ont cessé leur mission. Le magistrat et historien du Palais, Etienne Madranges, leur rend hommage :

«Au Palais de Justice de Paris, on les appelait les Sœurs du Dépôt. J’allais parfois leur rendre visite. On discutait dans leur petit jardin, seul espace vert du Palais, qui conservera sans doute longtemps la trace de celles qui, dans un désintéressement total et avec un engagement constant, guidées par leur foi, ont œuvré avec tant d’humanité au service des êtres et de leur âme et au service de la justice. En ce début de printemps, elles quittent le Palais. Pas tout à fait définitivement, car elles reviendront ponctuellement en journée. Mais elles n’y habiteront plus et n’assureront plus ce service exceptionnel qu’elles nous offraient. En cause, la moyenne d’âge, élevée, et surtout l’absence de « recrues » depuis onze ans au sein de la Congrégation de Marie Joseph et de la Miséricorde, qui a toujours eu pour objectif principal, depuis sa fondation au 19e siècle, l’accompagnement des prisonniers, et qui était présente au Dépôt de Paris depuis cent quarante huit ans.

Dès 1865, les religieuses se trouvaient à la prison de Saint-Paul à Lyon, mais aussi auprès des prostituées de Bordeaux, puis à Rennes, en centrale, auprès de femmes condamnées à de lourdes peines, et à Paris (Saint Lazare, à La Roquette…). Elles ont toujours eu un rôle essentiel auprès des femmes déférées à la justice et transférées au dépôt. Elles ont longtemps été seules à encadrer, jour et nuit, les détenues, les policières n’arrivant en renfort qu’en 1999 ! Il y a quinze ans, au palais de justice, elles étaient une douzaine. Aujourd’hui, elles ne sont plus que cinq, vivant toujours dans les locaux du dépôt, dormant dans des cellules identiques à celles occupées par les détenues, cellules ayant d’ailleurs dans le passé accueilli des prisonnières. Des chambres au confort rudimentaire : un lit, une table, une chaise, une armoire…et des sanitaires communs dans le couloir. Leur statut de contractuelles du service public, rémunérées sous forme de subvention par la préfecture de police, avait été contesté devant le juge administratif par certains fonctionnaires soucieux de laïcité, qui demandaient leur expulsion au motif que le service public d’une République laïque ne saurait s’associer des religieuses. Le Conseil d’Etat, en 2001, avait rejeté leurs arguments en observant que, dès lors que l’intervention des soeurs était exclusive de tout prosélytisme, le principe de laïcité ou celui de neutralité du service public n’était pas remis en cause.

L’administration appréciait la sérénité incontestable apportée par ces religieuses qui veillaient à susciter un dialogue apaisant et à apporter des petits éléments de confort à des femmes déférées souvent dans l’angoisse à l’issue de leur garde à vue avant de rencontrer un magistrat susceptible de les envoyer en prison.

Pour toutes ces heures de présence, merci, mes sœurs, vraiment merci !»

6 comments

  1. Matis Jacques

    Pourquoi ces dames généreuses n’ont elles pas reçu une aide sérieuse des pouvoirs pour le travail donnés. Qui va les remplacer avec autant de, cœur?

  2. bitika

    comme ces religieuses vont manquer dans la nuit angoissante du penitentier !
    parents catholiques avons-nous tellement manqué a notre role educatif, pour que les vocations baissent ainsi ??? n’avons-nous pas legue a nos enfants les mirages d’un monde de plaisirs. ou nous n’avons pas su donner la premiere place a l’Enseignement de JESUS-CHRIST ??
    Mea culpa.

  3. KARR

    Cela est bien triste,ces religieuses devaient être appréciées,elles étaient une présence du Seigneur.
    « J’étais en prison et vous m’avez visité! »
    La question de la vie religieuse en Europe et en Amérique du nord n’est pas assez analysée,Dieu appelle mais le manque de recrues n’est-il pas du à « l’enfouissement volontaire »des consacrés(es) ainsi que des prêtres séculiers depuis 40 ans et plus?

  4. Yves

    @Karr: où avez vous vu qu’il y avait une crise des vocations religieuses? La crise, c’est celle des vocations de baptisés. Je pense que proportionnellement au nombre de personnes qui fréquentent régulièrement les églises, il n’y a jamais eu autant de vocations religieuses et encore plus sacerdotales… Seulement, le troupeau des fidèles a beaucoup diminué!

  5. Gabrielle

    Je resterai pour toujours reconnaissante envers ces femmes exceptionnelles que furent les religieuses qui nous ont dispensé un enseignement de haute qualité, à l’école primaire et secondaire.
    Elles nous ont formées dans trois langues, le français , l’anglais et le latin (au secondaire)
    Elles nous ont initées aux grands ouvrages classiques français et anglais : Corneille, Racine, Molière, Shakespeare et plusieurs romans classisques (dont ceux de Dickens, le Victor Hugo anglais), sans oublier de nombreux extraits d’auteurs du Moyen-Àge et des siècles suivants…
    Elles furent des personnes cultivées et d’un dévouement inlassable! J’en remercie le Seigneur tous les jours.

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