Discours du cardinal Barbarin à Rome

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A l’occasion du pèlerinage de 260 élus de Rhône-Alpes à Rome, le cardinal Philippe Barbarin s’adresse au Pape François lors d’une audience. Voici le texte intégral et la réponse du pape François.

Palais apostolique, 30 novembre 2016.

Très Saint Père,
Cher Pape François,

Qui aurait pu imaginer, quand est venue l’idée de ce pèlerinage, que nous serions aujourd’hui avec vous, plus de 260 élus des diocèses de Rhône-Alpes ?
Ils sont là, élus municipaux, départementaux, régionaux, députés, sénateurs, maires … accompagnés par sept évêques des huit diocèses de la Province ecclésiastique de Lyon. Merci, grand merci de nous accueillir avec cette attention particulière !

Si leurs engagements sont divers, si leurs étiquettes sont différentes, tous nos élus cherchent à concilier leurs réflexions et leurs actions politiques avec ce qui fonde leur foi et leur espérance.

Pour certains, au regard de la laïcité française aux visages multiples et complexes, c’est un acte de courage d’être ici. Pour tous, c’est l’occasion d’une prise de recul dans un quotidien surchargé et parfois blessé par les luttes inhérentes à la vie politique et au système électif.

Très Saint Père, c’est une chance pour chacune et chacun de vous rencontrer. Je suis témoin que nombre d’entre eux écoutent vos paroles, lisent vos textes – et je ne pense pas seulement à votre encyclique sur l’écologie ! Ils suivent vos engagements et sont attentifs à vos recommandations : la priorité aux pauvres, l’accueil des migrants, le respect de la vie, la défense du mariage, les avertissements relatifs à l’idéologie du gender, le respect de la création, le dialogue interreligieux. Oui, « tout est lié », comme vous le rappelez souvent. Peut-être ne le savez-vous pas, mais l’actualité vous place fréquemment, cher Pape François, au cœur de bien des débats français !

Très Saint-Père, la France vit une année électorale : elle nécessite des artisans de paix. Vous avez demandé aux évêques d’être devant le troupeau pour indiquer la route, au milieu du troupeau pour le garder uni, et surtout derrière pour que nul ne se sente oublié ou abandonné. Cette recommandation, nous la voyons concrètement chez beaucoup d’élus, hommes et femmes de terrain, d’écoute, de service, de compagnonnage, souvent loin des médias, mais jamais très loin des critiques ! L’occasion m’est donnée ici de les remercier publiquement pour leur manière d’accomplir leur mission. Cette année, la Conférence des Evêques de France a choisi d’adresser une lettre à tous les habitants de notre pays, pour les inviter, Dans un monde qui change, à retrouver le sens du politique. Puisse cette audience y contribuer !

Comme l’épitre à Diognète le précise au sujet des chrétiens, on peut dire des élus chrétiens qu’« ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle ». Parmi elles, il y a et il y aura toujours une attention aux plus pauvres parce qu’ils savent que sous le visage des plus démunis se cache la figure même du Christ !

Bien sûr, ils ne sont pas toujours d’accord sur les modalités de cette priorité. Mais qu’importe ! Aujourd’hui, laissant de côté les querelles médiatiques et les polémiques, nous sommes heureux de vous entendre. Nous vous demandons de bénir ces personnes, leurs familles et tous leurs engagements car, comme vous l’avez dit : « À partir d’une ouverture à la transcendance pourrait naître une nouvelle mentalité politique et économique » (Evangelii gaudium, 205). C’est cette naissance, ce renouveau qu’ils sont venus chercher à Rome, auprès du successeur de Pierre !

Cardinal Philippe Barbarin

Salut du pape François aux participants du pèlerinage des élus de la région Rhône-Alpes

Mesdames et Messieurs,

Conduits par le Cardinal Philippe Barbarin et les Évêques de la Province de Lyon, vous accomplissez une démarche dans le prolongement du Jubilé de la Miséricorde. À cette occasion, je suis heureux de vous saluer cordialement et de pouvoir m’adresser brièvement à vous.

Dans un contexte international marqué par des frustrations et des peurs, intensifiées par les attentats et la violence aveugle qui ont si profondément meurtri votre pays, il est d’autant plus important de rechercher et de développer le sens du bien commun et de l’intérêt général. Aussi, je voudrais, avec les évêques de France, souligner la nécessité « dans un monde qui change, [de] retrouver le sens du politique ». Les Évêques vient de rédiger ce document et je me souviens de celui d’il y a vingt ans, « Réhabiliter la politique », qui a fait tant de bien. Et à présent celui-ci, qui, lui aussi, sera très utile. Indéniablement, la société française est riche de potentialités, de diversités qui sont appelées à devenir des chances, à la condition que les valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité ne soient pas seulement brandies de manière incantatoire, mais soient approfondies et comprises en référence à leur vrai fondement, qui est transcendent. C’est tout l’enjeu d’un véritable débat sur des valeurs et des orientations reconnues communes à tous. A ce débat, les chrétiens sont appelés à participer avec les croyants de toutes les religions et tous les hommes de bonne volonté, y compris non croyants, en vue de favoriser l’avènement d’un monde meilleur.

Dans ce sens, que la recherche du bien commun qui vous anime vous conduise à écouter plus particulièrement toutes les personnes en situation de précarité, sans oublier les migrants qui ont fui leurs pays à cause de la guerre, de la misère, de la violence. Ainsi, dans l’exercice de vos responsabilités, vous pourrez contribuer à l’édification d’une société plus juste et plus humaine, d’une société accueillante et fraternelle.

En confiant votre démarche au Christ, source de notre espérance et de notre engagement au service du bien commun, j’appelle sur vous, sur vos familles, sur votre pays, ainsi que sur les Évêques qui vous accompagnent la bénédiction du Seigneur. Merci.