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Etats-Unis : l’avortement devient “people”

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Vendredi dernier, le New York Times a publié l’annonce du mariage d’un basketteur connu avec une athlète univesitaire : lui, Udonis Haslem, un Noir à l’enfance fracassée élevé, dans le ghetto, elle? Faith Rein, métisse de mère noire baptiste et de père juif qui a grandi dans une coquette banlieue de Virginie. De quoi faire rêver les jeunes qui se laissent impressionner par les faits et gestes des « people ».

L’originalité de l’article, c’est qu’il raconte la romance des deux sportifs en rendant compte d’un avortement qu’ils avaient fait pratiquer d’un commun accord au début de leur relation – vieille de 14 ans tout de même au moment des épousailles…

Peu après leur décision de cohabiter sur le campus où ils s’étaient rencontrés – nous sommes en mai 2001 – Faith tombe enceinte.

« Je ne suis pas un grand fan de l’avortement, mais nous avions tous les deux nos carrières sportives et en plus, nous n’étions pas en mesure d’assurer financièrement l’arrivée d’un bébé », explique Haslem au NYT. D’autant qu’il devait assurer une pension pour son premier fils, né d’une aventure au collège – Kedonis a aujourd’hui 14 ans et vit avec sa mère.

« Udonis a apprécié le fait que je sois prête à demander un avortement », explique Faith Rein de son côté. « Il s’est révélé plein de compassion, il m’a aidée, soutenue, entourée, il ne s’occupait que de moi pour être sûr que j’allais bien. J’ai pu le connaître à cette époque-là sous un jour nouveau à un moment difficile, et je suis tombée profondément amoureuse. Il avait un cœur grand comme ça, un super choix. »

Le blog du très influent Center for American Progress, un lobby « libéral » basé à Washington DC dont les membres les mieux connus ont joué des rôles importants au service de Clinton et Obama, se réjouit ouvertement du ton léger avec lequel le New York Times inclut cette information dans une rubrique consacrée aux célébrités.

Thinkprogress.org souligne que ce choix constitue une (petite) étape vers la normalisation de l’avortement en levant la stigmatisation « persistante » attachée à toute mention de l’avortement, « si profondément ancrée dans notre société », alors qu’« une femme sur trois subira un avortement avant d’avoir 45 ans », selon les statistiques fatalistes que l’on entend partout.

Ce sont les « messages de honte » véhiculés par la manière dont l’avortement est évoqué qui ont « renforcé l’idée qu’il est toujours moralement mauvais et que les femmes qui choisissent de le subir finissent toujours par le regretter plus tard ». Think progress assure que « 90 % des femmes » interrogées sur leur expérience de l’avortement affirment qu’elles ont « dans un premier temps ressenti un soulagement » : c’est donc que le discours négatif, la stigmatisation les fait changer d’idée, en « eacerbant leurs sentiments négatifs »

Faith et Udonis sont la preuve vivante, selon l’article, que l’avortement peut renforcer les liens d’un couple tout en préservant sa stabilité économique lorsque l’enfant représente une charge trop lourde : des « résultats potentiellement positifs » dont il faudrait toujours parler en évoquant l’avortement…

« La culture pop et les médias peuvent être des moyens importants dès lors qu’il s’agit de normaliser des questions qui ont pu à telle ou telle époque paraître “taboues”. Dans la lutte pour l’égalité LGBT, la représentation de plus en plus fréquente de gays dans les médias a joué un grand rôle dans le changement de la manière dont le public perçoit les couples de même sexe. Les femmes ayant subi un avortement sont à la traîne dans ce domaine. Il est encore rare que les médias mettent en scène la décision d’une femme d’avorter – et lorsqu’ils le font, c’est de manière habituelle en insistant sur le stress émotionnel résultant de son choix. Mais Rein est très loin d’être seule en ce qui concerne son expérience des soins de santé reproductive. En donnant à son histoire une tribune aussi visible, bien des femmes qui peuvent s’y identifier pourraient bien se rendre compte qu’elles ne sont pas seules non plus. »

Le glamour et le rêve apportant l’élément principal, bien entendu.

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 © leblogdejeannesmits

4 comments

  1. Charlier

    Dans la presse on nous montre qu’une partie de l’histoire de ce couple, il faudrait savoir ce qu’ils deviennent par la suite! mais les projecteurs de l’actualité se seront tournés vers d’autres et on ne saura jamais comment sera leur quotidien, c’est pas grave, le but c’est d’harponner le plus de monde possible!

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