Résurrection-du-Christ

Film – Avis sur Résurrection – « Presque » comme s’y on y était

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Sur son site, EEChO livre une critique du Film Résurrection. Un film aux nombreux aspects positifs, avec néanmoins une réserve pour les membres de l’association.
En substance : la résurrection « presque » comme si l’on y était, ce n’est pas tout à fait la Résurrection … Et ce n’est donc pas tout à fait le Christ. Au delà des quelques erreurs historiques sur lesquelles on passe volontiers au regard des contraintes et des ambitions du film, il reste une critique majeure :

on se demandera ce que la figure de Jésus représente pour Clavius. Il l’ignore totalement durant sa vie publique, le voit pour la première fois mourant sur la croix, puis le côtoie vivant, relevé des morts, jusqu’à contempler sa gloire lors de son ascension. Mais qu’est ce pour lui sinon un prodige, une manifestation aveugle, et donc stérile, de puissance ? Jésus était-il pour lui le Messie, le Verbe et le vrai Sauveur ? Les Évangiles et la tradition de l’Église nous enseignent que Jésus a réservé ses apparitions à ses disciples, élevés dans l’attente messianique, conformément à la religion des fils d’Israël, et enseignés par lui pour porter la Bonne Nouvelle du Salut dans les communautés de la diaspora juive du monde entier, jusqu’aux confins de la terre. Lesquelles ont à leur tour évangélisé les païens (dont les latins, n’en déplaise à Clavius qui aurait du attendre son tour !). Jésus n’est pas apparu au monde entier pour s’imposer à tous par sa puissance divine, comme il semble le faire auprès de Clavius dans le film (ce dernier s’y interroge d’ailleurs exactement sur ce point). C’est bien par sa Parole, par l’adhésion personnelle à sa personne et par le baptême que sont offerts le Salut et la vie éternelle. Non par l’arbitraire de la puissance divine, comme d’autres religions le stipulent.

On comprend donc que soient publiées certaines critiques négatives (« prechi-precha », « reconstitution historique parfaitement erronée ») : le film s’adresse de fait aux convaincus, et risquera de rester aussi peu crédible pour les non-chrétiens (voire même intelligible) que les histoires américaines de super-héros. De ce point de vue, le film de Mel Gibson (La Passion du Christ) ou le roman d’Eric-Emmanuel Schmitt (L’évangile selon Pilate, à la trame très proche du film) étaient de bien meilleurs outils de découverte de la foi chrétienne et de catéchèse, laissant la part belle à la Parole ou au questionnement intérieur (« Et vous, qui dites vous que je suis ? » – Mc, 8,29).  Dans le cadre contraint que propose La résurrection du Christ, on peine en effet à imaginer que Clavius eusse pu être enseigné par les disciples eux-mêmes durant le temps de la marche entre Jérusalem et la Galilée, confesser la foi et être baptisé par la suite. Mais on voudra bien y croire, car même si le film a tout de l’oeuvre apocryphe, son souffle nous entraîne et ne pourra que ravir le spectateur averti. Il assistera ainsi  à la Résurrection, presque comme si il y était, et suivra avec enthousiasme Clavius dans sa quête de vérité qui le mènera au Christ. Quant à celui qui découvrirait la figure de Jésus en voyant le film, réjouissons nous déjà que la résurrection lui soit présentée comme un événement historique, réel et bien matériel, et espérons qu’il pourra poser ses questions à un chrétien bien formé.