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La réalité souffrante est là. Plutôt que de la nier, il faut l’accueillir

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Mgr François Kalist a accompagné un groupe de 32 personnes du diocèse de Limoges au rassemblement « Avec un handicap, passionnément Vivants » (Lourdes, 12-15 septembre 2016). A l’issue de cette rencontre qu’il vivait en simple participant, il témoigne:

Pourquoi avoir participé à ce rassemblement ? Avez-vous un lien particulier au handicap ?

Personnellement, non. Comme pasteur, oui. Depuis plusieurs années, avant même d’être à Limoges, j’accompagnais des pèlerinages diocésains à Lourdes. C’est une première manière d’être sensibilisé. Et puis au cours de mes visites pastorales, j’ai souvent rencontré la pastorale de la santé ou bien les aumôneries des établissements hospitaliers, des maisons de retraite, des EHPAD. J’ai rencontré des fraternités de personnes malades ou handicapées. Une fois ou l’autre, les foyers Foi et Lumière. Au fil du temps, ces contacts m’ont sensibilisé à la réalité du handicap.

Je suis rentré dans le projet de ce pèlerinage d’autant plus que je n’avais pas pu participer aupèlerinage diocésain de l’été. J’ai donc accompagné un groupe de 32 personnes du diocèse de Limoges. C’est un peu la première fois que je venais à Lourdes comme un participant ordinaire. Sans responsabilité particulière ni prédication à assurer, j’ai pu vivre ces quatre jours dans une proximité avec tous les participants. Ils étaient d’ailleurs très divers, puisque nous représentions 14 paroisses du diocèse. Il y avait des personnes porteuses de différents handicaps – visuel, moteur, psychique, d’autres encore – et les accompagnants. La délégation comptait différents états de vie et engagements : prêtres, diacres, laïcs consacrés, religieuses, soignants… Nous avons retrouvé cette diversité à Lourdes, parmi les 800 personnes présentes au rassemblement. Pour une première fois, cela me semble assez significatif.

Vous avez écouté deux conférences…

Deux messages vraiment vigoureux. L’une de Philippe Pozzo di Borgo, l’autre de Jean-Christophe Parisot. Le premier a délivré un message plutôt humaniste, adressé à toute la société, sur comment la personne handicapée, comment les plus petits, les plus faibles peuvent aider notre société à se réconcilier avec la finitude qu’elle n’accepte pas. On recherche aujourd’hui la recette de l’immortalité, à rester jeune, toutes sortes de performances mais la réalité souffrante est là. Plutôt que de la nier, il faut l’accueillir et s’en enrichir. Il y a vraiment quelque chose de positif à accueillir à travers la personne handicapée. Ce n’est pas seulement de l’ordre du soin, c’est vraiment de l’ordre du partage de nos ressources respectives.

La conférence de Jean-Christophe Parisot – une méditation sur le mystère de la Croix glorieuse puisque nous étions le 14 septembre – était un message adressé à l’Eglise, dans une optique croyante.

Vous étiez aux ateliers chaque après-midi…

Très forts également, avec des personnes accompagnantes et des personnes porteuses de handicaps différents. Dans les ateliers s’est posée la question de la communication. Il fallut composer avec toutes ces différences pour pouvoir quand même être ensemble. J’ai trouvé cela très audacieux et riche à la fois. Cela a permis de découvrir que nous avions tous nos limites, « nos casseroles », comme on a dit à Lourdes.

On n’avait pas ce clivage entre des accompagnants qui savent, qui proposent, qui agissent pour des accompagnés qui seraient simplement des consommateurs passifs. C’était un partage des responsabilités et un renversement des rôles intéressants. Des personnes handicapées étaient nos responsables de groupe. A plusieurs reprises, des handicapés ont assuré l’animation de la session, musicale notamment.

Comment faire profiter les autres de ce que vous avez vécu à Lourdes ?

Les participants du diocèse de Limoges auront une rencontre le 8 octobre pour relire un peu tout ce qui s’est vécu pendant ces quelques jours. Un certain nombre de choses peuvent déjà être mises en œuvre. La rencontre m’a sensibilisé aux aspects de communication, bien que cela n’épuise pas toutes les questions. On peut, dans le domaine du visuel, travailler assez facilement, dans nos paroisses et nos communautés, à être un peu plus lisibles. Tous nos affichages sont conçus par des gens qui voient, pour des gens qui ne voient pas. On n’adapte pas les caractères, on ne complète pas par des moyens audio, par exemple, les documents imprimés. Une piste serait de traduire systématiquement sur un support audio les principaux documents écrits. De même, je pense à ceux qui ont des difficultés d’audition. Pourquoi n’y aurait-il pas un effort, dans l’une ou l’autre paroisse, pour que quelqu’un apprenne le langage des signes et retransmette aux personnes handicapées les messages ? Je pense qu’il y a tout un domaine dans la communication qu’on peut investir sans moyens énormes. C’est une question de volonté. On pourrait peut-être aussi faire plus systématiquement appel à des personnes handicapées pour réfléchir dans nos conseils, dans nos équipes pastorales, afin qu’elles puissent aussi donner leur point de vue. On peut voir le handicap seulement sous l’angle des mises aux normes et de l’accessibilité. Il me semble qu’une conversion est à opérer. Si on entre en dialogue avec la personne handicapée elle-même, on va au contraire, petit à petit, comprendre tout ce qui est de l’ordre de la communication, de la relation. C’est une tout autre vision. Ces quatre jours m’ont permis, personnellement et en tant que pasteur du diocèse, d’être plus sensible à l’aspect humain du handicap et aux appels que nos frères handicapés nous adressent, pour vivre plus en communion avec eux et pour essayer de trouver ensemble des solutions pratiques pour que la vie soit plus facile pour tous. Je suis très confiant pour les suites de cette session, de mon point de vue très réussie et, d’une manière ou d’une autre, à recommencer.