L’archidiocèse de Paris en pèlerinage à Rome

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Avec le cardinal André Vingt-Trois qui a prononcé ces homélies (reportage photos) :

Messe à la Chaire de Saint-Pierre en la Basilique Saint-Pierre – Rome

Frères et Sœurs,

Comment imaginer que Pierre ait pu entendre ce triple de questionnement de Jésus : « Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » (Jn 21, 15) sans que remonte à sa mémoire le triple reniement dans la cour de la maison du grand prêtre au moment du procès de Jésus ? Mais en lui posant cette question, Jésus lui montre que, quoi qu’il ait fait, il demeure celui avec qui il veut construire son avenir. C’est pourquoi il l’invite à nouveau à le suivre et à devenir le pasteur de son troupeau.

En choisissant celui qui l’a trahit, celui qui l’a renié, il veut montrer que ce n’est jamais sur nos mérites ou sur notre justice que s’appuie l’action de Dieu mais sur le pardon qu’il accorde. « Choisi dans la miséricorde », c’est la devise du Pape François. Nous sommes tous appelés par notre baptême, à entrer dans cette relation de l’amour du Christ où nous recevons le pardon de nos péchés. Nous sommes tous invités, comme le paralytique de la Belle-Porte du Temple, à nous relever, à nous remettre debout, à nous remettre en marche.

Le pèlerinage que nous vivons aujourd’hui est une occasion de mieux entrer dans ce dialogue avec Jésus : « Seigneur tu sais tout, tu sais bien que je t’aime » (Jn 21, 17). Quand Pierre dit cette parole au Christ, il sait en même temps que Jésus a connaissance de sa trahison, que cet amour que Pierre déclare à Jésus n’est pas une force personnelle mais l’amour de quelqu’un qui a été pardonné et qui a la joie de pouvoir retrouver celui dont il avait été séparé.

Ainsi frères et sœurs, tout au long de ces journées nous sommes entraînés à retrouver celui que nous avions trahi, à retrouver celui que nous avions oublié, à nous remettre debout quand nous sommes abattus, à entrer dans la joie de ceux que le Christ pardonne et guérit. Amen.

Vêpres en l’église Saint-Augustin – Rome

Frères et Sœurs,

Quand nous pensons à la miséricorde, nous avons tendance à l’imaginer comme venant contrebalancer la justice, et que faire miséricorde, c’est fermer les yeux sur ce qui est mauvais et ne voir que ce qui est bon. Par conséquent, nous imaginons que parler de la miséricorde de Dieu, ce serait parler de sa faiblesse, et que vouloir être miséricordieux, comme le Christ nous y invite dans l’évangile, ce serait devenir faibles, ce serait détourner nos yeux de ce qui fait tache dans le paysage.

Ce que nous découvrons de la miséricorde de Dieu, c’est qu’elle n’est pas un contrepoids à sa justice ou à sa puissance. La miséricorde de Dieu, c’est qu’il ne ferme pas les yeux sur la cause de notre maladie et de notre mort, mais au contraire, il affronte la cause de notre malheur : le péché. C’est pourquoi le signe principal et premier de la miséricorde de Dieu pour le monde, c’est l’offrande que Jésus fait de sa vie sur la croix. Lui qui n’avait pas péché, lui qui était le juste, lui qui était l’innocent, il a pris sur lui notre péché, notre injustice, pour nous délivrer. Aussi, quand nous regardons le Christ sur la croix, nous ne regardons pas le jugement qui nous condamnerait, nous regardons la force de Dieu qui nous sauve. Comme le dit le prophète, à propos du serviteur souffrant : « c’était nos péchés qu’il portait ». S’il y a eu un jugement et une condamnation, c’est à l’égard du Christ. S’il y a eu une absence de miséricorde, c’est à l’égard du Christ, de notre part. Mais de la part de Dieu, le regard qu’il porte sur l’humanité est un regard d’amour et de salut. Il ne veut pas que nous soyons écrasés par le péché que nous partageons avec tous les hommes. S’il nous a fait la grâce de connaître et de rencontrer Jésus-Christ, c’est pour que, par lui, nous soyons justifiés, pour que, par lui, la miséricorde de Dieu arrive jusqu’à nous, et que, grâce à cette miséricorde, nous puissions à notre tour devenir miséricordieux, non pas en faisant semblant de ne pas voir ce qui ne va pas, mais en acceptant de prendre sur nous les conséquences du mal, pour que nos frères en soient délivrés.

Frères et sœurs, en ce pèlerinage à Rome, en l’Année jubilaire de la miséricorde, nous sommes conduits, pas à pas, à contempler le Christ en croix, signe de la justice de Dieu pour le monde, signe de la miséricorde de Dieu. Le Christ offre sa vie pour que nous soyons justifiés. Ce n’est donc pas un regard de désespoir que nous portons sur le mal qui traverse le monde, c’est un regard d’espérance parce que c’est un regard qui est animé par la certitude que le Christ a livré sa vie pour nous.