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L’avenir appartient aux minorités créatives

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Valeurs Actuelles consacre un portrait à l’abbé Pierre-Hervé Grosjean, curé du diocèse de Versailles :

Sollicité par les politiques et courtisé par les médias, l’abbé Grosjean publie “Catholiques, engageons-nous !”. Un plaidoyer pour un engagement sans complexe dans la vie de la cité.

Nous sommes le 15 mars. Depuis plusieurs jours, l’équipe de l’animatrice du Grand Journal, Maïtena Biraben, lance des invitations à plusieurs prêtres pour réagir aux scandales de pédophilie qui frappent le diocèse de Lyon. En vain. Chacun sait que l’exercice est fatal pour quiconque prononce un mot de travers : il faut à la fois comprendre la douleur des victimes abusées par des prêtres et défendre l’intégrité de la grande majorité du clergé. Comme pour chaque sollicitation, l’abbé Pierre-Hervé Grosjean la transmet à Mgr Aumonier, son évêque. Après de longs échanges avec le porte-parolat de la Conférence des évêques de France, l’évêque de Versailles donne son feu vert.

Le prêtre impressionne : « Je viens, lance-t-il à peine arrivé, avec une colère sourde, douloureuse dans la voix, parce que je pense d’abord à ces enfants […] qui ont été victimes de ces prêtres en qui ils avaient confiance. On leur a appris qu’on peut faire confiance à un prêtre. Un prêtre, c’est quelqu’un de bien, qui fait le bien, c’est quelqu’un qui a donné sa vie pour servir. Ces enfants ont été trompés. C’est encore pire quand ça vient d’un prêtre. » Profond silence sur le plateau. « Quand on dit la vérité et qu’on est respectueux, on est respecté », nous confiera le curé de Saint-Cyr-l’École (Yvelines), quelques jours plus tard.

Hyperactif, l’abbé enthousiasme les catholiques qui considèrent que l’Église n’est pas assez présente dans le débat public. Il énerve aussi. Parce qu’il est jeune, va vite, semble montrer qu’il n’a peur de rien et tire un trait sur les vieux réflexes de l’institution. Il accepte les codes de l’époque et utilise sans modération Facebook et Twitter : « J’ai toujours aimé débattre, expliquer et si possible convaincre. » Les cathos engagés étant devenus minoritaires, il y a un défi. Et de citer Benoît XVI« L’avenir appartient aux minorités créatives. » En 2007, avec plusieurs prêtres, il crée le Padreblog pour « offrir une parole réactive, simple et claire, qui n’hésite pas à aller au-devant des polémiques. Nous ne pouvons pas rester muets dans les débats qui surviennent dans la société ! », explique-t-il.

Plus tard, il lancera, en lien avec le diocèse de Versailles, Acteurs d’avenir, une université d’été qui propose à 200 étudiants « de réfléchir aux enjeux éthiques qui les attendent dans leurs engagements futurs ». L’ambition est de former les décideurs chrétiens de demain. Sont invitées des pointures : Jean-Pierre Raffarin, Laurent Wauquiez, Emmanuelle Mignon, Camille Pascal, Nathalie Loiseau, Henri de Castries, Dominique Potier, le cardinal Barbarin, Mgr Ravel, le cardinal Sarah.

En outre, il anime le cercle Aletheia, pour « accompagner les chrétiens exerçant des responsabilités dans la vie du pays, désireux de mettre en oeuvre les valeurs de l’Évangile », résume-t-il. Avec des invités de tout bord : après Jean-Louis Bianco, Natacha Polony et François Fillon, le 2 juin prochain, l’hôte sera… Nicolas Sarkozy.

Dans le cadre de sa mission, avec d’autres prêtres, il créera le cercle Léon-XIII — signataire de l’encyclique Rerum novarum — pour rencontrer des politiques de manière informelle autour d’un petit déjeuner. Dernièrement, ils se sont retrouvés à la table d’Emmanuel Macron et de… la ministre des Familles, Laurence Rossignol« L’Église doit garder une parole libre qui la rend capable de parler à tous », insiste-t-il. Aux critiques, il répond : « Les cathos peuvent transformer le monde s’ils se montrent convaincus. En aucun cas, la sécularisation ne doit nous désengager. » « Nous veillons à éviter d’être récupérés », concède-t-il toutefois.

Celui qui, du temps de sa prépa militaire, avait envisagé une autre voie, a été nommé secrétaire général de la commission Éthique et Politique de son diocèse. « J’ai à coeur de tout vivre dans l’obéissance totale à mon évêque, qui m’a confié une mission », martèle-t-il. « C’est lui qui, après avoir discerné, donne le feu vert à chaque intervention sensible. Nous avons la chance d’avoir une dircom’ extrêmement efficace. C’est aussi un vrai travail d’équipe avec mes confrères, nous ne sommes que dans le collectif. L’Église aime qu’il y ait une diversité de voix, il faudrait que nous soyons plus nombreux encore. »

Et la vie avec ses paroissiens ? « L’essentiel de ma vie de prêtre, c’est ma paroisse à Saint-Cyr-l’École », revendique-t-il fièrement. À la manière d’un élu local, il insiste sur sa « joie d’être avant tout un prêtre de terrain ».

Avec son nouveau livre, le padre a souhaité faire la synthèse de ses rencontres avec les élus, les journalistes et les catholiques avec lesquels il échange au quotidien.

« N’attendez ni un monde “idéal” ni que le système s’effondre pour vous engager ! », écrit-il, en renvoyant dos à dos les catholiques tentés par la “dilution”, c’est-à-dire ceux qui rêvent d’un « discours chrétien qui ne gênerait personne […], un christianisme light » et ceux poussés au “repli sur soi”. Pour lui, « l’Église est attendue plus qu’elle ne le pense. L’idéologie libertaire a laissé un désert culturel, moral et spirituel où la soif d’enracinement et d’identité rend le message de l’Église plus attendu et concret. Il ne laisse personne indifférent ». Là où certains crient au complot politique ou médiatique dans les récentes polémiques, lui voit une opportunité : « Quand l’Église est critiquée, cela souligne en creux une forte attente et une exigence d’exemplarité. Sinon, les gens ne diraient rien… À nous d’être à la hauteur ! »

Catholiques, engageons-nous !, de Pierre-Hervé Grosjean, Artège, 210 pages, 14 €.

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