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Les chrétiens ne peuvent se contenter d’une posture écologique romantique

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Message de carême de Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre :

« Crise économique, aggravation des pauvretés, réchauffement climatique, limite des ressources énergétiques, pollution, terrorisme et guerres, jeunes en décrochage scolaire, chômage en hausse, mal-logement, réfugiés en déshérence, cataclysmes et inondations… Les médias égrènent à longueur de jours situations difficiles et drames humains. Malheureusement, cette musique de fond a depuis longtemps cessé d’émouvoir une majorité de nos contemporains. Beaucoup se laissent gagner par ce que le pape François appelle « la mondialisation de l’indifférence ». Il faut bien avouer que nous continuons souvent à mener notre existence sans trop nous attarder sur tout ce qui affecte et fragilise des personnes et des groupes humains, proches ou plus lointains.

Lorsqu’il arrive que nous ayons l’attention attirée sur la misère des autres, sur les incertitudes et les menaces qui planent sur l’avenir de notre planète, nous sommes si prompts à nous dédouaner et à considérer que les problèmes nous dépassent, que nous n’y pouvons rien changer.

Responsables de la création

Et pourtant, la tradition biblique nous apprend que Dieu, en créant l’homme, lui a confié le soin de sa création (Genèse 2, 15). Cultiver et garder : ces deux verbes disent la vocation de l’homme au début de l’histoire de l’humanité, mais ils disent aujourd’hui encore une dimension essentielle de notre vocation humaine. Dieu nous invite à faire de notre monde un jardin qui soit habitable par tous, dans l’harmonie et la justice et qui puisse répondre aux besoins de l’humanité entière. Pour répondre à cette vocation, il nous faut « saisir le rythme et la logique de la création » (Benoît XVI). Mais nous devenons sourds à cette invitation de Dieu lorsque nous nous laissons guider par l’orgueil de dominer, de posséder, de manipuler, d’exploiter. Alors, nous ne « gardons » plus la création, mais nous l’exploitons sans souci du partage, de la justice et de la solidarité. Nous ne la respectons plus, nous ne la considérons plus comme un don gratuit dont il faut prendre soin. Et c’est très souvent à l’origine de déséquilibres et de violences au sein de la famille humaine.

Vers une écologie humaine

« Mais ‘cultiver et garder’ ne comprend pas seulement le rapport entre nous et l’environnement, entre l’homme et la création, cela concerne également les relations humaines. Les papes ont parlé d’écologie humaine, en étroite relation à l’écologie de l’environnement. Nous vivons actuellement un moment de crise ; nous le voyons dans l’environnement, mais surtout, nous le voyons dans l’homme. La personne humaine est en danger : cela est certain, la personne humaine aujourd’hui est en danger, voilà l’urgence de l’écologie humaine ! Et le danger est grave, parce que la cause du problème n’est pas superficielle, mais profonde : ce n’est pas seulement une question d’économie, mais d’éthique et d’anthropologie. » (Pape François, audience du 5 juin 2013)

Les chrétiens ne peuvent se contenter d’une posture écologique romantique qui révèle souvent une contradiction. Se mobilisant pour la sauvegarde des espèces végétales ou animales, mais consentant dans le même moment, à l’avortement ou à la perspective de l’euthanasie, manifestant alors une indifférence pour le respect de la vie humaine en son état embryonnaire ou au stade final de l’existence. L’écologie humaine veut faire le pari d’une culture de la sollicitude, de la bienveillance et de la solidarité avec tous les êtres humains. C’est une révolution de la tendresse à l’égard de l’humain. Le pape François l’évoquait dans son homélie de la nuit de Noël : « Comme le monde a besoin de tendresse aujourd’hui! Avons-nous le courage d’accueillir avec tendresse les situations difficiles et les problèmes de celui qui est à côté de nous, ou bien préférons-nous les solutions impersonnelles, peut-être efficaces mais dépourvues de la chaleur de l’Évangile ? ». Au moment où la crise ébranle les certitudes sociales, politiques, économiques, et engendre une inquiétude majeure à l’égard de l’avenir, l’écologie humaine est l’attitude qui garantit l’avenir en construisant sur le long terme, en cherchant à mettre l’intérêt des hommes au cœur de tous les dispositifs politiques et économiques. Cessons dès lors de penser qu’un homme providentiel ou une organisation politique détient entre ses seules mains, tous les leviers nécessaires pour bâtir une terre fraternelle, pacifiée, juste et accueillante à tous les hommes et à tous les peuples de la terre.

L’écologie humaine ne se contente pas de conserver les acquis du passé, mais elle veut être une réponse nouvelle à des défis nouveaux. On nous annonce la publication prochaine d’une encyclique du pape François sur l’écologie et les questions énergétiques et climatiques. Nous pouvons envisager que, dans la ligne de ses prédécesseurs, précisant les contours d’une écologie humaine, il nous engagera dans une véritable mutation culturelle et civilisationnelle.

Mettre à profit le temps du Carême

Chaque année, le temps du Carême vient nous ramener à l’essentiel de notre foi chrétienne. Ce temps liturgique nous est donné pour que nous redécouvrions notre christianisme comme foi au Christ mort et ressuscité. Il nous faut revenir sans cesse au cœur de notre foi, de notre adhésion au Dieu vivant qui nous sauve et nous ouvre l’avenir. Nous ne pouvons nous contenter de vivre une religiosité qui nous fait fuir nos responsabilités humaines. Pas plus que nous ne pouvons accepter un christianisme réduit à des valeurs ou à des prescriptions morales. Certes, il comporte une morale, une morale évangélique qui s’enracine dans la vie et le message du Christ assumant lui- même la morale vétérotestamentaire de la Loi et des Prophètes. Mais le temps du Carême est propice pour nous souvenir que les engagements et les actions des chrétiens sont toujours des œuvres de la foi. Ils sont suscités, motivés, fondés et inspirés par l’adhésion personnelle au Christ Ressuscité.

Je remercie le CCFD et l’Antenne Sociale diocésaine d’avoir travaillé à bâtir des propositions concrètes pour nous sensibiliser à l’écologie, au respect de l’environnement et aux questions climatiques durant ce temps de Carême. Il s’agit bien plus qu’une information que nous pourrions recevoir de façon passive. C’est surtout une invitation à partager et à rechercher ensemble, dans nos communautés et en dialogue avec d’autres, comment adopter de nouvelles manières de vivre, de produire, de consommer, de circuler et de faire place au souci des autres, en priorité aux plus fragiles et aux plus démunis.

Les propositions de la Campagne de Carême 2015 vous sont présentées dans ce livret. Je vous engage à y répondre avec enthousiasme et à ne pas hésiter à les proposer à d’autres, notamment aux jeunes générations. Nous savons combien elles sont sensibles à ces questions de l’environnement, du développement durable, du respect de la terre et de la solidarité entre les hommes et les peuples. Voilà un terrain propice pour les rencontrer et leur proposer le message de l’Evangile qui offre des ressources pour aborder toutes ces questions vitales pour l’avenir et se déterminer par rapport à elles.

Je vous souhaite une bonne entrée en Carême. Qu’il soit pour chacun et chacune un temps favorable pour le partage et la solidarité avec tous, proches ou lointains. Qu’il soit l’occasion d’une redécouverte de notre vocation au cœur de la création de Dieu et d’une authentique conversion afin d’y répondre de façon éclairée dans la suite du Christ mort et Ressuscité.

10 comments

  1. sygiranus

    Humain, humaine, humains… ils n’ont que ce mot à la bouche !
    Et la Royauté sociale de NS Jésus-Christ ? qu’en font-ils ? Elle seule peut nous sortir du… bourbier où cette société qui se veut sans Dieu, nous enfonce. Seul son nom peut venir au secours des âmes assoiffées et étranglées par l’athéisme prédateur.
    « Omnia instaurare in Christo ! »

    • yra

      Tout à fait d’accord… quand vont-ils cesser de prêcher aux raz des pâquerettes ?
      NOUS ATTENDONS QUE L’ON NOUS PARLE DE NOTRE PERE DU CIEL. Nous fidèles voulons des pasteurs qui se préoccupent de notre salut. Malheureusement ils se servent des pratiques religieuses pour servir les causes modernes profanes (utiliser le carême pour ce genre d’efforts à réaliser est scandaleux, aussi scandaleux que d’ orienter les dons vers des associations païennes et anticatholiques comme le CCFD que l’on nous ressert chaque carême malgré les enquêtes qui sont faites et qui prouvent que les dons alimentent des causes communistes).
      On le sait qu’il faut préserver et respecter la planète mais ce n’est pas en le sachant et en pratiquant les méthodes écolos que l’on va gagner le Paradis et gagner le Paradis est des millions de fois plus important que respecter l’idéologie écologique que la gauche soutient même contre l’économie de notre pays.

  2. Féru

    L’église catholique se perd dans le séculier, voire le mondain, au détriment de la propagation de l’Evangile. Je ne vais pas à la messe pour me faire rebattre les oreilles par le social et l’environnement !

  3. Michelet

    Dieu, en créant l’homme, lui a confié le soin de sa création (Genèse 2, 15)

    L’écologie « humaine » est une expression de Benoît XVI.

    Elle ne s’oppose pas à Dieu : au contraire, elle s’oppose à une écologie purement « environnementaliste » qui sur des fondements parfois néo-païens entend placer la Création au-dessus de l’homme, parfois en la divinisant (thème de la Planète-Mère, Gaïa, très présent dans le New Age); d’autre part, du côté de l’homme, elle refuse de le réduire à un point de vue purement « environnementaliste »qui ne considère l’homme que sous l’angle biologique.

    L’écologie humaine, dans les documents pontificaux, est une écologie « intégrale », qui entend considérer l’homme sous tous ses aspects, sans en négliger aucun. L’homme n’appartient pas seulement en effet au règne minéral, végétal ou animal, mais il a une spécificité que nie parfois l’économie environnementaliste (qui fait ici de l’anti-spécisme) : celle d’être un animal rationnel, animal politique, doué d’une intelligence et d’une volonté, de facultés spirituelles qui font de lui l’image de Dieu au sein de la Création.

    L’écologie environnementaliste en niant que l’homme ait une place à part dans la Création, nie aussi que l’homme soit image de Dieu. Elle veut plutôt qu’il soit soumis à la création, soumis à une « Nature » divinisée.

    L’écologie humaine, comme dit Benoît XVI, considère que toute créature vivante a besoin de son biotope pour subsister. Or, l’éco-système de l’homme inclut le fait qu’il est un être spirituel. Autant une plante ne peut pas pousser sans eau, autant l’homme ne peut pas se développer sans amour. L’écologie humaine, c’est le fait de dire que le milieu écologique vital de l’homme, c’est l’amour. Or Dieu est amour. Sans l’amour de Dieu, l’homme ne peut pas subsister : il retourne à son néant.

    Cette expression fait désormais partie de l’enseignement social de l’Église, lequel dans la tradition pontificale remontant au moins à Léon XIII (rerum novarum) s’adresse à « tous les hommes de bonne volonté ». Donc en mettant en lumière des vérités non pas fondées sur l’Écriture mais accessibles de soi à la raison. Même si la raison blessée par le péché de fait y a difficilement accès (bien peu s’y consacrent, ça leur prend beaucoup de temps, avec un résultat qui est un mélange d’erreur : voir Somme de Théologie, Ia, Q. 1, a. 1, repris par le Concile de Trente et de Vatican I). Ce qui fait que l’Église, « éducatrice des Nations », « experte en humanité », redit à l’homme la vérité de ce qu’il est. Sachant que l’homme est image de Dieu : donc la vérité profonde sur l’homme ne peut pas aller contre Dieu.

    Avant de critiquer une expression pour lui faire un mauvais procès d’intention, et lui reprocher de dire le contraire de ce qu’elle dit, informez-vous.

  4. Françoise

    « Croissez et multipliez, emplissez la terre et soumettez-là ».
    Dieu n’a pas dit à l’homme : « Détruisez-la ».
    Se soucier de l’écologie, c’est aussi se soucier de sauver la Terre créée par Dieu pour qu’elle reste habitable et non pas inondée de cataclysmes engendrés par la déforestation par exemple, qui fait mourir les humains par centaines de milliers. C’est entre autres la responsabilité des multinationales prêtes à détruire la Terre pour de l’argent. « Nul ne peut servir deux maîtres, Dieu et l’argent ».

  5. mme

    Bien sûr qu’il est important de respecter notre terre mais il y a des sujets qui, trop souvent répétés, finissent pas exaspérer. Le chrétien, surtout s’il a fait du vrai scoutisme catholique, le sait.
    L’écologie est un mot nouveau récupéré par des politiques pour faire avancer leur idéologie. Ils n’ont pas envie de revenir à l’ère de la bougie car tous ont leur téléphone portable, ordinateur, MP3, frigidaire, machine à laver le linge ou la vaisselle etc…Quant au réchauffement climatique dont on nous rabat les oreilles… on s’aperçoit que beaucoup de spécialistes très compétents ont été écarté comme par hasard des commissions parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec les conclusions.
    En effet Dieu nous a confié la gestion de la Terre et nous devons en tenir compte mais le problème se règlera lorsque le monde sera dirigé par des hommes qui auront le premier soucis de gérer les ressources avec discernement et CHARITE.

    • sygiranus

      « Cherchez d’abord le royaume de Dieu. Tout le reste vous sera donné par surcroît ! »
      Ce n’est pas le Giec ni même Benoît XVI qui sont à l’origine de cette sentence !
      Nos Anges Gardiens et le Saint-Esprit veulent bien éclairer nos décisions et nos actes. Encore faut-il le leur demander et nous laisser diriger en menant une vie « catholique » dans tous les domaines !

  6. Crise économique, aggravation des pauvretés, réchauffement climatique, limite des ressources énergétiques, pollution, terrorisme et guerres, jeunes en décrochage scolaire, chômage en hausse, mal-logement, réfugiés en déshérence, cataclysmes et inondations… Les médias égrènent à longueur de jours situations difficiles et drames humains. Sic Mgr Brunin, il ne doit pas habiter en France pour ne pas citer parmi les drames humains l’avortement qui a tué 9 millions d’enfants à naître depuis 1975, la parodie de mariage pour les invertis, le genre, l’éducation sexuelle et l’enseignement de l’homosexualité à l’école, l’euthanasie, la loi macron….en effet, la liste des horreurs devaient être trop longue !

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