Les dirigeants religieux doivent affirmer que la religion n’appelle pas la violence

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Les 22-23 février 2017 s’est déroulé un séminaire sur « Le rôle d’Al-Azhar al-Sharif et du Vatican dans la lutte contre les phénomènes de fanatisme, d’extrémisme et de violence au nom de la religion » au Caire (Égypte) à l’université Al-Azhar.

Le cardinal français Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a précisé le rôle de son dicastère « pour la promotion de relations constructives avec les personnes et les communautés de religions différentes »:

Votre Excellence, Monsieur le professeur Mahmoud Hamdi Zaqzouq,

Vos Excellences,
Chers amis,

C’est une grande joie pour moi et pour tous les membres de la délégation catholique d’être à Al-Azhar Al-Sharif et de vous rencontrer à ce séminaire, vous les distingués délégués d’Al-Azhar.

Mes pensées reconnaissantes vont d’abord et avant tout vers le Dieu tout-puissant qui se soucie de nous comme ses fils et ses filles, les plus aimés parmi ses créatures.

Je remercie Son Éminence le grand Imam Cheikh Al-Azhar, Professeur Ahmad Mohammad al-Tayyeb. Me viennent à la mémoire sa visite historique au Vatican le 23 mai 2016 et sa rencontre avec le pape François, qui fut suivie d’une rencontre avec le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Au cours de cette réunion, le grand Imam a réactivé le dialogue entre Al-Azhar et le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Il a également nommé le professeur Zaqzouk, à la tête de la commission d’Al-Azhar pour ce dialogue.

La visite ultérieure du secrétaire du CPDI, Mgr Miguel Ayuso, au Caire et sa rencontre avec Wakil Al-Azhar, le Dr Abbas Shuman, a constitué une autre étape très utile sur la voie du dialogue souhaité et nécessaire entre les deux institutions.

En outre, la réunion qui s’est tenue à Al-Azhar le 23 octobre 2016 entre les délégations du CPDI et d’Al-Azhar a été une étape importante vers la normalisation des relations. En fait, c’est au cours de cette réunion que la tenue de ce séminaire a été décidée afin d’envoyer un message aux observateurs et au monde, sur la forte volonté des deux parties de réactiver et de poursuivre leur dialogue.

Au cours de cette réunion, ont été nommés deux coordinateurs, un représentant de chaque partie : Le professeur Dr. Muhieddine Afifi Ahmad, secrétaire général de l’Académie pour la recherche islamique, représentant Al-Azhar, et Mgr Khaled Akasheh, secrétaire de la Commission pour les relations avec les musulmans au CPDI. Une réunion technique entre ces deux groupes tenue le 12 novembre 2016 et la correspondance qui s’est ensuivie, ont ouvert la voie à la tenue de la présente rencontre.

Ma dernière visite à Al-Azhar a eu lieu les 23 et 24 février 2010 lors de la réunion du Comité permanent pour le dialogue. Je suis tenu de rappeler à notre souvenir, avec gratitude et affection, feu le grand Imam le Dr Mohammad Sayyed Tantawi. Sa générosité de cœur était plus qu’évidente quand il m’a accueilli dans cet endroit. Les paroles qu’il m’avait dites perdurent comme un testament pour moi : « Tous les Égyptiens sont mes fils ». Que le Dieu tout-puissant lui accorde la paix réservée à ses bons et fidèles serviteurs !

Je voudrais aussi rappeler, en ce moment, avec dévotion et affection, saint Jean-Paul II, un homme qui s’est consacré entièrement au service de Dieu, de l’Église et de toute l’humanité. Parmi ses nombreuses initiatives et gestes d’amitié envers les frères musulmans, figure sa visite à Al-Azhar le 24 février 2000. Plus tard, Al-Azhar de son côté a décidé de fixer la date de la réunion annuelle du Comité permanent à cette date historique ! Je profite de cette occasion pour vous proposer que la date des assemblées annuelles qui ont lieu au Caire soit arrêtée au 24 février ou le jour le plus proche de cette date. Je souhaite aussi que la date de celles qui doivent se tenir à Rome soit fixée au 23 mai ou le jour le plus proche de cette date. Ce sont assurément des anniversaires importants à retenir !

Avant de faire quelques remarques sur le thème de notre rencontre, permettez-moi de partager une réflexion sur notre dialogue et notre collaboration, compte tenu du rôle important de nos institutions respectives. Le CPDI, comme vous le savez, est le bureau – une sorte de ministère – au sein du Saint-Siège pour la promotion de relations constructives avec les personnes et les communautés de religions différentes. Ces religions sont principalement l’islam, les religions traditionnelles, en particulier celles de l’Afrique, l’hindouisme ainsi que le jaïnisme, le sikhisme, le bouddhisme ainsi que le taoïsme, le shintoïsme et le confucianisme. La plus proche du christianisme parmi ces religions est l’islam, étant une religion monothéiste qui se réfère à la foi d’Abraham et avec laquelle, malgré de profondes différences théologiques, nous partageons beaucoup d’aspects importants, en ce qui concerne la foi et la morale. La position de l’Église catholique par rapport aux musulmans, comme vous le savez, est présentée dans la Déclaration du concile Vatican II Nostra aetate.

Permettez-moi également d’attirer votre attention sur l’existence, au CPDI, de la Commission des relations religieuses avec les musulmans, une preuve tangible des liens religieux et spirituels particuliers qui existent entre nos religions respectives !

Nous soulevons aujourd’hui, par le biais de présentations savantes et durant les discussions à suivre, une question qui nous préoccupe : « Le rôle que peuvent jouer Al-Azhar Al-Sharif et le Vatican pour contrer les phénomènes de fanatisme, d’extrémisme et de violence au nom de la religion ». Le fait que nous nous réunissions pour discuter de ce thème et la reconnaissance implicite du rôle important d’Al-Azhar, du CPDI et du Saint-Siège en général pour contrer ces phénomènes, est un signe d’espoir pour le monde dans les circonstances actuelles.

Nous sommes tous conscients de l’importance d’une saine approche de toute réalité, à savoir dans le cas présent, la religion. Un sage trouve dans la religion la lumière, l’orientation et la paix pour lui-même, avec Dieu et avec les autres. Cette relation harmonieuse s’étend à toute la création, dans laquelle les croyants reconnaissent la grandeur et la sagesse de Dieu, le Créateur.

Une approche saine de sa propre religion et de celle des autres, ouvre la voie à des relations respectueuses, pacifiques et constructives avec les croyants d’autres religions, et avec les personnes qui ne professent aucune religion aussi. L’imam Ali ben Abi Taleb n’affirme-t-il pas que « les gens sont de deux sortes : soit ils sont vos frères dans la foi, soit vos égaux dans l’humanité ? »

Malheureusement, et contrairement à cette sagesse, il existe des gens fanatiques et extrémistes, en raison de leur approche erronée de la religion. Leur cœur est rempli de colère et de haine envers ceux qui ne partagent pas leur vision de la religion et de la société et ce, parce qu’ils sont convaincus d’être les seuls à avoir raison. Les autres, par conséquent, devraient se conformer à leurs croyances sinon ils seront expulsés voire même éliminés !

Le fanatisme et l’extrémisme conduisent souvent à la violence et à la tendance de vouloir se justifier au nom de la religion. C’est pourquoi les dirigeants religieux et les savants doivent sortir de leur silence, et affirmer sans ambiguïté que la religion n’appelle pas la violence, ne la tolère même pas et condamne en effet toute forme de violence, surtout celle commise au nom de la religion. Pour être crédibles et pouvoir accomplir au mieux notre mission de dirigeants religieux et savants, nous devons être justes et courageux, capables de faire notre propre autocritique ainsi que de défendre la vérité, la dignité et les droits de tout être humain. De plus, je pense que nous sommes appelés à faire preuve de discernement dans de nombreux domaines, en particulier en ce qui concerne la société, la justice, la religion, l’éducation, l’environnement, etc.

Je suis reconnaissant pour votre aimable attention. J’invoque de nombreuses bénédictions divines sur nous tous, sur notre rencontre, sur le pays qui nous accueille et sur les institutions que nous représentons.