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Les documents pontificaux revêtent l’autorité normative du Magistère

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Docteur en théologie, l’archevêque de Dijon, Mgr Roland Minnerath, commente Amoris lætitia dans Famille chrétienne. Extrait :

« […] Certains s’interrogent sur le degré d’autorité de ce document. Quel est-il ?

Bonne question. Quelle que soit la nature des documents pontificaux – constitution apostolique, encyclique, lettre ou exhortation apostolique –, ils revêtent l’autorité normative du Magistère. Il y a toujours unité entre l’autorité de l’Écriture qui est la source de tout l’enseignement ecclésial, la Tradition qui commente la parole de Dieu au cours des siècles et le Magistère qui interprète authentiquement l’un et l’autre en fonction des défis du temps présent. D’où la nécessaire continuité dans l’enseignement de l’Église. Car si le Magistère prenait le contre-pied de ce qui a toujours été enseigné, il perdrait du coup l’autorité qui le fonde.

La nouveauté du document présent est qu’il ne veut pas « trancher par une nouvelle intervention magistérielle » des questions ouvertes concernant le mariage. Il ne veut pas édicter de nouvelles normes valables pour tous les cas. Il appelle donc au respect des normes existantes tout en invitant à les interpréter et à les appliquer avec discernement et miséricorde au cas par cas. Il est évident que les repères sont moins clairs qu’auparavant. […] »

17 comments

  1. Non, Monseigneur, comme le dit d’ailleurs avec beaucoup de justesse le cardinal Burke, le texte du pape en cause ne peut avoir de valeur normative magistérielle et pour une raison très simple, c’est que son contenu se trouve en l’occurrence contredire radicalement le magistère établi. Ceci le rend automatiquement nul et non avenu, car il est impossible qu’un magistère nouveau vienne contredire le magistère établi..La Tradition ne peut que s’inscrire dans une parfaite continuité, qui n’est autre que la continuité avec la parole du Christ. C’est là un fait, auquel personne, pas même le pape, ne peut rien.

    Or la contradiction avec le magistère établi est ici incontestable. Il est en effet incontestable que prétendre pouvoir fonder sur des discernements au cas par cas et au for interne la possibilité de délivrer parfois les sacrements de la pénitence et de l’eucharistie à des personnes qui demeureraient dans la transgression d’un commandement comme celui de ne pas commettre l’adultère, ainsi que le pape le préconise, contredit radicalement l’enseignement du Christ , retransmis depuis toujours par la Tradition de l’ Eglise, et particulièrement mis en lumière par saint Jean Paul II dans Veritatis splendor, sur la valeur universelle et objective des commandements, et sur la valeur téléologique et sociale qui en découle.

    Ceci découle des points suivants:

    I) Le recours au discernement au cas par cas pour donner l’absolution et la communion à des personnes qui demeureraient dans leur transgression reviendrait à nier la valeur universelle des commandements.

    Jean-Paul II enseigne que tous les commandements ont une valeur universelle, car la loi naturelle qu’ils traduisent est elle-même universelle :
    « Le prétendu conflit entre la liberté et la nature retentit aussi sur l’interprétation de certains aspects spécifiques de la loi naturelle, surtout de son universalité et de son immutabilité. « Où donc ces règles sont-elles écrites ‒ se demandait saint Augustin ‒ (…) sinon dans le livre de la lumière qu’on appelle la vérité? C’est là qu’est inscrite toute loi juste, et de là qu’elle passe dans le cœur de l’homme qui fait œuvre de justice, non par mode de déplacement mais, pour ainsi dire d’impression, comme l’effigie d’un sceau qui va se déposer sur la cire sans quitter le sceau. » (De Trinitate, XIV, 21 : CCL 50/A, 451) » (Veritatis splendor, 51)

    Cette valeur universelle des commandements se présente comme plus évidente encore pour les commandements négatifs, dont fait partie celui de ne pas commettre l’adultère, qui interdisent une action bien déterminée :
    « Les préceptes négatifs de la loi naturelle sont universellement valables : ils obligent tous et chacun, toujours et en toute circonstance. En effet, ils interdisent une action déterminée semper et pro semper, sans exception, parce que le choix d’un tel comportement n’est en aucun cas compatible avec la bonté de la volonté de la personne qui agit, avec sa vocation à la vie avec Dieu et à la communion avec le prochain. » (Veritatis splendor, n°52)

    Or, délivrer le sacrement de la réconciliation, ou de l’eucharistie, à des personnes qui demeureraient dans une situation de transgression des commandements en se fondant, pour juger possible de le faire, sur un discernement au cas par cas tenant compte de circonstances particulières impliquerait du même coup la négation de cette valeur universelle des commandements.

    En effet, on ne voit pas comment on pourrait remettre un péché, qui plus est un péché grave, qui demeurerait, ni comment concilier la possibilité d’une réception de l’Eucharistie en état de péché grave avec la parole de saint Paul : « Quiconque mange ce pain ou boit cette coupe du Seigneur indignement aura à répondre du Corps et du Sang du Seigneur » (1 Co 11, 27-2, cité dans le CEC). En réalité, ce qui est donc sous-jacent, c’est que l’on voudrait que la faute, dont la gravité certes dépend des circonstances, puisse être diminuée voire annulée au point d’effacer la transgression en cours. Mais ce serait nier la valeur universelle, non subordonnée aux circonstances, des commandements.

    II). Le recours au discernement selon le for interne pour donner l’absolution et la communion à des personnes qui demeureraient dans leur transgression reviendrait à nier la valeur objective des commandements.

    Jean-Paul II enseigne que les commandements ont une valeur objective, en ce que la conscience ne peut vraiment ignorer :
    ‒ ni les lois naturelles sur l’homme, qu’il est donné à la raison de percevoir, et dont les commandements sont une traduction :
    « Le texte de la Lettre aux Romains, qui nous a fait saisir l’essence de la loi naturelle, montre également le sens biblique de la conscience, surtout dans son lien spécifique avec la loi : « Quand des païens privés de la Loi accomplissent naturellement les prescriptions de la Loi, ces hommes, sans posséder de Loi, se tiennent à eux-mêmes lieu de Loi ; ils montrent la réalité de cette loi inscrite en leur cœur, à preuve le témoignage de leur conscience, ainsi que les jugements intérieurs de blâme ou d’éloge qu’ils portent les uns sur les autres » ( Rm 2, 14-15). (Veritatis splendor, n°57)

    ‒ ni les conséquences pratiques qui en découlent dans l’application aux situations concrètes car l’usage des lois de la raison, lois naturelles de l’intelligence humaine, permet à l’homme de discerner ces conséquences pratiques :
    « Le jugement de la conscience est un jugement pratique, un jugement qui intime à l’homme ce qu’il doit faire ou ne pas faire, ou bien qui évalue un acte déjà accompli par lui. C’est un jugement qui applique à une situation concrète la conviction rationnelle que l’on doit aimer, faire le bien et éviter le mal. Ce premier principe de la raison pratique appartient à la loi naturelle, et il en constitue même le fondement, car il exprime la lumière originelle sur le bien et sur le mal, reflet de la sagesse créatrice de Dieu qui, comme une étincelle indestructible (scintilla animæ), brille dans le cœur de tout homme.» (Veritatis splendor, n°59)

    Ainsi, dit Jean-Paul II, la conscience comporte en elle-même les éléments nécessaires pour percevoir la moralité d’un acte au regard de la loi traduite dans les commandements. Sans compter que la conscience peut toujours être en plus être éclairée par le conseil du prêtre, qui interviendrait nécessairement en cas de demande d’une absolution ou d’une demande de communion. Le jugement au for interne ne peut donc être opposé au jugement objectif pour justifier l’accès à la réconciliation et à l’Eucharistie à des personnes qui demeureraient dans la transgression des commandements.

    III). Nier la valeur universelle et objective des commandements reviendrait à ignorer leur portée téléologique.

    Jean-Paul II enseigne que les commandements ont une portée téléologique en ce qu’ils sont là pour orienter les actes humains vers Dieu, bien suprême et fin ultime de l’homme :
    « En ce sens la vie morale possède un caractère « téléologique » fondamental, car elle consiste dans l’orientation délibérée des actes humains vers Dieu, bien suprême et fin (telos) ultime de l’homme. De nouveau, la question du jeune homme à Jésus l’atteste : « Que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? » Mais cette orientation vers la fin ultime n’est pas une dimension subjective qui dépend seulement de l’intention. Elle présuppose que des actes puissent être ordonnés, par eux-mêmes, à cette fin, en tant qu’ils sont conformes à l’authentique bien moral de l’homme, préservé par les commandements. C’est ce que rappelle Jésus dans sa réponse au jeune homme : « Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements » (Mt 19, 17). » (Veritatis splendor, 73).

    Or les commandements ne sauraient avoir cette portée téléologique s’ils n’avaient pas une valeur universelle et objective, car comment pourraient-ils ordonner les actes vers la fin suprême de l’homme si ce n’était pour tous les hommes ?

    On notera que la miséricorde ne peut aller contre l’intérêt supérieur des personnes que sont leur bien spirituel et leur salut. La miséricorde ne saurait donc être invoquée pour nier la valeur universelle et objective des commandements puisque leur portée téléologique y est liée.

    IV) Nier la valeur universelle et objective des commandements reviendrait à ignorer leur portée sociale.

    Jean-Paul II enseigne aussi que les commandements ont une portée sociale. Car les commandements permettent de construire la communion des personnes dans le respect des lois naturelles universelles :

    « Mais, du fait qu’elle exprime la dignité de la personne humaine et établit le fondement de ses droits et de ses devoirs primordiaux, la loi naturelle est universelle dans ses prescriptions et son autorité s’étend à tous les hommes. Cette universalité ne laisse pas de côté la singularité des êtres humains, et elle ne s’oppose pas à l’unicité et au caractère irremplaçable de chaque personne ; au contraire, elle inclut à leur source tous ses actes libres qui doivent attester l’universalité du bien authentique. En se soumettant à la loi commune, nos actes construisent la vraie communion des personnes et, avec la grâce de Dieu, mettent en pratique la charité, « en laquelle se noue la perfection » (Col 3,14). Au contraire, quand ils méconnaissent ou ignorent seulement la loi, de manière responsable ou non, nos actes blessent la communion des personnes, au préjudice de tous. » (Veritatis splendor, 51).

    Ainsi se construit une société renouvelée :

    « Le bien suprême et le bien moral se rejoignent dans la vérité, la vérité de Dieu Créateur et Rédempteur et la vérité de l’homme créé et racheté par Lui. Ce n’est que sur cette vérité qu’il est possible de construire une société renouvelée et de résoudre les problèmes difficiles qui l’ébranlent (…) » (Veritatis splendor, 99).

    Or les commandements ne sauraient avoir cette portée sociale s’ils n’avaient pas une valeur universelle et objective, car sans celle-ci, comment pourraient-ils avoir une valeur organisatrice de la société, fondée sur des lois, les lois naturelles, qui valent pour tous.

    On notera aussi que la miséricorde ne peut aller contre le bien commun basé sur la loi naturelle. La miséricorde ne saurait donc être invoquée pour nier la valeur universelle et objective des commandements puisque leur portée sociale y est liée.

    En conclusion, l’exhortation apostolique, sur les points évoqués, est en rupture radicale avec la Tradition de l’Eglise, elle est pour cette raison, au regard de ces points, nulle et non avenue, et ne saurait donc avoir la moindre valeur normative et dès lors la moindre légitimité pastorale puisqu’au contraire elle entraine les brebis sur des chemins qui les éloignent de la vraie vie.

    C’est une situation tragiquement nouvelle que nous connaissons aujourd’hui, celle où le chef de l’Eglise voudrait rompre avec l’enseignement du Christ. Jamais cela ne s’est produit depuis 2000 ans. Aussi est-ce la première fois depuis 2000 ans que le devoir appelle les responsables ecclésiaux et les fidèles à l’esprit droit et honnête à se lever contre des préconisations de leur chef.

  2. La terrible question est : ce pape est il encore catholique ?
    Sans être un savant théologien comme Justin il est facile de comprendre que « faire à appel au discernement pastoral » pour juger de ce genre de situation est « un peu fourbe »..
    Très difficile de prendre position sur ce sujet .

    • « Furbo » en italien ne se traduit pas par « fourbe » en français, mais par « malin » « retors », « astucieux ». Certes Garzanti traduit aussi furbo par fourbe, mais il précise que dans ce cas en français, c’est péjoratif.

      Donc, comme le pape parlait de lui-même, il faut comprendre : « malin ». Personne ne dit de lui-même qu’il est malhonnête…

  3. Hervé Soulié

    Mgr Minnerath sait que le document pontifical prend effectivement le contrepied de l’enseignement magistériel antérieur au moins sur l’accès à la communion des divorcés-remariés : paragraphe 305, note 351, apparemment rédigée de la main du pape.
    Par conséquent, le caractère magistériel du texte perd bien sur ce point précis l’autorité qui le fonde.

    • Non ! non ! le document pontifical ne prend pas le contre-pied de l’enseignement magistériel. Il dit des choses vraies sur la norme objective et sur l’imputabilité de la faute. Dieu seul est juge des consciences. L’Église n’est là que pour aider, rappeler la doctrine, l’enseigner.

      Il s’adresse aux prêtres et suppose qu’un prêtre serait tenté de refuser l’absolution et par conséquent interdire, en conscience, au pénitent de communier, ne constatant pas chez lui un vrai repentir. Il conseille aux confesseurs en pratique d’être très miséricordieux.

      On pourrait dire: il suggère, il a l’air de dire. Mais comme le dit un avocat: ne reprochez pas ce que j’ai l’air de dire, mais examinez ce que je dis. Or à aucun moment, le pape ne contredit formellement la doctrine traditionnelle. Donc malgré ce qu’il a l’air de dire, il ne dit pas. C’est là l’essentiel.

      Si le péché est public. Le prêtre qui distribue la communion doit la refuser dans la mesure où le péché public est parvenu à sa connaissance.

      Si le péché est privé, je crois que le prêtre doit donner la communion, même s’il a connaissance du péché (a fortiori s’il en a connaissance exclusivement par la confession).

      Pour moi, d’ailleurs, le vrai problème de ce document est qu’il bafoue la liberté de conscience des croyants. D’autre part, il aggrave la grave crise démographique prenant pour argent comptant la propagande malthusienne. Ce n’est pas la question des « divorcés-remariés » qui est en jeu, car il n’y a rien de nouveau sur ce chapitre à part une exhortation à être très compréhensif, miséricordieux.

      À cette époque d’œcuménisme, dans ce très long document, il aurait été intéressant que le pape nous confirme la doctrine sur les valeurs éventuelles des « mariage civil » et mariage religieux pour les athées et pour les protestants, pour les musulmans, pour les juifs et pour les orthodoxes et enfin pour tous les incroyants des diverses catégories. Mais ce document ne s’adresse qu’aux catholiques… et ne traite que des problèmes directement catholiques.

      Ce document montre souvent un style déroutant. Exemple:

      « Leur pratique est devenue légale dans de nombreux États. L’Église, tout en s’opposant fermement à ces pratiques [suicide assisté et euthanasie], ressent le devoir d’aider les familles qui prennent soin de leurs membres âgés et malades »

      On passe brusquement et sans crier gare d’une condamnation ferme à un autre sujet. Ce faisant, on suggère que ceux qui n’aident pas les familles sont co-responsables de l’euthanasie et on dilue la responsabilité des États. Le pape voulait « mettre une fameuse pagaïe », je crois qu’il y réussit. Reste à savoir ce que la pagaïe apporte comme progrès. Moi je ne vois pas. Il apporte, au milieu de passages valables, l’angoisse, la culpabilisation, le trouble…

      Reste à savoir comment les Églises de France, exsangues, spoliée de toutes les façons depuis 1790 et tous les jours foulées au pied par les médias peuvent aider concrètement les familles à s’occuper de leurs vieux et de leurs malades ? Exiger sans donner les moyens, ce n’est ni réaliste, ni même juste.

      Ici encore les droits des fidèles catholiques sont foulés au pied.

      • Denis Merlin dit: »L’Église n’est là que pour aider, rappeler la doctrine, l’enseigner. » Je suis désolé, l’Église est d’abord là pour enseigner et dispenser les sacrements: Matthieu 28 « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit… » Denis Merlin dit: »On pourrait dire: il suggère, il a l’air de dire », désolé, le Christ n’est pas dans la demi mesure quant à ses enseignements Matthieu 5 « Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu’on y ajoute vient du malin ». Denis dit: »Mais ce document ne s’adresse qu’aux catholiques ». Oui, le pape est catholique et son message est adressé aux catholiques, pour le mariage catholique. Et quand il éloigne de la tradition catholique du magister de toujours et pire de la parole de notre Seigneur, il y a lieu de s’en inquiéter.

      • sygiranus

        Le mariage, dans la société, est d’ordre public car il fonde le bien commun public. Son atteinte par le péché est donc publique et le pécheur en cause est alors pécheur public ! Son cas relève à ce titre de l’ordinaire du lieu et non d’un simple prêtre. Telle a été la norme dans l’Église jusqu’à ce jour, de moins en moins respectée, c’est vrai, mais bafouée maintenant par le Saint Père qui, ignorant la notion de « bien public », confie à des prêtres avec des critères subjectifs, des responsabilités qui ne sont pas de leur niveau ! Ce mélange des genres déconcerte…, c’est peu de le dire !

  4. La question de Laurent Michel de Woillemont, demandant si ce pape est encore catholique, est malheureusement, tragiquement, pertinente, et la réponse est malheureusement, tragiquement: non. C’est la première fois que ceci se produit depuis 2000 ans.

    Certes, on a connu dans l’histoire de l’Eglise des moments où des papes ont été tentés par des hérésies, mais ils n’ont jamais été au bout. Cette fois le pape a été au bout. Certaines positions qu’il prend sont en effet en rupture radicale avec le magistère de l’Eglise, comme le disent bien Justin et Hervé Soulié.

    J’ajouterai même à l’analyse de Justin que les positions du pape en faveur de la possibilité ouverte dans certains cas de délivrer la communion à des personnes en situation d’adultère et prévoyant d’y demeurer constituent des insultes à la parole et donc à la personne du Christ.

    Car il n’est pas de commandement qui ait fait l’objet de la part du Christ d’un enseignement aussi appuyé, aussi insistant, que le sixième d’entre eux, celui de ne pas commettre l’adultère, pour en souligner le caractère impératif et la gravité de l’enjeu qui s’attache à son strict respect. Dès lors quel mépris, quelle désinvolture vis-à-vis de la parole du Christ et donc vis-à-vis du Christ lui-même, de choisir ce commandement-là pour dénier la valeur de leur prescription.

    Car quels trésors d’attention pastorale et de pédagogie prophétique le Christ n’a-t-il pas déployés à l’adresse de ses disciples, à propos de son enseignement sur l’impossibilité, comme étant adultère, du remariage après divorce ! Jésus multiplie les approches, faisant le tour du sujet avec autant de simplicité que de fulgurance.

    Premièrement, le Christ a donné le fondement de la prescription, celui de la loi naturelle voulue par le Créateur, selon laquelle l’homme et la femme mariés « ne font plus qu’un » (Mt 19,5-6 ; Mc 10, 7-9).

    Deuxièmement, Jésus a énoncé avec une parfaite netteté la prescription de ne pas commettre l’adultère en se remariant après divorce. Ainsi dans Luc : «Tout homme qui renvoie sa femme pour en épouser une autre commet l’adultère ; et celui qui épouse une femme renvoyée par son mari commet l’adultère » (Lc16,18 a.b), et aussi dans Mc 10, 11-12, Mt 5, 32 a. b, et Mt 19, 9. Dans Matthieu 19, à la suite du propos du Christ, la réaction des disciples ne se fait pas attendre: « Si telle est la situation de l’homme par rapport à sa femme, mieux vaut ne pas se marier » (Mt 19,10), réaction qui annonce la difficulté que les gens auront à accepter cette contrainte. D’ailleurs, le Christ lui-même souligne la difficulté, en disant que sa parole ne serait pas comprise par tous : « Ce n’est pas tout le monde qui peut comprendre cette parole (…) » (Mt 19,11).

    Troisièmement, cependant,la réponse de Jésus à ses disciples : « Il y a des gens qui ne se marient pas, car de naissance, ils en sont incapables ; il y en a qui ne peuvent pas se marier, car ils ont été mutilés par les hommes ; il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du Royaume des cieux » (Mt 19, 11) va droit à l’essentiel, à savoir que la sexualité n’a pas à être idolâtrée et que bien des gens se trouvent, volontairement ou non, dans une situation où ils sont appelés à vivre la chasteté. Par conséquent, on ne devrait pas être choqué, en tout cas pas au point de mettre en cause la validité du commandement de ne pas commettre l’adultère, de ce que des personnes divorcées, y compris lorsqu’elles sont victimes de la faute du conjoint, ne puissent se remarier, ni de ce que les personnes divorcées remariées, donc en situation d’adultère, doivent se séparer ou, en cas de difficulté trop grande attachée à cette séparation, s’astreindre à vivre dans la chasteté. C’est vrai que l’on peut être tenté de voir là une injustice, surtout pour le cas où le conjoint n’est pas à l’origine de la séparation. Mais c’est alors l’injustice, inévitable, du sort, dont l’acceptation passe par la compréhension de ce que le seul vrai malheur est celui du péché qui éloigne de Dieu.

    Quatrièmement, il est significatif que ce soit à propos du 6e d’entre eux, celui sur l’impossibilité du remariage après un divorce, que le Christ a explicité le sens général des commandements, au travers de l’épisode sur le jeune homme riche (Mt 19,16-26 ; Mc 10,17-27), lui-même comme introduit par le si bref en même temps que si beau passage sur la place à faire aux enfants (Mt 19,13-15 ; Mc 10,13-16). Cette évocation des enfants n’est-elle pas le moyen pour le Christ de nous amener à nous considérer face aux commandements comme des enfants confiants vis-à-vis de leur père qui leur indique par ses conseils le chemin de la vie, qui est celui des commandements ainsi que Jésus le dit dans la suite: « Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements » (Mt 19,17). Cette entrée dans la vie n’est autre que celle de l’entrée « dans le Royaume des cieux » (Mt 19,23.24) ou encore « dans le royaume de Dieu » (Mc10, 24.25).

    L’essentiel est dit, mais le Pasteur par excellence qu’est Jésus veut encore, cinquièmement, ajouter quelque chose pour renforcer l’évidence avec laquelle s’impose le respect d’un commandement tel que celui de ne pas commettre l’adultère en se remariant après un divorce. Ce message supplémentaire réside dans la distinction qui peut être faite, au sein de la vie morale, entre, d’une part, le respect des commandements, négatifs (dont fait partie le sixième) ou positifs jusqu’à un niveau élémentaire pourrait-on dire, exigence à laquelle a su satisfaire le jeune homme riche, ce qui lui a permis de dire : « Tout cela je l’ai observé » (Mt 19,20) ou encore : « Maître, j’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse » (Mc 10,20), et d’autre part, la recherche, au-delà, de la perfection. Cette distinction fait apparaître que le respect des commandements négatifs ou positifs jusqu’à un certain niveau s’impose absolument (Mt 19, 16 – 26 ; Mc 10, 17-27). On note que, donc, le 6e commandement (qui est un commandement négatif) de ne pas commettre l’adultère, et donc de ne pas se remarier après divorce, s’impose absolument.

    En réponse à tout cela, et alors même que les mots ultimes du Christ à l’adresse de ses Apôtres ont été pour leur dire : « Allez donc ! De toutes les nations, faites des disciples, baptisez-les au nom Père, du Fils et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je reste avec vous jusqu’à la fin des jours » (Mt 28,19-20), que voit-on aujourd’hui?

    Un pape se met au-dessus du Christ!…Il se permet de prendre ses distances vis-à-vis du sixième commandement, qui est celui sur lequel le Christ insiste de manière si particulière.

    Cest une gifle. Une gifle à Jésus. (sans doute sans que celui qui la donne en soit vraiment conscient, car c’est sans doute un esprit faux, et nous n’avons en tout cas pas à le juger si peu que ce soit, seul Dieu peut juger) . Deux mille ans après qu’on lui ait arraché sa tunique, voilà aujourd’hui qu’on prétend lui arracher sa parole!!! Et tous les hauts responsables de l’Eglise, se plient et prétendent adhérer à cette infâmie.

    Dans ce contexte, ce que nous dit à si juste titre son Eminence le cardinal Burke, revêt une importance absolument capitale : car cela montre que le pape qui fait cela sort de son rôle, n’est plus légitime, son propos est nul et non advenu. Le magistère de l’Eglise reste lui intact, et en ce sens les fumées de Satan, pourtant à l’oeuvre, ne prévalent nullement.

    • sygiranus

      Tout cela est fort bien dit et vous avez parfaitement raison sauf sur le dernier point : le pape sort de son rôle, il ne PARLE pas légitimement et son propos peut être considéré comme nul et non advenu, mais il reste légitimement à la tête de l’Église.
      Personne ne vous empêche de suivre l’enseignement constant de l’Église sans dévier et de vous confier à des prêtres dont c’est la vraie vocation, sans vous laisser troubler par les cahots de l’histoire des hommes !

  5. La richesse des commentaires ci-dessus portent à la réflexion d’autant que nous vivons des temps troublés.
    Moïse a autorisé la répudiation à cause du cœur de pierre des juifs, Jésus ne l’a pas condamné, il a justifié son acte pourtant contraire à la volonté de Dieu.
    Catherine dit :  » le pape qui fait cela sort de son rôle, n’est plus légitime, son propos est nul et non advenu. » C’est dur …je comprends que la question se pose car l’affaire est grave. Si le pape n’est plus légitime, le siège pétrinien est-il vacant? Peut-on aller jusque là? je ne le pense pas d’autant que nous avons un autre pape vivant en la personne de Benoît XVI. Le pape François serait-il alors un « anti pape » comme nous en avons connu par le passé?

  6. A gege

    D’accord avec la nuance que vous apportez à ma conclusion: même si le pape rompt avec l’enseignement du Christ, et si pour cette raison son pouvoir devient dévoyé, c’est vrai que son pouvoir n’en demeure pas moins effectif, ce qui est évidemment tragique, car il l’exerce en emmenant ses brebis sur de mauvais chemins.!

    Il y réussit d’autant mieux que la très grande majorité des évêques suit. Ils n’ont pas le discernement et le courage nécessaires pour résister, ils seraient d’ailleurs immédiatement cassés s’ils le faisaient, et tout le monde n’a pas une trempe de martyr. Au fond, c’est sans doute maintenant aux laïcs de lancer un immense mouvement de résistance pour la défense de la foi. Et pour la défense en même temps de la raison, car je suis bien d’accord avec Puis-je, il y a un problème d’esprit embrouillé, je dirais même d’esprit faux.

    La situation que nous vivons, en même temps que gravissime, est inédite depuis 2000 ans. Certes dans le passé on a connu des périodes où des papes étaient tentés par des hérésies, mais ils n’ont jamais été jusqu’au bout. Cette fois, le pape va jusqu’au bout. Cette situation inédite appelle un devoir inédit de désobéissance sur les points où les orientations du pape sont en rupture avec l’enseignement du Christ. C’est le Seigneur que nous devons suivre.

    • sygiranus

      Non ! Là aussi vous embrouillez la question : le pape n’a pas été jusqu’au bout ! Il n’a pas proféré une hérésie ex cathedra avec l’autorité inhérente à sa fonction. Ses paroles actuelles ne reflètent que ses opinions, à considérer respectueusement, certes, mais à confronter avec l’enseignement du Christ qui a la primauté. Or Celui-ci a dit : « Moïse a autorisé vos pères à cause de la dureté de leur cœur, mais Moi, Je vous dis…! » C’est donc bien la Loi nouvelle qui corrige l’ancienne, sans l’abolir.
      Il n’est pas sain de jouer de la dualité des papes actuelle mais il faut plutôt prier pour que le pape régnant raisonne mieux et conformément à la Tradition !

      • Puis-je?

        Les fidèles attendent un magistère (papal), non pas des opinions personnelles. Que le Pontife les garde pour soi dans son couvent S.-M.

        • sygiranus

          Nous n’en sommes pas aux vœux même les plus pieux, il y a des prières pour cela, mais aux actions personnelles en vue de notre salut, face à des déclarations proférées par les instances les plus hautes de notre religion (la vraie !). Devons les écouter avec respect, tristesse, enthousiasme…, les suivre en fermant les yeux, les ignorer avec délicatesse ou emportement…?
          Il y a quarante ans, quelqu’un s’est levé en disant : « Je continue sur la voie de nos Pères, dans la voie apostolique dont je descends ! » Un petit nombre l’a suivi, d’autres l’ont rejoint ou s’en sont inspirés. A tous il a communiqué le calme dans les tribulations qui est un des signes de la Vérité. Il serait beau de s’en inspirer maintenant !

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