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Lettre pastorale de Mgr Boivineau

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Datée du 4 septembre, la lettre de l’évêque d’Annecy est intitulée « La Joie de Servir » :

Chers diocésains,

Dans la Lettre aux Communautés chrétiennes que je vous adressais au terme de la démarche synodale (octobre 2012), un paragraphe était intitulé « la proximité, le service de la charité » (p. 12-15). Je soulignais l’urgence de développer la vie fraternelle : « la vie fraternelle est constitutive de la mission », et elle est la condition même de la proximité : « Nous sommes les disciples de Jésus, le Christ. En lui, Dieu s’est approché de l’humanité ».

J’insistais sur «le service du frère» comme une des caractéristiques de la mission de l’Église : « service du frère », nous appelons aussi « diaconie », et dont l’icône évangélique est le geste de Jésus lavant les pieds de ses disciples à l’heure même où il allait donner sa vie.

Aujourd’hui, le pape François nous demande d’être une Église « en sortie » et il évoque « la priorité absolue de la sortie de soi vers le frère ».

Le service du frère doit prendre corps au sein de nos diverses communautés et dans nos lieux de vie.

En relisant ce que nous avons vécu ces dernières années, nous sommes invités à rendre grâce pour les pas que nous avons faits, et pour les initiatives qui ont été prises, afin d’être plus proche de tous et en particulier des plus fragiles.

Partager et recevoir ce que nous sommes

Le rassemblement diocésain Diaconia 74 demeure dans la mémoire de tous ceux et celles qui l’ont vécu. Nous étions deux mille cinq cent, ce 14 octobre 2014, et nous ne sommes pas repartis exactement comme nous étions venus : quelque chose a bougé dans les têtes et dans les cœurs ! Nous avons expérimenté très concrètement que « personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager » et… que « personne n’est trop riche pour n’avoir rien à recevoir » !

Nous nous sommes mis ce jour-là à l’écoute des plus fragiles. Nous avons entendu des personnes vivant ou ayant vécu des fragilités et des situations difficiles : des mots simples et vrais, souvent forgés dans l’épreuve, qui ont fait venir au jour le plus beau et le plus lumineux de notre humanité. Les échanges ont été riches. Lorsque les plus fragiles trouvent leur place dans nos rencontres et nos assemblées, tout est transformé. Au terme de la journée, les personnes venues en situation de fragilité sont rentrées chez elles avec une conscience plus claire des richesses qu’elles portent et qu’elles peuvent partager ; les autres sont reparties joyeuses, parce que sans doute plus lucides sur leurs propres fragilités! L’espérance a fleuri ce jour-là, sans doute parce que nous avons osé partager nos fragilités.

La posture du service

Les fruits de ce rassemblement ne sont évidemment pas quantifiables, mais on peut les observer. L’expérience vécue au cœur du rassemblement Diaconia 74 a modifié notre façon de nous parler les uns les autres. Nous avons toutefois encore bien du chemin à parcourir pour développer « la diaconie », « le service du frère », au sein de nos services, de nos paroisses. Il ne s’agit pas d’une activité supplémentaire, mais bien d’une attitude du cœur, une façon d’être, qui touche tous les domaines de notre vie en Église. Le service du frère est la marque, non facultative, de la vie de l’Église. C’est un chemin de conversion.

La diaconie est déjà réalité. Le service du frère est mis en œuvre, personnellement bien sûr, mais aussi dans de multiples lieux : auprès de personnes malades ou handicapées, de personnes seules et isolées, de personnes migrantes, de personnes vivant des situations de précarité, des ruptures familiales, des deuils… Nous devons d’abord être reconnaissants et rendre grâce. Toutefois, nous sommes en chemin et nous avons besoin de nous laisser habiter par cet esprit du service fraternel. Le service du frère fait partie intégrante de la mission de l’Église : « Pratiquer l’amour envers les prisonniers, les malades et toutes les personnes qui, de quelque manière, sont dans le besoin, cela appartient à l’essence même de l’Église au même titre que le service des sacrements et l’annonce de l’Évangile. L’Église ne peut pas négliger le service de la charité, de même qu’elle ne peut négliger les Sacrements ni la Parole ».

La miséricorde et la tendresse de Dieu

L’Année jubilaire de la Miséricorde vient à point pour stimuler notre marche. « Faire de la Miséricorde notre style de vie », ne serait-ce pas être à l’écoute pour entendre les appels, ouvrir les yeux pour voir les blessures de tant de frères et sœurs privés de dignité, et tendre nos mains pour nous faire le prochain et prendre soin de la personne en souffrance ?

« Il y a tant de gens blessés, par les problèmes matériels… par les illusions du monde… Miséricorde signifie avant tout soigner les blessures… les blessures ouvertes, mais aussi des blessures cachées, parce qu’il y a des personnes qui s’éloignent pour ne pas montrer leurs blessures », dit le pape François4. C’est ainsi qu’il nous presse de redécouvrir les œuvres de miséricorde corporelles et les œuvres de miséricorde spirituelles : comme pour bien montrer qu’il faut penser en termes de développement intégrale de la personne en toutes ses dimensions : physique, psychique, spirituelle.

Le service du frère donne bien sa mesure s’il devient manifestation de la proximité et de la tendresse de Dieu pour chacune et chacun personnellement.

La Diaconie diocésaine

Une petite équipe « Servir la Fraternité » s’est constituée dans l’élan de la démarche synodale. Elle a porté la préparation et l’animation du rassemblement. Diaconia 74. Elle a, par exemple, pour l’accueil des réfugiés, été interpellée par de nombreuses situations, elle a elle-même interpellé, facilité la mise en lien, voire accompagné certaines de ces situations. À ce titre, elle doit devenir un interlocuteur reconnu pour ce sujet comme pour quelques autres. L’expérience acquise nous demande aujourd’hui de mieux l’inscrire dans l’organigramme de notre Église diocésaine.

L’équipe « Servir la Fraternité » n’a pas pour mission de se substituer aux mouvements et services qui œuvrent selon leurs compétences réciproques. Elle n’est pas une structure supplémentaire. On doit la penser sur le mode des petites fraternités missionnaires où l’on se met à l’écoute de la Parole, comme nous le suggère le pape François : « Pour être capable de miséricorde, il nous faut d’abord nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu… C’est ainsi qu’il est possible de contempler la miséricorde de Dieu et d’en faire notre style de vie ».

Elle est un “service” dont l’objectif est justement de nous aider à demeurer en tenue de service.

Sa mission est d’abord de veiller que le Service du Frère, à la manière et à la suite du Christ, s’inscrive bien dans le concret de nos missions et tâches respectives.

Il lui revient de valoriser ce qui se vit, de mettre en lien, de soutenir et accompagner des initiatives, et aussi d’interpeller s’il en est besoin.

Elle veillera à développer l’esprit de Diaconia 74, en favorisant et facilitant l’accueil de la fragilité et la prise de parole des pauvres : ils nous conduisent au cœur de l’Évangile.

Elle sera à la disposition des paroisses ou groupes qui désirent progresser sur le chemin du Service du frère. Plutôt qu’une « structure pyramidale », je souhaite vraiment que se constitue un réseau de la diaconie où l’on se connait, où l’on vit ce qu’on veut annoncer et partager, et où l’on est disposé en fonction des besoins à mettre à disposition une compétence particulière.

La responsabilité de l’équipe « Servir la Fraternité » est confiée à une personne qui est « Délégué épiscopal à la diaconie diocésaine ».

« À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13, 35).