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Méditation du cardinal Barbarin lors du Pèlerinage national à Lourdes

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Le Pèlerinage national assomptionniste se déroule à Lourdes du 11 au 16 août 2016, sous la présidence du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, avec pour thème en cette Année de la miséricorde, « Soyez miséricordieux comme le Père ». Le cardinal propose chaque jour une méditation. Le chemin commence par la parabole du bon Samaritain (Lc 10, 29-37).

Demandez à des chrétiens de vous dire, parmi la quarantaine de paraboles de l’Évangile, celle qu’ils préfèrent, ils répondront quasiment toujours en citant une parabole de la miséricorde, en particulier l’enfant prodigue ou le bon Samaritain. C’est cette dernière qui a été choisie pour nous donner à voir la miséricorde de Dieu, descendant à la rencontre de notre humanité blessée et abandonnée au bord de la route.

Ce Samaritain qui s’arrête, se penche sur nos blessures, les soigne en y versant de l’huile et du vin, c’est la figure de Jésus, notre médecin, qui a fait le grand voyage de l’Incarnation pour nous guérir et nous sauver. Saint Grégoire de Nysse a évoqué cet événement par une formule saisissante : « Dieu a épousé l’humanité à l’état de cadavre. »

Voici donc la miséricorde de Dieu : il voit, il s’arrête, il prend soin de nous, et charge l’homme blessé sur sa propre monture. Pour préparer ses disciples à écouter cette parabole, Jésus venait de dire : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez » (v. 23).

Pour bien la comprendre, il est peut-être plus important encore d’entendre Jésus prononcer, juste avant, son « oui » au Père, « tressaillant de joie sous l’action de l’Esprit Saint » (v. 21). Ce oui n’est pas seulement celui d’un fils obéissant qui fait tout ce que son Père lui commande. C’est une exclamation, une explosion de joie ! Oui, voilà quel est le dessein de Dieu, voilà sa miséricorde qui déferle sur le monde comme un torrent de bonté, de guérison, de grâce !… Un grand oui que nous avons intérêt à écouter et contempler pour fortifier les « oui » majeurs de notre existence : ceux de notre baptême et de notre confirmation, de notre mariage, de notre consécration à Dieu ou de notre ordination, ainsi que tous les petits oui si précieux de la vie quotidienne.

Et nous, dans cette parabole du bon Samaritain, où sommes-nous ? Un peu partout… D’abord, dans le caniveau avec l’homme dépouillé et roué de coups par les brigands, car notre humanité est blessée de multiples manières et a besoin qu’un Sauveur se penche sur elle. Dans la figure de l’hôtelier aussi, car le Seigneur nous donne sans doute mission de prendre soin de tant de personnes déposées par lui auprès de nous, dans notre famille, le travail, l’environnement…

Et puisque nous sommes membres du corps du Christ, nous sommes appelés aussi, malgré notre indignité, à poursuivre son action de bon Samaritain : ouvrir les yeux, savoir nous arrêter, nous pencher sur ceux qui souffrent, les charger sur notre monture, et dépenser tout ce qui est nécessaire pour eux, en les confiant à des personnes sûres, en leur promettant de revenir…

Le bon Samaritain, figure emblématique de la miséricorde, n’avait rien prévu ; il n’avait pas « organisé » sa charité en essayant de savoir qui était son prochain et qui ne l’était pas. Les circonstances ont fait qu’il s’est trouvé croiser une personne en grande détresse (1). Notre droit ne garde-t-il pas trace de cette exigence de la Miséricorde quand il condamne quelqu’un « pour non-assistance à personne en danger » ?

(1) Le texte grec formule la question de Jésus ainsi : « Lequel de ces trois te semble être devenu le prochain de l’homme tombé au milieu des brigands ? » (Lc 10, 36).