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Mgr Berthet, du calvinisme à l’Eglise

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Nommé évêque de Saint-Dié le 15 juin 2016, Mgr Didier Berthet a reçu la consécration épiscopale le 4 septembre dernier.

Comment votre vocation est-elle née ?

Baptisé dans l’Eglise Réformée de France, j’ai reçu une éducation chrétienne en famille et en paroisse. Adolescent, j’étais scolarisé dans un collège catholique. La question de devenir pasteur m’a fait réfléchir, à la fin du lycée, à ce qu’est l’Eglise. J’étais de l’Eglise française de tradition calviniste mais j’entrais de plus en plus en contact avec l’Eglise catholique. Alors j’essayais d’en comprendre le mystère et l’identité, en partageant et en lisant quelques passages du Concile Vatican II, avec l’idée que l’Eglise catholique est apostolique, héritière de la foi et de la succession des apôtres. Aujourd’hui, en tant qu’évêque, je la vis très personnellement aussi. L’année de mon Bac, en 1980, Jean-Paul II est venu en France. J’ai notamment participé à la rencontre avec les jeunes. Cela a été l’occasion d’un double déclic. J’ai vu vraiment le mystère de l’Eglise autour de lui, comme successeur de Pierre. Sa personne était le garant d’une Eglise qui vient des origines et d’une Eglise universelle. Des pasteurs m’avaient donné envie d’être pasteur mais le deuxième déclic a été la personnalité rayonnante de Jean-Paul II, prêtre, évêque. Il m’a donné envie d’entrer dans l’Eglise catholique et de devenir prêtre. Mais un prêtre n’est pas tout à fait comme un pasteur. Le prêtre est appelé à donner l’ensemble de sa vie, à travers le célibat, pour se consacrer pleinement à sa mission sacerdotale et apostolique. J’ai été « admis à la pleine communion » quand j’étais étudiant à Sciences Po, à Paris. Ce n’est pas un acte négatif pour lequel on demanderait de rejeter l’Eglise dont on vient. Au cours d’une célébration, j’ai fait ma profession de foi, ma confirmation et j’ai été admis officiellement à l’eucharistie.

En avez-vous gardé une sensibilité pour l’Unité des chrétiens ?

Oui, je me suis orienté vers la rencontre avec le monde orthodoxe, peut-être parce que je ne le connaissais pas bien. Lycéen puis étudiant, je pensais beaucoup à la Russie. J’ai appris la langue, ce qui m’a permis, en tant que jeune prêtre, d’y aller et de rencontrer l’Eglise orthodoxe. Aujourd’hui, j’ai des amis en Ukraine, à Kiev. J’anime une université d’été théologique pour des étudiants. Pendant mon ministère au séminaire Saint-Sulpice, à Issy-les-Moulineaux, j’ai organisé avec un séminaire russe orthodoxe du patriarcat de Moscou qui s’est créé à côté de Paris, il y a 8 ans, un jumelage très fraternel. Nos deux communautés sont devenues des communautés sœurs, vraiment amies, avec des échanges de séminaristes, plusieurs fois par an. C’est une amitié toute simple mais, je crois, assez prophétique.

Comment avez-vous suivi la réflexion des évêques sur les vocations presbytérales ?

J’ai écouté attentivement, d’autant plus qu’à Saint-Dié, la dernière ordination d’un prêtre pour le service du diocèse remonte à 13 ans. Cette terre vit une radicale pauvreté en vocations sacerdotales et religieuses. Nous ne retrouverons pas le paysage pastoral d’il y a 30 ans, ni le nombre de prêtres. Cela ne veut pas dire qu’il nous faut renoncer à susciter l’appel, à le retransmettre, à le communiquer aux jeunes. Personne ne sait de combien de prêtres nous avons besoin. Ce n’est pas sur une base fonctionnelle qu’il faut appeler. Ma propre expérience – et celle de bien d’autres – est que la vie de prêtre est passionnante et pleine de sens. C’est même un privilège, si on le vit dans la foi, que d’être appelé, par Jésus et par l’Eglise, à devenir prêtre, à le représenter – le rendre présent- lui qui conduit l’Eglise, qui la sanctifie par les sacrements. Mon désir, c’est qu’un certain nombre de jeunes puissent répondre à cet appel avec confiance. Ces dernières années, j’ai suivi des équipes de jeunes prêtres, que nous avions formés et qui étaient dans les premiers temps de leur ministère. Ils m’ont demandé de rester avec eux. J’ai vu des hommes heureux, non pas sans difficultés, car la Croix est plantée dans la vie de chaque chrétien, quelle que soit sa vocation.

A quel autre sujet avez-vous été particulièrement attentif ?

Le forum sur l’évangélisation en monde rural m’a bien intéressé. Je viens de l’Ouest parisien, hyper urbain. Je découvre un autre visage de la France dans les Vosges. C’est une terre rurale, avec encore beaucoup d’industrie. Je sens que les évêques s’encouragent à une sorte de nouvelle liberté. Nous sortons peut-être d’une période où nous étions tétanisés par la réduction du nombre de prêtres, l’augmentation du nombre de clochers dont les prêtres avaient la charge, l’angoisse de « tenir le terrain »… Un monde s’en va : trouvons la liberté de rester présents au monde rural de manière plus créative, plus itinérante et plus évangélisatrice. Il s’agit de prendre en compte les attentes des chrétiens sans s’y laisser enfermer et d’inventer d’autres modes de présence, plus missionnaires, et en responsabilisant davantage les baptisés.

Comment allez-vous à la découverte du diocèse de Saint-Dié ?

De l’écoute, de l’écoute, de l’écoute ! Je laisse mes plus proches collaborateurs « m’expliquer le diocèse ». Cela veut dire déployer le diocèse devant moi. Mes rencontres prioritaires sont les prêtres. J’ai soin de les rencontrer d’abord pour eux-mêmes – non pas pour le service qu’ils rendent – dans une attitude paternelle et fraternelle. J’ai reçu un certain nombre d’invitations. J’y réponds tous les dimanches, sauf dimanche dernier, où j’ai été rendre visite à Mgr Jean-Paul Mathieu, mon prédécesseur, retiré en Alsace. Evêque émérite de Saint-Dié, il fait partie de notre presbyterium. C’est ma charge d’aller voir comment il est installé, comment il démarre sa nouvelle vie et de profiter de sa sagesse. La passation de témoin s’est faite de façon très belle.