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Mgr Brunin et Bordeyne interprètent le synode

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Mgr Brunin, évêque du Havre, et Mgr Philippe Bordeyne, recteur de l’Institut catholique, ont participé mercredi  à l’Institut catholique à une conférence-débat sur le synode sur la famille, auquel ils ont tous deux assisté. La modératrice de la soirée était Isabelle de Gaulmyn, de La Croix, ce qui donnait déjà le ton. Jeanne Smits rapporte la discussion, qui n’avait rien d’un « débat ». Extraits :

« […] Ils partaient en effet d’un présupposé que les faits n’allaient pas démentir : la salle attendait une évolution, des « avancées » au sein de l’Eglise. Mode de travail, questions qui fâchent, que peut-on faire en attendant le document papal, probablement au mois de mars si la rumeur romaine se confirme : telle était la structure donnée à la soirée par Isabelle de Gaulmyn. Il s’agissait d’apprendre à la fois comment les choses s’étaient passées « à l’intérieur » et ce que cela pourra changer, « à l’extérieur ». Le public ? Nombre de jeunes, sans doute de nombreux étudiants à l’Institut catholique parmi lesquels beaucoup de Noirs, des religieuses en civil, mais majoritairement un public grisonnant qui a pu connaître des enthousiasmes de jeunesse pour la révolution liturgique.

Mgr Brunin était au synode en tant que père synodal élu par ses pairs, revêtu de l’autorité de président du conseil famille et société de la conférence des évêques de France. Mgr Bordeyne avait été appelé par le pape François en tant qu’expert théologique, sans droit de vote. Présent lors de toutes les sessions – notamment lors des circuli minores, affecté à celui présidé par le cardinal George Pell – il a notamment participé à la rédaction du rapport final qui est passé entre les mains d’une commission spécialisée. Ces groupes où « tout s’est joué », comme l’a dit l’évêque du Havre ?

Savez-vous pourquoi les évêques africains ont eu le sentiment de ne pas être pris en compte, ajoutant au sentiment de départ de « positions clivées » ? Mais c’est tout simplement parce que leur rapport « est arrivé hors délais », a expliqué Mgr Brunin ! (Serait-on un peu pélagien, à la secrétairerie du synode, faisant trop confiance aux structures et aux règles rigides ?) […]

On comprend mieux la logique de l’ensemble lorsque Bordeyne raconte comment il a eu « la chair de poule » en écoutant le discours du pape à l’occasion du 50e anniversaire du l’institution du synode des évêques que d’aucuns avaient « séché », pensant à leur fatigue et au peu de rapport que cela semblait avoir avec le synode sur la famille. En réalité on devine qu’il était absolument central, partie intégrante de l’ensemble de par la volonté du pape François. A-t-il choisi la date du synode pour coïncider – à quelques semaines près – avec cet anniversaire ? Quoi qu’il en soit, Mgr Bordeyne a vu dans cette annonce d’une certaine décentralisation et d’une accentuation de la synodalité un « grand texte ecclésiologique ». […]

Mgr Brunin estime, lui, que le synode aura été l’occasion de faire « travailler la collégialité, le sensus fidei, le travail des théologiens ». Tout au long de la soirée à l’Institut catholique, ces derniers étaient décidément à l’honneur, ce qui ne manquera pas d’inquiéter. La lecture des réponses de 26 théologiens aux questions sur la famille dans un ouvrage francophone paru quelques semaines avant l’ouverture du synode à l’initiative de Mgr Brunin et de Mgr Bordeyne ne laisse aucun doute quant à leur orientation. […]

Troisième ligne de force : « La réalité est plus importante que l’idée » : c’est ce qui explique le temps d’une semaine du synode donnée aux défis de la famille, que de nombreux pères synodaux ont, soit dit en passant, dénoncée comme trop sociologique. Et enfin : « Revisiter la tradition à partir des réalités concrètes », ce qui constitue tout de même une inversion du chemin où l’on cherche à transformer les réalités concrètes en trouvant le moyen pour qu’y passe la grâce.

C’est ce qui aboutit à la « parabole du polyèdre », plus riche avec ses facettes que la sphère lisse, et à cette assertion qui est en effet, si l’on veut bien regarder les choses en face, centrale dans le discours issu du synode : « Même les personnes qui sont dans l’erreur ont quelque chose à apporter. » Ce n’est pas faux, mais utilisé à l’envers : comme forme de justification.

Sur les théologiens, Mgr Bordeyne est tout aussi enthousiaste, d’autant qu’il en fait partie. La « réussite » du synode est « une mayonnaise qui a pris », mettant en présence des gens très différents.

Il rapporte ainsi une anecdote qu’il considère extraordinaire : il a rencontré parmi les auditeurs laïcs du synode des personnes d’autres continents qui ont donné raison aux évêques qui estiment avoir la mission d’enseigner » ; des laïcs qui ont raconté comment cet enseignement avait provoqué et soutenu leur conversion. Pour Mgr Bordeyne, cela est presque exotique…

Mais il a vu aussi des évêques « accepter de changer d’avis », grâce au travail entre évêques et théologiens pour faire passer des amendements.

Mgr Bordeyne a voulu mettre l’auditoire sur une piste de recherche en soulignant qu’un élément du paragraphe 4 du rapport final est à son avis dû à un théologien qui n’était pas au synode : Eberhard Schockenhoff. Il a cru en tout cas reconnaître ses paroles dans les mots utilisés comme amendement par un père synodal : « L’amour ne se réduit pas à l’illusion du moment. L’amour n’est pas une fin en soi. L’amour cherche la fiabilité d’un “tu” donné personnellement. Dans la promesse réciproque d’amour, pour le meilleur et pour le pire, l’amour se veut continu pour toute la vie, jusqu’à la mort. »

Schockenhoff fait justement partie de ceux qui veulent une « approche différente » de l’Eglise à l’égard des divorcés remariés, comme il le prêche depuis longtemps.

Bordeyne s’est également félicité de la composition de la commission finale composée de théologiens et de cinq évêques ou cardinaux : dont Baldisseri, Erdö, Forte (« très grand théologien », celui qui avait imposé la thématique de l’homosexualité au premier synode) et « un petit nombre d’experts qui ont beaucoup apporté dans la rédaction.

Il a salué également un « 5e protagoniste » au terme d’un « raisonnement par l’absurde » : le texte de l’Instrumentum laboris, « suffisamment mauvais » et donc « formidable puisque tout le monde pouvait crier dessus : cela a généré une créativité,  la logique de fabriquer des amendements ».

Le processus de synodalité (on l’a entendu plusieurs fois au cours de la réunion) devrait « inspirer les relations internationales ».

Retour à Mgr Brunin. « Ce synode a débloqué une situation présentée comme clivante, entre ceux venus pour affirmer la doctrine et pour l’approuver, et ceux venus pour le pastoral », a-t-il expliqué. C’est une « troisième voie » qui a été choisie entre « la simple fourniture de repères normatifs, doctrinaux », et celle d’un « accueil bienveillant », « un peu niais », « aux évolutions sociétales ».

La voie choisie est celle de « la vocation, du cheminement, de l’accompagnement ». Où le mariage n’est plus un « modèle à suivre mais une vocation à laquelle il faut répondre ». Relisez cela : ce ne sont que des mots…

Il parle du « contenu d’une parole de miséricorde, une parole qui appelle, qui dévoile une vocation, qui pose des exigences mais ne désespère jamais de la personne ». Mais où a-t-on vu le catholicisme traditionnel désespérer de la personne ?

Il faut croire que Mgr Bordeyne l’a rencontré ; pour lui, les oppositions aux perspectives de la « pédagogie divine » (sa spécialité) sont le signe que, « hélas, des chrétiens, des évêques, n’ont sans doute pas encore assimilé Vatican II ».

Aujourd’hui, grâce au synode, on affirme que « la mission des familles se fonde sur le baptême plus que sur le sacrement de mariage ». C’est intéressant. C’est ainsi que le pape François a parlé à la femme luthérienne d’un mari catholique qui regrettait de ne pas communier avec lui à la même « Cène du Seigneur » : « un seul baptême » les unit. Donc…

Dans la logique de Vatican II, a-t-il poursuivi, il faut insister sur « l’accueil pastoral », tout rattacher au « mystère pascal » : « Ne pas s’étonner si un homme et une femme qui adhèrent à cette folie d’amour, qu’il puisse leur arriver des bricoles. »

Sur la question de la communion pour les divorcés « engagés dans une nouvelle union civile », Isabelle de Gaulmyn observe dans sa transition vers la deuxième partie du débat qu’on s’est peut-être arrêté en chemin au fameux paragraphe 86.

« Précisément parce que c’est un chemin », répond Mgr Brunin. « Si on avait posé comme terme l’accès à la réconciliation, à l’Eucharistie, ça aurait bloqué. » Il a concédé que la raison en était « stratégique », « mais pas seulement ».

Il estime que le passage d’un « chemin pénitentiel » (proposé par Kasper) et un « chemin de discernement » retenu au synode a permis d’aboutir à quelque chose de « tout à fait différent ». [Lire la suite]

5 comments

  1. toto

     » « hélas, des chrétiens, des évêques, n’ont sans doute pas encore assimilé Vatican II ». »
    Heureusement et qui prouve que le St Esprit n’a pas abandonné son Eglise
    Bordelique et Borderline adjectifs qui s’appliquent bien à la pensée (si l’émission de ces slogans progressistes mérite le qualificatif de  » pensée ») de ces deux Mgrs.

  2. Tous ces efforts financiers et humains qui ne mènent à rien; quel triste spectacle d’une église divisée qui depuis longtemps a laissé entrer le loup dans la bergerie. Si l’église veut aider les pauvres, elle a raté une belle occasion.

  3. Frère elie

    On fait beaucoup de bruit pour rien revenons à la Parole de DIEU et vivre vraiment de la Parole de l évangile et tous les problèmes seront règle on ne peut pas vivre sur deux chemins

  4. Hervé Soulié

    Il serait trop long de réfuter, point par point, ce laborieux numéro à deux (pardon, à trois, puisque Mme de Gaulmyn y concourait à sa manière).
    À le bien étudier, c’est un vrai galimatias.
    Ou bien on prend la parole de Jésus-Christ au sérieux, ou bien on l’écarte franchement.
    Mais on ne la contourne pas par de laborieuses et vaines circonvolutions de la pensée comme font ces prélats.

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