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Mgr Fellay s’exprime sur l’Année sainte

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Dans sa dernière Lettre aux Amis et Benfaiteurs, Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, s’exprime sur la situation actuelle de l’Église (synodes romains sur la famille, etc.). Il se penche notamment sur l’Année sainte, décrétée par le pape François, au cours de laquelle sera célébré le Jubilé de la Miséricorde.

Concernant les récations entendues contre les prévarications qui s’inscrivent dans les débats relatifs aux synodes de la famille, Mgr Fellay s’exprime:

Pourtant il y a eu des initiatives positives à l’occasion de ce synode. Tel le livre de onze cardinaux – après celui de cinq cardinaux l’an passé –, également l’ouvrage des prélats africains, celui des juristes catholiques, le vade-mecum de trois évêques…

Les initiatives heureuses qui sont apparues récemment en faveur de la défense du mariage et de la famille chrétienne donnent une lueur d’espoir. Il y a une réaction salutaire, même si tout n’est pas d’égale valeur. Espérons que cela soit le commencement d’un réveil dans toute l’Eglise qui conduise à un redressement et une conversion de fond.

Avant l’été, dans un sermon à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, Mgr de Galarreta disait que l’Eglise paraissait commencer à fabriquer des « anticorps » contre les propositions aberrantes qui sont faites par les progressistes au sujet du mariage, s’alignant sur les mœurs actuelles plutôt que de chercher à les redresser selon l’enseignement évangélique. Cette réaction au plan moral est bénéfique. Et comme la morale est intimement liée à la doctrine, cela pourrait être le début du retour de l’Eglise à sa Tradition. C’est l’objet de nos prières quotidiennes !

Au sujet de l’Année sainte, on notera les propos de Mgr Fellay:

Il est vrai que, dans le climat actuel, l’appel à la miséricorde, prend trop facilement le pas sur l’indispensable conversion, qui réclame la contrition de ses fautes et l’horreur du péché, offense faite à Dieu. C’est ainsi que, comme je le déplorais dans la dernière Lettre aux amis et bienfaiteurs (n°84), le cardinal hondurien Maradiaga se fait l’écho complaisant d’une nouvelle spiritualité où la miséricorde est tronquée, coupée d’une nécessaire pénitence qui n’est presque jamais rappelée.

Pour autant, Mgr Fellay reste prudent:

Cependant, en lisant de près les différents textes publiés au sujet de l’Année sainte, et notamment la bulle d’indiction du Jubilé, on voit que la pensée fondamentale de la conversion et de la contrition des péchés pour obtenir le pardon est présente. Malgré la référence à une miséricorde équivoque qui consisterait à rendre à l’homme plus sa « dignité incomparable » que l’état de grâce, le pape veut favoriser le retour de ceux qui ont quitté l’Eglise, et multiplie les initiatives concrètes pour faciliter le recours au sacrement de pénitence. Malheureusement, il ne se demande pas pourquoi tant de gens ont quitté l’Eglise ou ont cessé de pratiquer, et s’il n’y a pas un rapport avec un certain Concile, son « culte de l’homme » et ses réformes catastrophiques : l’œcuménisme débridé, la liturgie désacralisée et protestantisée, le relâchement de la morale, etc.

Mgr Fellay procède à une distinction assez fine, qui est dans la ligne des grands théologiens catholiques: il faut bien distinguer les «circonstances» (les motifs qui poussent à décréter une année jubilaire) de l’«essence» (le droit pour tout pape de décréter une année jubiliaire). Une telle confusion ne peut que paralyser la compréhension de certains actes de l’Église.

Dès lors, les fidèles attachés à la Tradition peuvent-ils sans risque de confusion prendre part au Jubilé extraordinaire décidé par le pape ? D’autant plus que cette Année de la miséricorde entend célébrer le 50e anniversaire de Vatican II qui aurait abattu les « murailles » où l’Eglise était enfermée…

Bien évidemment se pose la question de notre participation à cette Année sainte. Pour la résoudre, une distinction est nécessaire : les circonstances qui appellent une Année sainte ou jubilaire, et l’essence de ce qu’est une Année sainte.

Les circonstances sont historiques et liées aux grands anniversaires de la vie de Jésus, en particulier sa mort rédemptrice. Tous les cinquante ans ou même vingt-cinq ans, l’Eglise institue une Année sainte. Cette fois-ci, l’événement de référence pour l’ouverture du jubilé n’est pas seulement la Rédemption – le 8 décembre est forcément lié à l’œuvre rédemptrice commencée en l’Immaculée, Mère de Dieu –, mais aussi le concile Vatican II. Cela est choquant et nous le rejetons fortement, car nous ne pouvons pas nous réjouir mais bien plutôt pleurer sur les ruines occasionnées par ce Concile, avec la chute vertigineuse des vocations, la baisse dramatique de la pratique religieuse, et surtout la perte de la foi qualifiée d’ « apostasie silencieuse » par Jean-Paul II lui-même.

Le pape peut parfaitement ordonner une année sainte:

Toutefois ce qui fait l’essentiel d’une Année sainte, lui, demeure : c’est une année particulière où l’Eglise, sur décision du Souverain Pontife qui détient le pouvoir des clefs, ouvre tout grand ses trésors de grâces afin de rapprocher les fidèles de Dieu, spécialement par le pardon des fautes et la remise des peines dues au péché. L’Eglise fait cela par le sacrement de pénitence et par les indulgences. Ces grâces-là ne changent pas, elles sont toujours les mêmes, et seule l’Eglise, Corps mystique du Christ, en dispose. On peut également noter que les conditions pour obtenir les indulgences de l’Année sainte sont toujours les mêmes : confession, communion, prière aux intentions du pape – intentions traditionnelles et non intentions personnelles. Nulle part dans le rappel de ces conditions habituelles, il n’est question d’adhérer aux nouveautés conciliaires.

Il rappelle la participation de Mgr Lefebvre à l’Année sainte de 1975:

Lorsque Mgr Lefebvre est allé avec tout le séminaire d’Ecône à Rome, lors de l’Année sainte 1975, ce n’était pas pour célébrer les 10 ans du Concile, bien que Paul VI eût rappelé cet anniversaire dans la bulle d’indiction. Mais ce fut l’occasion de professer notre romanité, notre attachement au Saint-Siège, au pape qui – comme successeur de Pierre – a le pouvoir des clefs. A la suite de notre vénéré fondateur, au cours de cette Année sainte, nous nous concentrerons sur ce qui en fait l’essentiel : la pénitence pour obtenir la miséricorde divine par l’intermédiaire de son unique Eglise, malgré les circonstances que l’on a cru devoir invoquer pour célébrer cette année, comme ce fut le cas déjà en 1975, et encore en 2000.

Mgr Fellay procède à une distinction entre « l’essentiel et les circonstances ». Rien n’oblige à approuver les motifs qui poussent à proclamer une Année sainte, mais autre chose est la faculté de proclamer une Année sainte. Elle reste intacte.

On pourrait comparer ces deux éléments, l’essentiel et les circonstances, au contenu et à l’emballage qui l’entoure. Il serait dommageable de refuser les grâces propres à une Année sainte, parce qu’elle est présentée dans un emballage déficient, à moins de considérer que cet emballage n’altère le contenu, que les circonstances n’absorbent l’essentiel, et à moins que, dans le cas présent, l’Eglise ne dispose plus des grâces propres à l’Année sainte à cause des dégâts occasionnés par Vatican II. Mais l’Eglise n’est pas née il y a cinquante ans ! Et, par la grâce du Christ qui est « le même hier, aujourd’hui et éternellement » (Hb 13,8), elle demeure et demeurera, malgré ce Concile d’ouverture à un monde en perpétuel changement…

Un éminent théologien avait écrit: « nous appelerons enveloppement l’état d’un germe dans lequel l’élément de vie se trouve mêlé à des matériaux étrangers ou contraires. De ce point de de vue, négatif, le développement sera l’effort que fait le germe pour se délivrer. Nous appelons esprit l’idée qui anime, qui informe et qui dirige le développement. (…) Autre est l’esprit d’une doctrine, autre l’enveloppe mentale sous laquelle elle paraît (…). Et voilà pourquoi, faute de cette distinction, on risque de s’égarer et de mettre au compte d’un message vital les misères qui n’affectent que son enveloppe. »

C’est une manière de répondre aux « résistants » qui s’abstiennent de participer au Jubilé. Ils ont tort, car même en 1975, Mgr Lefebvre l’avait fait. Il avait même pu accéder aux basiliques romaines et célébrer selon la forme extraordinaire du rite romain. Cet épisode a été un peu oublié, mais il méritait d’être rappelé. Ce qui était possible en 1975 ou en 2000 l’est aussi actuellement….

11 comments

  1. onclin

    « nous appelerons enveloppement l’état d’un germe dans lequel l’élément de vie se trouve mêlé à des matériaux étrangers ou contraires. De ce point de vue, négatif, le développement sera l’effort que fait le germe pour se délivrer. Nous appelons esprit l’idée qui anime, qui informe et qui dirige le développement. »

    Mais la question est que le « germe », élément de vie, « meurt » dans la terre, donc le « germe » n’est plus l’élément de vie puisqu’il meurt. N’étant qu’un élément de mort, le germe est donc sans force de vie, il n’a donc pas à lutter contre les matériaux étrangers ou contraires, ainsi « l’esprit ou l’idée » qui l’anime n’est qu’illusion en somme, comme le panthéisme dans son immanence morbide.
    Conclusion : Le germe (panthéisme immanent) n’est rien en et par lui même.

    D’où lui vient donc « l’élément de vie » par qui la lutte est résolue ?

    La réponse se situe dans le Seigneur (Christ) par qui tout a été fait.
    (S’Paul Corinthiens 1-15 : 35 : Ce que tu sèmes ne reprend pas vie, s’il ne meurt auparavant. Et ce que tu sèmes n’est pas le corps qui sera un jour, c’est un simple grain. Mais Dieu lui donne un corps comme il l’a voulu et à chaque semence il donne le corps qui lui est propre.)

    La nature n’est qu’une splendide nature morte, nous rappelant qu’elle ne peut germer que la morte sans plus. L’œuvre de résurrection ne s’accomplissant pour elle aussi que dans le Christ notre Seigneur (S’Paul Romain 8 : 20-21 : La création en effet a été assujettie à l’apparence des choses [la germination ?] non de son plein gré, mais par la volonté de Celui qui l’y a soumise avec l’espérance, qu’elle aussi, sera affranchie de la servitude de la corruption [la mort de la plante ?] pour avoir part elle aussi à la liberté glorieuse des enfants de Dieu.)

    La force n’est que dans le Christ :(S’Paul Éphésiens 20 : « Cette force il l’a déployée dans le Christ, lorsqu’il l’a ressuscite des morts et l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux aux dessus de toute ….. »)

  2. Perret

    Très belle mise au point de Mgr Fellay et qui explique le retrait du site La Porte Latine d’un sermon de l’abbé de La Rocque (à St Nicolas du Chardonnet) trop peu nuancé sur le sujet.
    Un détail cependant, mais d’importance. L’effondrement des vocations religieuses en France commence immédiatement après la 2e Guerre mondiale. Il semble que l’année 1948 précisément soit celle d’une chute brutale des vocations dans de nombreuses maisons religieuses. Le concile d’ailleurs est organisé explicitement pour redresser la barre et les schémas préparatoires (dont Mgr Lefebvre est l’un des principaux rédacteurs) avaient cet objectif.
    Le Concile provoque un effondrement sur une chute, on l’oublie trop souvent. Il y a des causes à la chute des vocations antérieures au concile qui supposent, me semble-t-il, d’étudier précisément le travail de préparation qui a été passé à la trappe suite aux manipulations de l’Alliance rhénane (voir Ralp Wijtgen, Le Rhin se jette dans le Tibre, le concile inconnu, Cèdre, 1973).
    Ne serait-il pas urgent de remettre à l’honneur le projet des pères conciliaires du Coetum internationalum Patris qui voulaient que le concile soit l’occasion de mettre à l’honneur Marie mère de toute grâce et d’en préparer la proclamation du dogme ? Ils semblaient considérer que le remède à la crise était à chercher de ce côté là.

  3. DUFIT THIERRY

    On a toujours plaisir à lire Mgr Fellay : c’est un langage catholique. Mgr Fellay ne dissimule pas que les temps sont dramatiques pour l’Eglise. Pour autant il n’est pas question de rompre avec Rome -Mgr Lefebvre n’avait pas rompu avec Rome même après Assise en 1986- mais il n’est pas question non plus d’accepter les erreurs de Vatican II qui conduisent à un « œcuménisme débridé, liturgie désacralisée et protestantisée, relâchement de la morale, etc » que Mgr Fellay qualifie de catastrophiques.
    La Fraternité St Pie X demeure dans la droite ligne de son fondateur : Mgr Lefebvre.

    • Observateur

      Bonjour Thierry,

      vous parlez de Vatican II, ce concile de l’Eglise qui prescrit que la messe soit dite en latin dos au peuple et que le grégorien conserve en tout la première place ? Ou parlez-vous du totem des media et des ennemis de l’Eglise, qui sert à justifier toutes les dérives ? Soyez précis s’il vous plait, l’un est un document d’Eglise, l’autre un support de guerre subversive.

      Dans ce contexte, et sans nier les problèmes qui se sont manifestés depuis l’année 1962,il me semble qu’il y a un problème qui les précède tous : c’est celui de l’obéissance à l’Eglise et de la fidélité au Christ. De ce côté-là, clairement, il y a encore dans l’Eglise des difficultés énormes.

      Le remède réside-t-il pour autant dans la désobéissance ? Ce n’était pas l’opinion des saints. L’Eglise reste fidèle à son fondateur : Jésus le Christ, Fils du Dieu Vivant.

      Fin des propos polémiques. Je reprends dans l’esprit de nos anciens échanges. Puisque je crois que nous cherchons l’un est l’autre à servir Dieu, il me semble que nous pouvons convenir de ceci :

      Nous sommes sur Terre pour nous configurer au Christ, pour être unis à Lui, pour que ce soit Lui qui vive en nous (St Paul). Par ailleurs, les fruits de la présence de Dieu sont : douceur, suavité, force, joie, espérance, longanimité… (liste dans saint Paul).

      Si nous nous retrouvons sur ce terrain, ma joie est grande,

      Croyez à mes prières et à ma sincère affection pour vous,

    • Jean-Marie Vaas
      Author

      L’éminent théologien est le père Pouget, prêtre lazariste, et bon connaisseur des Ecritures (Jean Guitton, Portrait de Monsieur Pouget, coll. Livre de poche chrétien, 1962, p. 183)

  4. Eve

    Mgr Fellay a raison de dire qu’il faut suivre l’Année Sainte de la Miséricorde.
    Chacun de nous a besoin de la Miséricorde du Seigneur, alors préoccupons-nous, chacun, de nous mettre en état de demander cette grâce, ainsi nous voyant modifier notre vie, d’autres le feront aussi !

    « 03 Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
    04 Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
    05 Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. »  » Psaume 50

    « 14 Heureux ceux qui lavent leurs vêtements : ils auront droit d’accès à l’arbre de la vie et, par les portes, ils entreront dans la ville.
    15 Dehors les chiens, les sorciers, les débauchés, les meurtriers, les idolâtres, et tous ceux qui aiment et pratiquent le mensonge !  » Apocalypse chap 22

    Maranatha

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