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Retour sur la réunion publique du 23 juin 2015 pour les chrétiens d’Orient

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De mémoire d’homme (ou de militant politique), cela ne s’était jamais vu dans une réunion organisée par des hommes politiques français: présence de prêtres et religieux des différentes communautés chrétiennes orientales, mais aussi du nonce apostolique, Mgr Luigi Ventura, témoignages émouvants qui faisaient référence à la foi, prière chantée, à la fin, en araméen, par Soeur Marie Keyrouz… Pendant deux heures et demi, de nombreux intervenants se sont succédé. Le député Jérôme Chartier, qui faisait le Monsieur loyal du débat, présentait ainsi les différents orateurs.

Un évêque copte orthodoxe a salué l’attention du nouveau Président égyptien pour les coptes. Un prêtre arménien-catholique a témoigné des difficultés endurées par les chrétiens dans le Nord de la Syrie (région de Kamichli). Mais, aussi tragique soit cette situation, certains ont rappelé la nécessité de prier aussi pour les bourreaux. Daech a été qualifié de « secte assassine qui vise un processus de déshumanisation ». Globalement, la politique des occidentaux, des États-Unis, des États arabes et de la Turquie a été critiquée. Des orateurs ont souligné l’obligation de ne pas faire de commerce avec Daech ou les ambiguïtés des diplomaties de certains pays arabes, de la Turquie et même de l’Europe. De même, al-Nosra ne saurait être un partenaire, comme semblent le faire certains pays européens. Un orateur a clairement rappelé que les djihadistes étaient antisémites (ce qui permet de souligner les ambiguïtés d’Israël à l’égard de l’opposition islamiste syrienne). En effet, l’opposition militaire syrienne n’est nullement modérée, comme certains tendent à le découvrir…

Nous ne prétendons pas être flagorneurs. Les interventions de quelques personnalités politiques semblaient longues, dithyrambiques pompeuses, pour ne pas dire ennuyantes, jouant parfois sur le pathos. Elles étaient davantage destinées à meubler une réunion figurant sur un agenda qu’à apporter une véritable réflexion… Mais soyons justes. Dans l’ensemble, les interventions, bien construites, ont donné une certaine hauteur. Ce qui se passe actuellement chez les chrétiens d’Orient est bien inédit et semble avoir été compris. Ni plus, ni moins, la conscience de leur disparition avec des conséquences incalculables dans cette région a bien été intégrée. A cet égard, François Fillon, Bruno Retailleau ou même Jérôme Chartier ont su être convaincants et bien inspirés.

François Fillon a ainsi rappelé cette élimination des chrétiens d’Orient persécutés pour ce qu’ils sont et pour ce en quoi ils croient. Voici un florilège de quelques citations issues du discours de l’ancien Premier ministre:

 

Leurs coutumes, leur foi, et, disons-le, le message bienveillant du Christ, doivent faire place nette au drapeau noir d’un nouvel ordre.

 

A moyen terme, Israël n’a rien à gagner à un environnement empoisonné par un djihadisme antisémite, capable d’aggraver la situation sécuritaire des israéliens et de déstabiliser le Liban et la Jordanie.

 

Vous m’aurez compris, il faut frapper ensemble le fanatisme et il faut avoir l’audace de réfléchir ensemble à l’avenir du proche orient dont les peuples paient très chers nos erreurs passées.

 

La tentation est forte de dire que nous n’avons pas les moyens de les accueillir et d’invoquer notre situation économique… Naturellement, il faut filtrer ces flux migratoires, mais les demandeurs d’asile ne sont pas des migrants comme les autres ! C’est la Convention de Genève qui régit leur situation et je n’hésite pas à dire que ce texte qui fait écho à la tradition multiséculaire de l’Eglise depuis le Moyen-Age est un des piliers de la civilisation européenne et de ses valeurs. Notre devoir est d’en respecter l’esprit et la lettre. Ne pas le faire ne serait pas seulement une violation de nos engagements internationaux, ce serait d’abord une faute morale.

 

Puisque cette question est à nouveau à l’ordre du jour du Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement qui se réunit le 25 juin, après demain, j’en appelle au Président de la République, à la Chancelière allemande, Angela Merkel, au président du Conseil italien, Matteo Renzi et à tous ceux qui gouvernent l’Union européenne. Je leur dis : « Prenez vos responsabilités, expliquez la situation à vos opinions publiques, ne vous perdez pas en arguties juridiques, mettez l’Europe en ordre de marche face à l’une des plus grandes catastrophes humanitaires qui se déroule à ses portes ».

 

Un jour mes amis, l’Etat islamique tombera, Al-Qaïda tombera, Boko Haram tombera… Et ils tomberont parce que nous aurons été plus forts que ces organisations ! Ils tomberont parce que nos idéaux sont plus beaux que les leurs ! Ils tomberont parce qu’il existe en l’Homme un instinct de liberté et de bonheur que l’oppression ne peut éternellement étouffer ! Oui, ce jour-là viendra, mais faisons en sorte que les Chrétiens d’Orient voient ce jour et qu’ils puissent le vivre chez eux.

 

A 21 heures, une minute de silence a été observée pour les chrétiens d’Orient. Le curé de Bagdad, dont la cathédrale a été attaquée en 2010, a fait l’objet d’une ovation longue et chaleureuse. Mgr Gollnisch, directeur général de l’Oeuvre d’Orient, a, quant à lui, rappelé que les chrétiens d’Orient ont besoin d’actes et que la guerre avait assez duré. Il a dénoncé cette « fausse laïcité » qui a peur de parler des chrétiens d’Orient, comme celle qui se contente de qualifier les récents martyrs coptes de ressortissants égyptiens. Il également soulevé d’autres « affaires » qui traduisent cette pudeur: neutralité consternante d’une campagne annonçant un concert pour les chrétiens d’Orient (polémique des affiches avec la RATP) ou les attaques mesquines contre un exposition aux Archives nationales de manuscrits sauvés de Daech… Il n’est pas normal non plus que la chrétienne Asia Bibi soit condamnée à croupir en prison, au Pakistan. Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, dont une partie des troupes avait refusé le jour même de voter pour un proposition de loi refusant l’euthanasie, a dénoncé, lui, l’inaction de l’Europe et de la France sur le plan humanitaire. Il a rappelé que 150 sénateurs des différents groupes soutenaient les chrétiens d’Orient. De manière plus générale, il a appelé à un changement de diplomatie.

La réunion s’est terminée par un beau Notre Père entonné en araméen par Soeur Marie Keyrouz. Il s’agissait bien d’une réunion atypique qui témoigne, en tout cas, d’une véritable prise de conscience, impensable il y a encore quelques années…

1 comment

  1. hermeneias

    Mgr Gollnisch dit « que la guerre a assez duré »

    Voilà de bonnes paroles quand , justement , il faudrait faire la guerre , une « guerre juste » ….. nouvelle version des « croisades » ! Arrrrgh , au secours , horreur…. C’est le mot banni , honni , « tabou »

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