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Trop souvent on prend de petites phrases pour en faire des actes magistériels

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Suite à la visite du Président de la République à Rome et à la présence de nombreuses personnalités politiques aux célébrations du 15 août de nombreux catholiques s’interrogent sur le rapport entre Dieu et César. Mgr Dominique Rey répond à Famille chrétienne :

Beaucoup de catholiques estiment que François Hollande est allé chercher une caution à Rome pour faire campagne. Soutenez-vous cette initiative ? 

Je ne peux que me satisfaire de ce que nos hommes politiques aillent voir le Saint-Père, a fortiori s’il s’agit du Président de la République qui pose un geste fort mais normal au regard du deuil qui frappe les catholiques.Ces contacts au plus haut niveau n’entament pas la liberté de l’Eglise dans ses prises de parole. Dans une période de l’histoire où la confiance envers les hommes politiques est souvent rompue, ceux-ci cherchent aussi à trouver des cautions morales et une légitimité auprès de l’Eglise et du Pape en particulier. Dans les temps compliqués qui sont les nôtres, je me félicite que le Pape soit perçu par les puissants de ce monde comme une personnalité visionnaire. Avec la mort des grandes utopies, la politique est souvent devenue un management à court terme et au fil de l’eau. La gouvernance a pris le pas sur le gouvernement. Aller voir le Pape, c’est reconnaître en creux l’épuisement du discours politique qui a du mal à s’extraire de la gestion de crise.

Alain Juppé était à Lourdes le 15 août dernier, François Fillon à l’abbaye de Solesmes… A gauche comme à droite on veut montrer sa proximité avec l’Eglise catholique ?

L’ensemble des chrétiens est sensible à ces gestes de solidarité et de compassion qui rejoignent l’Eglise dans sa prière pour un prêtre odieusement massacré. Je crois que beaucoup de personnes ont été frappées par la manière dont l’Eglise a su réagir après le meurtre du père Jacques Hamel en invitant à la paix, au dialogue et à la confiance, dans la recherche du bien commun. Elle s’est gardée de répliquer à la violence par la violence. La venue de ces responsables politiques à des célébrations religieuses témoigne de la reconnaissance de la sagesse de l’Eglise et de la contribution qu’elle peut apporter dans un temps de flottement des repères éthiques et de fragmentation sociale. Elle œuvre pour la concorde, sans jamais céder au discours de vengeance. Comme l’a dit l’archevêque de Rouen, Mgr Lebrun, « l’Eglise ne peut prendre d’autres armes que la prière et la fraternité entre les hommes ».

François Hollande a mis en avant ses convergences avec le pape François sur la question des migrants ou sur l’islam… Est-ce crédible ?

L’échange avec le Pape, que le Président de la République a sollicité à la suite de la mort du Père Jacques Hamel, est resté confidentiel. François Hollande a voulu témoigner sa communion avec les chrétiens, qui ont été bouleversés par cet acte odieux. En ce qui concerne tel ou tel propos du Saint-Père rapporté par les journalistes, il faut mettre en rapport un commentaire sur l’actualité, prononcé à chaud, avec l’expression du magistère dont le pape est le garant, en fidélité avec la doctrine de la foi. Trop souvent on prend de petites phrases pour en faire des actes magistériels !

Mais un certain nombre de catholiques en France ne comprennent pas la position du pape sur les migrants ou sur la violence islamique ?

Dans le traitement des questions d’actualité concernant les migrants, il faut aussi distinguer des situations d’urgence humanitaires avec la nécessité légitime de réguler les flux migratoires comme le rappelle le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise (298). Sauver une personne en détresse, qu’importent sa race, sa religion, son état de vie, n’est que justice et un devoir moral. Cette personne a droit à notre main tendue. Garantir nos frontières, sauvegarder une identité nationale relève aussi du droit des nations à exister comme telles.

En ce qui concerne la question des relations avec les musulmans, l’Eglise a depuis longtemps instauré un dialogue avec les personnes et les communautés dans un contexte où de nombreux musulmans habitent notre pays. Ce dialogue doit s’intensifier. Il requiert toutefois une clarification sur le rapport à la violence qu’utilisent certains groupes islamiques radicaux dont la foi en Dieu justifie la haine de l’autre. Dans ce cas la violence serait inhérente à une conception de la toute-puissance divine qui écraserait l’homme sans prendre en compte sa liberté de conscience. Face au foisonnement anarchique de groupes qui se revendiquent de l’islam, doit émerger parmi les musulmans une ligne commune et cohérente, fondée sur des arguments de raison et respectueuse des droits humains, afin qu’un dialogue de raison puisse s’établir.