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Le vide spirituel vient aggraver les carences de l’éducation

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De Mgr Hervé Giraud, Archevêque de Sens & Auxerre :

Les récents événements dramatiques vécus en France et les multiples débats qui ont suivi nous obligent à prendre un peu de recul. Comment en est-on arrivé là  ? Pourquoi cette déraison  ? Des enseignants de l’Éducation nationale se demandent comment l’école de la République a pu nourrir en son sein des terroristes.

Les mesures sécuritaires n’apporteront pas le remède qui doit s’enraciner dans une culture profonde et s’épanouir dans une éducation plus intégrale de chaque futur citoyen. En effet, on constate que les écoles primaires “produisent” chaque année de trop nombreux élèves en difficulté, mais aussi que le rythme des réformes scolaires augmente autant que le mécontentement qu’elles provoquent. Dans le même temps se creuse le vide spirituel qui vient aggraver encore des carences éducationnelles dont les familles et l’école portent une grande part de responsabilité. Sans idéal mobilisateur, sans véritable exercice de la raison et du vrai sens critique, sans connaissance ni reconnaissance de la religion, comment lutter contre les communautarismes et extrémismes fondamentalistes  ?

Comme chrétiens, il nous revient donc plus que jamais d’être des éducateurs… catholiques. C’est un engagement sur le long terme, mais qui est seul en mesure de changer le cours des événements. Peut-on espérer une vision élargie de l’éducation pour élever les élèves qui sont confiés à notre système scolaire  ? Cela passe sûrement par de meilleures­ formations et reconnaissance des enseignants mais aussi par une valorisation du savoir, du mérite et des qualités humaines.

En écho à ce débat, dans un discours à l’Association italienne des parents des écoles catholiques, le pape François a exhorté les éducateurs à promouvoir une éducation à “la plénitude de l’homme”. Selon lui, c’est aussi aux parents de “faire en sorte que l’école soit à la hauteur de la mission éducative qui lui est confiée, en particulier quand l’éducation qu’elle propose se dit ‘catholique’”. Si les parents sont les dépositaires du devoir et du droit premier et incontournable d’éduquer les enfants, il leur revient d’aider de manière positive et constante la tâche de l’école. Ainsi, parler d’éducation catholique équivaut à mettre en œuvre une éducation intégrale, ouverte aux valeurs humaines et chrétiennes les plus authentiques. Le Saint-Père demande en outre que nous jetions “des ponts entre l’école et le territoire, entre l’école et la famille, entre l’école et les institutions civiles”. La constante attention à la personne, spécialement aux derniers, à ceux qui sont écartés, refusés, oubliés, est un critère de catholicité. Ainsi, on peut affirmer que l’activité éducative apparaît comme un sacrement de la rencontre de Dieu. Finalement, on éduque en évangélisant et on évangélise en éduquant. Tout ce qui fait grandir le cœur, élargit le regard, alimente l’âme et fait acquérir un esprit critique, doit être valorisé à l’heure où grandissent les moyens de communication… auxquels il faut aussi éduquer les jeunes.

Que le Seigneur Jésus, qui a grandi en âge, en sagesse et en grâce dans la Sainte Famille de Nazareth, accompagne les pas et l’engagement quotidien de tous les éducateurs.