« Ma vocation, c’est d’être un pasteur »

Download PDF

Nommé évêque de Saint-Etienne le 18 mai 2016, Mgr Sylvain Bataille a reçu l’ordination épiscopale dimanche 3 juillet. Rencontre :

Comment vos différentes responsabilités vous ont-elles préparé à la mission épiscopale ?

Ma vocation, c’est d’être un pasteur. Le pasteur, c’est celui qui est au service de la vie et de la vie dans la foi. Je suis très marqué par l’insistance du pape François sur la mission de pasteur : rejoindre les gens là où ils sont et avancer avec eux. C’est pour cela que je suis devenu prêtre, c’est ce qui fait l’unité de ma vie. J’ai été 5 ans vicaire de la paroisseSaint-Pierre Saint-Etienne de Beauvais ; curé à deux reprises (paroisse Notre-Dame de Picardie Verte à Grandvilliers puis paroisse Saint-François du Vexin). J’ai éprouvé beaucoup de joie à vivre ce ministère en paroisse.

Quand on m’a demandé d’accompagner des futurs prêtres en tant que Supérieur de séminaire (de la Société Jean-Marie Vianney à Ars puis au séminaire français à Rome), ce n’était pas mon premier choix ! Dans ma mission de curé, je trouvais vraiment au cœur de ma vocation. J’ai cependant eu aussi beaucoup de joie à travailler à la formation de futurs prêtres, à les aider à discerner leur vocation et à devenir pasteurs. Il s’agit de donner à chacun les moyens pour se former tant au plan humain et intellectuel que spirituel et pastoral. Vivre dans un séminaire est particulièrement dynamisant. Quel mystère que l’appel de Dieu ! Quelle grandeur dans la liberté qu’il laisse à chacun pour répondre ! L’enseignement et la formation dispensés dans un séminaire amènent à approfondir bien des questions, cela a été comme une deuxième période de formation pour moi.

Comment s’est passée le retour sur le terrain pastoral ?

Après 14 ans de séminaire, à Ars et à Rome, je suis redevenu curé : une belle grâce. Quand on est dans la formation, on parle de ce qu’est un prêtre, de la manière d’exercer ce ministère au quotidien, en lien très étroit avec les évêques et les prêtres. On suit la vie de l’Eglise mais un peu à distance. Pendant un an, j’ai donc pu me confronter de nouveau à la réalité du terrain, percevoir qu’il y avait eu des évolutions importantes, notamment la dynamique de Nouvelle Evangélisation qui me marque en profondeur. En effet, pendant mes années romaines, j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt le Synode des évêques sur la Nouvelle Evangélisation. L’exhortation apostolique du pape François, La Joie de l’Evangile, qui a ressaisi le Synode mais aussi toute l’expérience d’Aparecida et de l’Amérique du Sud, est particulièrement stimulante. Je percevais bien alors que les choses étaient en train de bouger dans l’Eglise, qu’une nouvelle dynamique se mettait en place. En saluant le pape François peu avant de quitter Rome, je lui ai dit que je voulais aller vivre et mettre en œuvre, sur le terrain paroissial, La joie de l’Evangile ! J’ai donc eu la grâce de vivre la mission de curé une année puis celle de vicaire général, dans mon diocèse de Beauvais qui est très engagé dans la Nouvelle Evangélisation. Il s’agissait alors, auprès de l’évêque, d’aider les prêtres à être pasteurs dans ce contexte nouveau, et à vivre leur mission avec les laïcs. C’est ensemble que nous sommes appelés à ré-annoncer la foi et c’est urgent – car il existe un besoin de l’Evangile très fort aujourd’hui, même s’il n’est pas toujours très conscient. Il faut le faire avec des moyens nouveaux, ce qui suppose une disponibilité à l’Esprit de Pentecôte, premier acteur de la mission. Ces deux dernières années ont donc été un peu comme des « stages » qui m’ont préparé plus directement à ma mission d’évêque. Du coup, je perçois une grande unité dans ma vie, une cohérence de fond.

Comment se passe la découverte du diocèse de Saint-Etienne ?

L’évêque est un homme de terrain, de contacts. Je rencontre progressivement tous les prêtres et tous les laïcs en responsabilité, ainsi que les communautés religieuses. Je découvre que le peuple de Dieu aussi a besoin d’une relation directe avec son évêque. Je l’ai vécue ici, à Lourdes, il y a 15 jours, lors du pèlerinage diocésain, et la semaine suivante lors d’un autre pèlerinage, à Rome. Je l’expérimente dans chacune de mes visites en paroisse, en particulier à l’occasion des confirmations. L’évêque n’est pas un homme d’appareil, c’est un pasteur, sur le terrain.

On sent qu’il y a besoin d’un renouveau, la vie des paroisses a beaucoup évolué ces dernières années et quelque chose est entrain d’émerger. Il s’agit de passer d’une « pastorale de la conservation » à une pastorale qui soit vraiment missionnaire, comme nous y appelle le Pape François. Ça bouge mais on ne perçoit pas encore clairement ni où ni comment. D’où l’importance de cette disponibilité à l’Esprit Saint si l’on veut vivre les conversions pastorales auxquelles nous sommes appelés aujourd’hui. Depuis la Pentecôte, tout le dynamisme de l’Eglise repose sur l’Esprit Saint.

Pour connaître le diocèse, j’ai notamment lancé une petite consultation sur quatre sujets, qui correspondent aux quatre missions de l’Eglise : La dimension de prière et la dimension fraternelle (vie de l’Eglise en interne) d’une part et d’autre part l’annonce de l’Evangile et l’attention aux pauvres (mission de l’Eglise en externe). Pour chacun de ces domaines, j’ai demandé ce qui va bien et qui a besoin d’être conforté et ce qui va moins bien, les questions qui se posent et les initiatives que l’on pourrait mettre en œuvre pour progresser. J’ai envoyé cela aux prêtres, aux diacres, aux laïcs en responsabilité, aux mouvements et associations… Je suis arrivé à Lourdes avec une pile de réponses ! Je surligne et j’annote pour comprendre les attentes, sentir le pouls du diocèse, je repère les idées.

Comment voyez-vous le ministère des prêtres aujourd’hui et demain ?

Quand on est responsable de la formation de prêtres, on s’interroge beaucoup sur le profil des futurs prêtres. Je ne crois pas qu’il y ait un modèle unique. Nous avons plutôt à accueillir la diversité que nous donne le Seigneur. Le danger de nos très grandes paroisses, avec notre difficulté à trouver un curé pour chacune, serait de réduire la mission du prêtre à un unique profil : celui qui est capable d’organiser et de gérer de très grands ensembles de chrétiens, compétent et formé pour ce type de responsabilité, un modèle « cadre supérieur ». On passerait alors à côté du Curé d’Ars et de beaucoup de saints qui ont fait la beauté et la richesse de l’histoire de l’Eglise ! Certains prêtres sont faits pour l’écoute, d’autres pour la prédication ou l’éducation des jeunes, d’autres ont une merveilleuse proximité auprès des plus fragiles. Alors surtout pas UN profil de prêtre ! Nous avons surtout besoin de prêtres disponibles à l’Esprit Saint. La mission de l’évêque est de discerner les charismes de chacun, pour leur permettre de se déployer, tout en répondant aux besoins de l’Eglise. L’équation n’est pas toujours facile à résoudre. C’est pour cela que je consacre au moins une heure à chaque prêtre, pour connaître son histoire, ce qu’il porte, ce qu’il vit, ce qui est important pour lui, afin de développer une relation personnelle avec chacun. C’est par la confiance et la communion que nous pourrons relever ensemble les défis qui se présentent à l’Eglise aujourd’hui.

Comment appréhendez-vous votre première Assemblée plénière ?

Au Séminaire français de Rome, nous recevions les évêques de France, ce qui m’a permis de connaître la plupart d’entre eux. Je me sens naturellement frère avec eux d’autant qu’il y a eu un très bel accueil dès le début. L’expérience de fraternité entre évêques est vraiment belle et simple, d’autant que nous sommes tous bien conscients de nos limites face à la responsabilité qui est la nôtre.

En Assemblée on aborde les sujets les plus variés, ce qui rejoint bien les différentes questions qui se posent à moi au moment où je découvre ma nouvelle mission et le diocèse de Saint Etienne. La mission de l’évêque porte sur tous les aspects de la vie de l’Eglise, les questions et défis sont très nombreux. C’est passionnant et un peu « énorme », d’autant qu’au départ on manque de points de repères dans beaucoup de domaines. Nous avons commencé nos travaux par une réflexion sur l’actualité – qu’est-ce que l’Evangile a à dire dans le contexte qui est le nôtre en France – puis travaillé la question des vocations. Nous nous sommes interrogés sur les laïcs en mission ecclésiale : comment comprendre leur mission, leur place dans la mission de l’Eglise ? Entendre mes confrères réagir est une vraie grâce, tout comme pouvoir poser des questions à l’un ou l’autre. Il se passe aussi beaucoup de choses dans les couloirs !

Pourquoi avoir rejoint la société de Saint Jean-Marie Vianney ?

Jeune prêtre, je percevais que j’avais besoin de soutien. Il y avait différentes générations de prêtres, je voulais pouvoir vivre avec eux et en même temps rester cohérent avec ce que je portais. J’avais un certain nombre d’aspirations pour la vie de prière, la fidélité à l’Eglise, la manière de vivre le ministère… D’où l’importance d’une vie fraternelle pour se soutenir, se remettre en question, se stimuler, et même si possible la vie sous le même toit pour vivre ensemble la mission. Notre association est basée à Ars. C’est Jean-Paul II qui nous a donné le saint Curé d’Ars, en nommant le Père Guy Bagnard, qui fédérait un peu ce petit groupe de jeunes prêtres, comme évêque de Belley-Ars. En 1986, Jean-Paul II est venu à Ars, pour célébrer l’anniversaire de la naissance du saint curé. Il avait rassemblé tous les séminaristes de France, tous les évêques et un certain nombre de prêtres pour nous redire : « Vous avez un trésor ! ». Depuis, on a accueilli et découvert le Curé d’Ars comme pasteur. Il reste pour moi une figure très éclairante de proximité, d’ouverture, de disponibilité intérieure, d’attention aux plus pauvres, de fécondité missionnaire. Il est totalement donné à Dieu, totalement donné aux autres. Le tout dans une très grande simplicité, qui est belle et qui m’inspire.