andre vingt trois juillet

Cardinal Vingt-Trois : des « situation insolubles » ?

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Un lecteur, que nous remercions, nous a fait parvenir l’opinion qui suit sur des propos tenus par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris.

Dans le cadre de la préparation parisienne au prochain synode, s’est tenue le jeudi 18 juin 2015 à la paroisse de Saint-Pierre-du-Gros-Caillou (75007) une rencontre inter-synodale au cours de laquelle le cardinal Vingt-Trois s’est exprimé. Après avoir rappelé son souhait de développer « Cette capacité d’entrer en relation, en dialogue, parfois en confrontation les uns avec les autres », le cardinal de Paris évoque l’ébranlement sociétal en cours, et croit devoir constater que « L’indissolubilité comme valeur fondatrice ne correspond pas aux effets sociaux de la dislocation » *. Je reconnais humblement ne pas comprendre cette phrase : 1°) Dans l’ordre de la logique formelle, ce sont les effets qui suivent les causes, en sorte que ce devrait être à la dislocation de correspondre à « l’indissolubilité comme valeur fondatrice », si tant est que ce puisse être le cas, et non l’inverse ; 2°) Dans l’ordre théologique, peut-il y avoir un rapport entre l’indissolubilité et la dislocation ? Le cardinal voudrait-il innocenter l’indissolubilité du mariage des malheurs conjugaux et familiaux constatés dans la société ? Douterait-il donc du bien-fondé de la loi divine ?

Et comment dire : « [La parole de l’Église] Sur 80 % de ses membres, peut éventuellement constituer des discours intéressants, mais cela n’est pas prescriptif. » lorsque la Parole de Dieu dit : « Qui vous écoute M’écoute ». (Lc 10,16) et que l’on est cardinal ? Si les commandements de Dieu et de l’Église ne sont pas prescriptifs, pourquoi alors les appelle-t-on « commandements » ?

« Donc, il ne faut pas nous dire : l’Église dit cela, donc cela va se passer ! Ou bien l’Église devrait dire cela pour que cela se passe ! L’Église pourra dire tout ce qu’elle voudra, cela ne se passera pas ! » Notre cardinal paraît désespéré devant la désobéissance des catholiques… Peut-être le problème vient-il de ce que le chemin ne leur est plus suffisamment bien indiqué, en sorte que les gens se perdent… Si « la difficulté, c’est quand même que des gens ne peuvent pas vivre ensemble ! », alors, cette difficulté interroge la raison de leur mariage : personne n’est obligé de se marier. Peut-être les pasteurs de l’Église devraient-ils reconnaître leurs responsabilités dans la célébration de mariages malheureux ou invalides… Font-ils, par exemple, du refus de condamner le concubinage, le remariage, la contraception, ou l’avortement, y compris celui d’un enfant trisomique, une condition dirimante à la célébration du mariage ?

Qu’en certaines sociétés, la notion de famille se comprenne comme incluant nécessairement les oncles et les tantes, les cousins et les cousines, conduit le cardinal à conclure : « Notre modèle familial n’est pas universel, il fait partie d’un ensemble, mais nos à-peu-près institutionnels que nous essayons de faire reconnaître comme équivalents ne sont pas plus universels. »… Or, le fait qu’en nombre de familles occidentales la présence des oncles et des tantes, des cousins et des cousines, soit passablement effacée, ne signifie pas qu’elle en soit pour autant absente, ne serait-ce qu’intentionnellement, ni que notre modèle familial ne serait pas universel, mais tout simplement que la haine de notre société individualiste pour les familles force celles-ci à vivre dans des F2, par les bonnes grâces du socialisme pour qui « la famille est le premier vecteur des inégalités sociales », et donc le premier ennemi à abattre dans le projet de construction de la nouvelle société égalitaire. Les pervers avec André Gide haïssent les familles. Si notre modèle familial n’était pas universel, comment les catholiques pourraient-ils continuer à dire qu’ils connaissent et servent le Dieu unique ? Dire que le modèle familial proposé par les catholiques n’est pas universel ― lequel n’a jamais exclu la parenté large ―, n’est-ce pas renier le fait que l’homme soit à l’image de Dieu, que Dieu Se soit fait chair en une famille, et que nous connaissions donc le modèle de la famille ?

Un de mes amis m’a assuré qu’utilisant l’expression « notre modèle familial » le cardinal de Paris ne faisait pas référence au modèle familial catholique, mais qu’il évoquait le modèle familial de la société occidentale sécularisée, raison pour laquelle il avait raison de le critiquer en affirmant qu’il n’était pas universel. Soit. Mais comment aurais-je pu deviner que s’adressant à ses ouailles, catholiques, à l’occasion du prochain synode sur la famille, l’archevêque de Paris parlait d’un autre modèle de famille que le modèle familial catholique ? A des catholiques, ne lui appartient-il pas de parler de choses catholiques ? Si le modèle familial de la société sécularisée et anticatholique est « notre modèle familial », sommes-nous encore catholiques ? Si Jésus a condamné ces Juifs qui croyaient se démarquer de leurs pères assassins des prophètes dont ils construisaient les tombeaux, n’était-ce pas pour ne pas le faire avec suffisamment de cœur, en sorte qu’ils continuaient à les reconnaître pour leurs pères (Mt 23, 39 +) ? Saint Paul demandait de ne pas s’occuper de « ceux du dehors », mais d’enlever « le mauvais du milieu de vous » (1 Co 5, 12-13). Serait-ce parce que l’on ne veut pas le faire, que l’on regarde ailleurs ?

Le cardinal évoque ensuite des situations difficiles : « Si je demande à un polygame de renvoyer deux de ses trois femmes qui ont vécu 30 ou 40 ans avec lui, qui ont travaillé pour lui, qui ont élevé ses enfants, cela signifie qu’une fois dehors, elles seront sans statut. Elles seront seules dans un univers où les femmes seules n’ont pas d’existence. Tout le monde comprend bien que c’est immoral. Cela ne veut pas dire que la polygamie soit morale ! Cela veut dire qu’on ne sait pas quoi faire. » C’est une terrible épreuve de voir la hiérarchie de l’Église, devant guider le peuple de Dieu en ce bas monde, ne plus savoir les chemins à suivre pour glorifier Dieu et faire son salut. Y aurait-il vraiment des situations telles que la victoire de Dieu sur tout mal se trouverait inopérante ? Ou bien faut-il confesser un manque d’écoute de l’Esprit-Saint à nous envoyé pour nous introduire « dans la vérité tout entière (Jn 16, 13) » ? La prétendue impossibilité de trouver une solution aux situations évoquées me semble procéder d’une considération toute humaine où la Parole du Christ demandant : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ?  » (Mt 12, 48) n’a pas de place, ni en conséquence la capacité à présenter la croix comme seul chemin de salut (Mt 16, 24). Une conversion n’est jamais facile, et se couper la main plutôt que pécher (Mt 5, 30) n’a jamais été indolore. En l’occurrence, si ses ex-« épouses » ne peuvent refaire leur vie, pourquoi ne pas proposer au polygame converti de continuer à les entretenir comme il le faisait avant sa conversion ? Cette solution pastorale est fort ancienne et connue (can.1148), aussi je m’étonne que le cardinal semble l’ignorer.

« Il faut que nous acceptions qu’il existe des situations insolubles, et qu’il nous faut alors porter le fait qu’il n’y a pas de solution. Je ne peux pas dire à quelqu’un qui a divorcé, fondé une nouvelle famille, élevé des enfants : il faut que tu quittes ta famille, que tu laisses ta femme et tes enfants ! C’est immoral, ce n’est pas pour autant que je trouve que c’est bien. Mais je ne peux pas lui demander quelque chose d’immoral. Alors, la tâche pastorale, c’est d’assumer cette incapacité où nous sommes. Nous sommes dans des situations où nous n’avons pas de bonnes solutions. » La solution au problème inhérent à cette situation est pourtant, là encore, bien connue, et je m’étonne que le cardinal non seulement ne la rappelle pas, mais repousse l’enseignement de saint Jean-Paul II : « La réconciliation par le sacrement de pénitence – qui ouvrirait la voie au sacrement de l’Eucharistie – ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l’indissolubilité du mariage. Cela implique concrètement que, lorsque l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs – par l’exemple l’éducation des enfants –, remplir l’obligation de la séparation, « ils prennent l’engagement de vivre en complète continence, c’est-à-dire en s’abstenant des actes réservés aux époux. » (Familiaris Consortio, n° 84) Et si les problèmes n’étaient insolubles que parce que nous ne voudrions pas voir leurs solutions, en sorte que ne voyant pas leurs solutions, nous nous croyions autorisés à en chercher d’autres ?

Il a déjà été dit que ce présent synode était dramatiquement inutile, non seulement parce que le magistère a déjà répondu aux questions qu’il pose ― et je viens d’en donner des exemples ―, mais encore parce qu’il est d’autres sujets sur lesquels l’Église devrait urgemment s’interroger, comme celui de l’unité des chrétiens en politique, les sommant de s’abstenir de voter plutôt que de voter pour un candidat dont le programme enfreint au moins un des points non-négociables de la morale naturelle si bien mise en valeur par Benoît XVI. Bref, je crains que les ambiguïtés du discours du cardinal ne préparent les esprits à accepter les déformations et perversions de l’authentique modèle familial catholique, que certains souhaitent voir le prochain synode valider.

Il nous faut beaucoup prier pour notre Saint-Père et nos évêques.

* La mise en caractère gras de certains mots est celle du texte original.

13 comments

  1. Paul

    En fait, nos évêques d’aujourd’hui sont dans la tradition de l’évêque Cauchon. ce sont des brutes qui se vouent au service de desseins politiques tortueux.
    Cette propagande sophistique pour préparer le troupeau des fidèles à accepter, le moment, proche, venu, la turpitude qui va nous arriver d’en haut est proprement odieuse. Pour les esprits droits et honnêtes, c’est un supplice chinois, une crucifixion.
    En plus, c’est totalement faux qu’il n’y ait pas de solution. Il y en a évidemment une ( comment pourrait-on jamais dire, d’ailleurs, chrétiennement, qu’il n’y ait pas de solution: c’est chrétiennement irréaliste, et hérétique de dire cela): la solution, c’est que ce temps de pure folie que nous a fait vivre cette préparation du synode soit l’occasion de prendre conscience de cette folie, et de retrouver ses esprits, pour un renouveau..

  2. jejomau

    que les modernistes se cassent de l’EGLISE !! Clair et simple. Que les pêcheurs qui ne VEULENT PAS obéir à l’enseignement du Seigneur contenu dans le Magistere : SE CASSENT DE l’EGLISE !!

    Là. Et ce message-là … il est clair cette fois !?

  3. dj

    Excusez moi mais je ne vois pas où est le problème.
    Le mariage catholique est indissoluble, ceci est clair, les époux restent mariés pour l’éternité.
    Mais si pour une raison ou une autres ils décident d’un commun accord de se séparer, dans la bonne humeur et le respect mutuel, ceci accompagné d’un divorce civil. quelle faute commettent-ils ?
    Et ensuite s’ils décident de se remarier civilement, qui cela gène-t-il ?
    S’ils ont décidé de se séparer, ils peuvent décider de rester célibataires mais pourquoi les empêcher de se remarier s’ils le souhaitent ? Le créateur nous a doté d’organes sexuel, c’est pour les utiliser, pas pour vivre une vie entière dans la frustration.
    Pas de tromperie dans ce cas puisque le remariage civil est conclu après la séparation….
    Mieux vaut se séparer dans de bonne conditions que vivre le reste de sa vie en conflit permanent !
    En quoi tout ceci regarde-t-il l’église catholique ? Nous sommes dans le domaine de la vie privée, aucun crime n’a été commis, personne n’est victime de qui que se soit.
    Ce que je vous décris ici, c’est la vraie vie, la vie de l’immense majorité des gens….
    Si vous vous coupez de la vraie vie, vos églises resteront vides !
    Ce texte ne sera probablement pas publié, mais au moins le censeur m’aura lu.

    • F-JVG1

      Cher Ami DJ,
      Je pense que vous êtes dans la confusion la plus totale.
      Le Mariage est de l’ordre du Sacerdoce. C’est un SACREMENT.
      De « mariage « civil il ne s’agit que d’un kidnapping linguistique héritier des « lumières » noires d’une idéologie en combat contre l’Eglise, puisqu’il ne s’agit en réalité que d’un simulacre civil et fiscal rien de plus.

      Dès lors qu’une Femme et un Homme Baptisés, Mariés par l’Eglise Catholique se séparent elles doivent vivre dans l’abstinence sexuelle la plus parfaite, à défaut elle tomberont simplement dans le péché d »Adultère, rien d’autre …….
      La séparation est autorisée, mais elle l’est dans le respect de l’abstinence sexuelle. Et c’est là l’offrande parfaite, le don exceptionnel fait au Seigneur. Je connais des personnes qui le vive magnifiquement.
      Votre approche n’est pas tout à fait celle d’un chrétien, mais d’une personne frappées d’athéisme, sans violence de ma part à votre encontre, mais simple constatation.

      Il existe le droit Paulin qui permet à l’Eglise, selon les circonstances d’annuler un Mariage. Je ne parle pas ici de l’union civile ou fiscale cette parodie, véritable détournement maçonnique du Mariage. Je rappellerai que LE Mariage est lui de l’ordre du Sacerdoce, le Sacerdoce du Mariage.
      Voilà peut-être une piste de réflexion.

      Il faut avoir bien peu de FOI pour ce détourner de l’Eglise pour de mercantiles histoires de « quequettes « , car dans le fond il ne s’agit que d’assouvir ce penchant dans 90 % des cas !!
      Soyez néanmoins rassurez les Eglises se remplissent de plus en plus, par contre si l’Eglise se range au dictat du monde , en effet elle risque de devenir un désert. Ce n’est pas le nombre mais la qualité de la FOI qui est importante, car par là elle en entraine d’autres et d’autres ……………. Avant tout l’Eglise c’est NOUS les fidèles

      De notre coté nous développons et préparons une pastorale ambitieuse sur ce sujet, nous contacterons RC le moment venu !!!

      • Nostradamus

        A F-JVG1 – 17 juillet 2015 à 0 h 40 min –
        MERCI de votre réponse, claire mais non agressive.

        Chacun fait ce qu’il veut (ou ce qu’il peut), c’est entendu. Dieu a créé les anges et les hommes libres, y compris libre de suivre les suggestions trompeuses du malin.
        Ceci étant dit, vouloir « ouvrir » la communion aux divorcés « re-mariés » c’est méconnaître ou refuser de reconnaître à la fois le caractère sacramentel de l’eucharistie et celui du mariage.

        L’eucharistie n’est pas un rite social, une réunion d’amis, un partage fraternel d’un repas ; (on peut communier seul) ; l’eucharistie c’est recevoir en soi le corps du Christ et lui demander la grâce de l’aimer d’avantage. Comment peut-on désirer vraiment être uni au Christ en considérant ses demandes comme quantité négligeable, ou même négociable ?.

        Le mariage est aussi un sacrement et une grâce pour accomplir une vocation. Car il ne s’agit évidemment pas de sexe, de « quequettes » comme vous dites, mais de sanctification l’un par l’autre, à travers éventuellement des relations physiques. Mais celles-ci ne sont pas premières, ni la justification d’un mariage religieux. Le mariage est encore moins un statut social ou une entreprise économique.

        Nostradamus.

    • Harvey

      @ dj.
      «  Le créateur nous a doté d’organes sexuel, c’est pour les utiliser, pas pour vivre une vie entière dans la frustration. »

      Pourquoi, diable, voulez-vous qu’une absence de relation sexuelle soit une frustration ? Pourquoi n’envisagez-vous pas la libération et la joie que peut être un amour sans sexe ?
      Nous sommes tous victimes d’une société hypersexualisée et consumériste, qui à coup de lavage de cerveau constant nous impose un bonheur sexuel obligatoire jusqu’à nous faire croire qu’un renoncement à la jouissance sexuelle est une vraie pathologie.

      Oui l’homme, tout homme, est capable de vivre sans baiser, mais beaucoup plus difficilement sans amour. Mais à l’évidence, les deux ne sont pas nécessairement et automatiquement liés.

      Harvey.

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