Un hommage à Eugenio Corti

Notre ami Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance Catholique, a diffusé hier un communiqué d’hommage au grand écrivain chrétien italien Eugenio Corti, né le 21 janvier 1921, qui vient d’être rappelé à Dieu le 4 février dernier. Le voici.

Eugenio Corti vient de nous quitter. Avec lui disparaît l’un des plus grands romanciers catholiques du XXe siècle, témoin majeur de la réalité de ce siècle de fer et de feu, mais aussi observateur sans complaisance de la nature humaine à travers le temps et l’espace.

Le public français découvrit Eugenio Corti en 1996 à l’occasion de la publication en édition française de son roman Le Cheval rouge, paru en italien en 1983, œuvre monumentale de près de 1100 pages narrant les aventures de quelques jeunes Italiens pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Le cœur de ce récit est constitué par plusieurs centaines de pages âpres et drues, marquées cependant d’une profonde humanité, consacrées à la guerre de plusieurs de ces jeunes soldats italiens sur le front de l’Est. Pour la première fois, à ma connaissance, cette guerre était racontée par un témoin qui, tout en reconnaissant le courage et le professionnalisme de l’armée allemande, ne cachait rien de ses exactions contre les populations juives ou slaves – qui ne furent surpassées que par celles de l’Armée Rouge dans les pays qu’elle « libéra » ensuite.

Ces aventures guerrières avaient été narrées antérieurement par des ouvrages de taille plus modeste : La plupart ne reviendront pas et Les derniers soldats du roi, l’auteur ayant rejoint après la chute de Mussolini les troupes italiennes qui luttaient aux côtés des alliés contre les troupes allemandes dans la péninsule italienne.
Rendu à la vie civile, Eugenio Corti s’engageait dans le combat contre le communisme et publia en 1962 une pièce de théâtre intitulée Vie et mort de Staline, un implacable document à charge contre le communisme. En effet, alors que ses « complices » s’évertuent à dénoncer le caractère criminel de sa dictature personnelle, Staline, avec une habileté dialectique consommée, leur démontre qu’il n’a fait que pousser à ses extrémités la logique d’un système. Cette pièce sera complétée par un livre d’entretiens avec Paola Scaglione, Paroles d’un romancier chrétien.

Eugenio Corti avait trop de talent et de culture pour n’être l’homme que d’un roman ou d’un sujet, ce qui est parfois le cas. Il écrivit ainsi plusieurs « romans en images » présentés à la manière d’un scénario de film :

* Caton l’ancien (2005), est la biographie du célèbre homme politique romain, auteur de la formule Delenda est Carthago (« Carthage doit être détruite »).

* La terre des Guaranis (édition française en 2009), constitue une immersion dans la vie quotidienne et dans la destruction des réductions mises en place au XVIIIe siècle par les jésuites, aux confins du Brésil, de l’Argentine, de l’Uruguay et du Paraguay, afin de protéger les Indiens guaranis des chasseurs d’esclaves portugais et des colons espagnols. Les références aux films Mission et Apocalypto apparaissent transparentes et établissent un lien avec l’actualité cinématographique.

* L’île Paradis (édition française en 2012), retrace le destin tragique des fameux révoltés du Bounty, en 1789, qui finirent par tous s’entre-tuer sur leur îlot de Pitcairn, les utopies des Lumières sur « l’homme naturellement bon » et « le bon sauvage » n’ayant pas résisté au choc de la réalité.

* Citons enfin la parution toute récente en français de L’histoire d’Angelina et autres récits (2013).

Si Eugenio Corti est un merveilleux conteur et un immense romancier chrétien qui illustre admirablement la belle vertu d’eutrapélie, il est plus encore que cela : chacun de ses ouvrages est un appel à une réflexion en profondeur sur la nature de l’homme et sa situation. Ainsi, La plupart ne reviendront pas contient des pages admirables (pp. 244-245) sur la guerre comme châtiment de Dieu, Caton l’Ancien comporte des réflexions de grande valeur (pp. 364 à 371) sur la place de l’économie dans les sociétés humaines, etc.

Eugenio Corti nous avait fait l’honneur et l’amitié de participer à nos Fêtes du Livre en 1998 (où il prit la parole) et en 2003. Il était revenu nous rencontrer en 2003. Puisse-t-il, du haut du Ciel, nous assister dans notre combat de Renaissance Catholique qui lui tenait tant à cœur.

3 comments

  1. P.Jean-François Thomas s.j.

    Ayant connu personnellement Eugenio Corti, j’ai été bouleversé par son retour à Dieu, qu’il attendait avec sérénité, car il était une voix catholique vibrante. Il ressemblait à ces sages patriciens romains qui savaient s’opposer à la corruption impériale au risque de leur vie et de leur réputation. Il a rejoint tous ces soldats tombés dans la neige russe. RIP

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