Entretien avec Cyril Brun – Je crains que l’élection de François Fillon ne nous rendorme

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Cyril Brun, rédacteur en chef d’InfoCatho est interrogé par Franck Abed sur l’année politique 2016 et sur ce qu’il perçoit pour 2017.

Franck ABED : Bonjour. Quel fut l’événement le plus marquant de l’année 2016 pour la France ?

Cyril BRUN : Très honnêtement, je ne vois guère d’événement marquant pour la France que j’ai trouvée plutôt subissant les événements. Il y a bien entendu un tas de petits moments annexes (en tout cas pour la France) qui ont pu être des révélateurs, comme nous être laissés endormir par le rapport In velt, les retournements français au Proche-Orient, les simulacres de condamnation de la France par la CEDH ou autres cours. Mais globalement rien de très saillant en soi. Par contre, une succession de non faits peuvent être plus significatifs. L’éviction simultanée de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Hollande ; l’élection anti-médiatique de Donald Trump ; le Brexit  ; le refroidissement des relations avec la Russie. Autant de petites touches qui ressemblent à un mur qui s’écaille. Je dis bien s’écaille car je ne vois pas que, pour l’heure, ce soit bien plus. Et la « victoire » de François Fillon me semble un beau trompe l’œil, bien qu’il ne soit pas dit qu’on ne puisse en faire quelque chose. Je suis plus pantois devant des non-événements comme les manifestations anti-terroristes de janvier dernier, l’assassinat du Père Hamel ou les grèves du printemps qui ont tous été de vagues soufflés sans aucune suite, malgré leur violence.

Franck ABED : Le peuple américain s’est donné un nouveau président en la personne de Donal Trump. Que vous inspire cette élection ? Est-ce que cela peut influencer le cours des choses en vue de la présidentielle de 2017 ?

Cyril BRUN : Je n’ai pas étudié dans le détail le programme du candidat Trump et je ne suis pas un spécialiste des Etats-Unis. Je n’ai donc pas vraiment d’avis sur l’homme et sa politique, sauf en ce qui touche aux questions éthiques que l’on appelle de façon pudique sociétales. Cela étant, je constate qu’un candidat honnis par tout le système est parvenu à se hisser par le système lui-même (la Primaire c’est le système) et contre sa volonté, au plus haut niveau du même système. Il a pris à revers les médias, les politiques et les lobbies, trois chapes de plomb qui recouvrent tout et empêchent quiconque n’est pas du sérail d’émerger. C’est donc possible en soi. Mais est-ce possible en France, pays à la mentalité très différente ? Sans doute, mais probablement pas selon les mêmes chemins. Le fait est que si nous voulons sortir du marasme et des couperets liberticides du système, il nous faut cesser de vouloir jouer avec les codes dudit système. Les médias sont contre nous. Les politiques sont contre nous. Les lobbies ont d’autres intérêts que les nôtres et nous n’avons pas, en France, les finances des groupes pro-vie américains.

Les Français ne veulent pas d’un Trump, mais d’un effet Trump. Le vote Fillon est assez révélateur du profil type qu’attendent les Français et que les deux derniers présidents n’ont pas voulu incarner. La difficulté pour nous c’est d’avoir un mouvement non conformiste qui porte un conformiste. C’est-à-dire d’avoir un mouvement radicalement neuf et capable de briser les normes actuelles, mais portant un homme et des idées rassurantes. Le Français n’est pas révolutionnaire, quoi qu’on en dise, il est au contraire un bon terrien, comme Jacques Chirac, comme François Fillon. La figure présidentielle que recherchent les Français est globalement monarchique. Même le député est vu comme monarchique, jusque dans sa possible élection à vie.

Il est donc possible de changer les choses en court-circuitant la presse et les politiques. C’est à mon avis le message principal de l’effet Trump, mais je ne suis pas certain que cela ait bien été cerné. Presse, sondeurs et politiques ont pâli de voir que leur propagande n’avait eu aucun effet. Plus grave, ils n’ont pas vu qu’elle n’avait aucun effet. Ils sentent que la propagande leur échappe, mais ne savent pas faire autrement.

Pour ce qui est d’influencer les choses en France, c’est déjà le cas. Les choses eussent été fort différentes si Hilary Clinton avait gagné. Alain Juppé aurait bénéficié de l’effet système et surtout les financeurs et leviers américains n’auraient pas joué dans le même sens. Fillon est un ami de la City ne l’oublions pas. Pour le reste, tout dépend du poids que prendra le comité France Trump après la prise de fonction du président. Ceci étant, je crois que l’effet sur les esprits est déjà retombé. En revanche que Trump ne soit qu’un élément d’une dynamique plus vaste que la France pourrait rejoindre pourquoi pas, mais je crains que l’effet Fillon ne stérilise la bonne France.

Franck ABED : Les primaires de la droite et du centre ont démontré l’incapacité des catholiques à peser sur le jeu démocratique, à s’organiser et à être efficaces. En choisissant le candidat Poisson qui n’avait aucune chance de gagner, tout le monde a pu constater que le vote catholique ne représentait rien ou pas grand chose. Comprenez-vous cette faculté chronique des catholiques à faire les mauvais choix ?

 

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