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Le manifeste de l’intersyndicale épiscopale aux agriculteurs

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Le manifeste de l’intersyndicale épiscopale de l’Ouest. Pardon, la tribune des évêques sur la crise agricole.

Que les agriculteurs aient besoin de soutien, qu’ils ne soient pas ignorés de l’épiscopat, que la hiérarchie rappelle les fondements de la justice sociale, oui trois fois oui. Mais une telle tribune est-elle vraiment digne de pasteurs de l’Église ? Exceptée la rapide mention du Dieu créateur, en quoi ce texte diffère-t-il d’une revendication politique ? Le PCD, ès qualité, eut pu dire la même chose exactement, mot pour mot. Où est la touche proprement pastorale ? Finalement où est le Christ dans ces vœux pieux ? Pas une référence à l’Écriture, pas même une prière, ne parlons pas de proposition purement spirituelle, comme les rogations, les bénédictions des troupeaux, des champs. Quand donc les évêques comprendront-ils qu’avant tout nous avons besoin qu’ils nous donnent la grâce !

Tribune des évêques de l’Ouest sur la crise agricole

CRISE AGRICOLE

TRIBUNE DES EVEQUES DE LA PROVINCE RENNES

 

Il nous est impossible de vivre sans nourriture ! Les agriculteurs qui la produisent ont un métier particulièrement noble. Ils méritent la reconnaissance et la considération de toute la société.

Nous rencontrons souvent des agriculteurs. Ils cultivent le sol, travaillent avec le vivant, animal ou végétal. Nous sommes témoins de leur passion pour leur métier et de leurs réflexions pour mieux faire, mais aussi de leurs inquiétudes et de leurs souffrances, voire de leur colère. Pour certains, l’avenir semble bouché.

Avec notre foi en Dieu, Père et Créateur, nous sommes convaincus que les hommes ont la mission de faire fructifier la création de manière raisonnable et audacieuse.

Réunis pour réfléchir sur l’écologie, conscients qu’il est nécessaire de rechercher les enchaînements économiques adéquats dans la chaîne agro-alimentaire et la grande distribution, nous attirons l’attention sur les points suivants :

1.         Les agriculteurs et leur famille ont le droit de vivre de leur travail. Dans la préoccupation trop exclusive de la productivité, on oublie souvent le bien prioritaire des familles. Il est temps d’oser penser un système économique, régional, national, européen et international, qui garantisse aux agriculteurs la possibilité de produire et de vendre leurs productions selon un juste prix. Travailler dans l’inquiétude en attendant l’octroi de subventions n’est pas satisfaisant.

2.         Les agriculteurs ont le droit de choisir le modèle d’agriculture qu’ils souhaitent, pourvu qu’elle soit respectueuse de notre planète destinée à nourrir durablement toute l’humanité. Ils ont un savoir-faire qui mérite d’être partagé et écouté. Ils ont besoin d’être accompagnés sans que leur soit imposé un modèle unique. Le seul modèle qui vaille est celui qui favorise le vrai bonheur, les relations humaines authentiques, ainsi qu’une juste relation à la nature dont les riches potentialités sont complexes. C’est pourquoi recherche et agriculture ont vocation à œuvrer main dans la main pour une écologie pratique digne de notre planète.

3.         La qualité de la production de nos agriculteurs n’est plus à démontrer. Ils sont appelés à travailler ensemble selon les filières de production. Il est urgent de dialoguer pour favoriser ces regroupements qui permettront une meilleure vente à l’échelle européenne et au-delà. Pour cela, une harmonisation des coûts de production est nécessaire. C’est une question de justice !

4.         Les agriculteurs sont invités à retrouver les solidarités qui les unissent les uns aux autres pour éviter les isolements parfois dramatiques, et pour renforcer les mutualisations qui sont indispensables. C’est une question de survie !

Nous invitons tous les décideurs à mettre en œuvre « une croissance par la sobriété heureuse », selon le mot du pape François. Respecter la nature et respecter l’humain sont liés, insiste le Pape. C’est pourquoi l’engagement écologique passe par le respect des agriculteurs afin qu’aucun d’entre eux ne se sente plus jamais parmi « les esclaves des temps modernes » sacrifiés à l’idole de la productivité débridée alimentée par une concurrence internationale aveugle.

 

Fait le 9 février 2016

 

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo

Mgr Emmanuel Delmas, évêque d’Angers

Mgr Thierry Scherrer, évêque de Laval

Mgr Yves Le Saux, évêque du Mans

Mgr Alain Castet, évêque de Luçon

Mgr Jean-Paul James, évêque de Nantes

Mgr Laurent Dognin, évêque de Quimper et Léon

Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier

Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes

Mgr Nicolas Souchu, évêque auxiliaire de Rennes

 

4 comments

  1. Rocheteau

    N est ce pas critiquer trop facilement nos évêques ? Ils ne font rien on les critique avec raison…. s il disent ou font quelque chose ils sont encore critiqués.
    Personnellement je trouve que malheureusement ils sont souvent trop discret et feraient bien de clamer davantage et haut et fort les valeurs évangéliques

  2. A Z

    Bonjour,

    1. Hasard ou coincidence, cela ne manque pas de faire écho, en direction de ce que je viens d’écrire, en commentaire à un autre article récent, sur « l’auto-déchristianisation », d’inspiration « gaudium-et-spiste », du regard, ou, en tout cas du discours, de bien des clercs catholiques, sur l’homme et sur le monde contemporains. Nous sommes en présence d’évêques qui s’expriment fréquemment avant tout comme des économistes ou comme des sociologues, quand ils parlent de l’actualité située dans l’économie ou la société.

    2. Je me permets une autre remarque, plus polémique et plus politique : sauf erreur de ma part, officiellement, l’Eglise qui est en France, dans la mesure où l’on peut considérer que la CEF est fondée à s’exprimer en son nom, est plutôt pour que plutôt contre la construction de l’Union européenne que nous connaissons, et dont nous subissons certains aspects, depuis le début des années 1990.

    3. Or, il se trouve que, dans le cadre de cette construction de l’Union européenne, plusieurs facteurs,

    – les uns sectoriels : un modèle économique absurde, injuste, ou inapproprié,

    – les autres territoriaux : des élargissements de l’UE démesurés ou prématurés,

    ont amplement contribué à ce que le monde agricole, en France, subit ce qu’il subit depuis lors.

    4. Je cherche donc à comprendre où sont la cohérence et la pertinence du positionnement épiscopal hexagonal, ou, en l’occurrence, inter-régional, notamment sur cette question, car enfin, si ce n’est pas « seulement à cause », c’est en tout cas « notamment du fait » de la construction de l’Union européenne que le monde agricole, en France, en général, et dans l’Ouest, en particulier, en est là où il en est, depuis bientôt 25 ans.

    Et non seulement c’était prévisible, mais en outre cela a été prévu, en 1990-1991, puis, surtout, en 1991-1992.

    Bonne journée.

    A Z

  3. allegrovivace

    @kindel

    Non pas d’aigreur mais le constat d’une agriculture dont les cadres syndicalistes ont été à l’école de l’Action Catholique initiée par Pie XI, développée dans le milieu agricole après la guerre et les hommes d’Eglise ne sont donc pas innocents de la situation quand ils soutiennent depuis si longtemps, tant et plus, la mondialisation et l’Europe du libre échange.
    Les ministres de l’Agriculture, pour l’essentiel sont passés par la JAC avant de devenir Président FNSEA puis ministre ou députés européens jusqu’au temps de Chirac le rad-soc à géométrie agricole variable.

    Les enfants des agriculteurs des « trente glorieuses » ont bien abandonné toute préoccupation et formation religieuse Ils ont rompu avec la foi de leurs pères et sombré dans le laïcisme, au mieux à la soupe du MODEM.

    Et l’Eglise depuis Vatican II, en crise d’identité, sinon en révolution, n’est plus le secours moral et spirituel, le pôle civilisateur de cette profession et pour cause : dans leur sphère, les évêques ont glissé dans un processus anthropocentrique et humaniste dangereusement éloigné de leur vocation christocentrique.

    Que voulez-vous, c’est triste et nous n’avons même plus la consolation d’un « pieu sermon » puisque sans l’avouer ils sont imbibés plus des affaires du monde que du service de Dieu.

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