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Les missionnaires de la miséricorde ont dix ans !

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Il ne s’agit pas ici des « missi dominici » du pape François mandatés pour absoudre les « graviora delicta » et autres durant l’année sainte de la miséricorde mais des  « Missionnaires de la Miséricorde divine », accueillis par Mgr Rey dans le diocèse de Fréjus-Toulon. Ils ont fêté le dixième anniversaire de leur fondation en septembre dernier. Leur croissance les a obligés à acheter une maison en centre-ville. Leur fondateur et supérieur, l’abbé Loiseau, parle ici de sa communauté et de ses besoins. Christophe Geffroy l’a interviewé pour le mensuel « La Nef » :

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« La Nef – Vous avez fêté en septembre dernier les dix ans de votre fondation : pourriez-vous nous rappeler dans quel contexte sont nés les Missionnaires de la Miséricorde et pour quelle vocation, quel charisme ?

Abbé Fabrice Loiseau – La société des Missionnaires de la Miséricorde est née d’une rencontre avec Mgr Rey, alors que je lui faisais part d’intuitions missionnaires. L’évêque de Toulon me rappelle un soir : « Il faut que tu fondes ! » Trois charismes me paraissaient nécessaires pour une vie sacerdotale et missionnaire à notre époque : annoncer la miséricorde au monde, vivre de l’eucharistie grâce à l’adoration une heure chaque jour et célébrer la forme extraordinaire du rit romain, et enfin participer à la nouvelle évangélisation par une annonce directe de la foi, particulièrement aux musulmans. La dimension missionnaire de ce projet était une priorité pour Mgr Rey et pour moi.

Où en sont aujourd’hui les Missionnaires de la Miséricorde, où êtes-vous implantés ?
Les Missionnaires de la Miséricorde ont aujourd’hui trois lieux de culte : la paroisse personnelle Saint-Francois-de-Paule à Toulon, l’église Saint-Charles à Marseille et Notre-Dame-du-Peuple à Draguignan en lien avec la paroisse territoriale. Nous exerçons également un travail d’aumônerie à Toulon pour la Faculté de droit, pour un collège diocésain et pour une école primaire hors contrat. Un des prêtres de la société est responsable des JMJ au niveau diocésain. À Marseille, le prêtre assure aussi une aumônerie d’hôpital et l’aumônerie de l’école paramédicale des Armées qui dépend du diocèse aux Armées. Dans nos trois lieux, nous avons aussi créé des groupes de prière et de formation pour étudiants. Le camp Spes d’évangélisation des plages regroupe une centaine de jeunes et nous créons pour les JMJ le groupe Miséricordia. L’ouverture du pub Le Graal, à Toulon, a permis d’augmenter notre groupe de jeunes mais aussi d’avoir des contacts avec des personnes loin de l’Église. L’abbé Dubrule, mon adjoint, est en outre professeur au séminaire de la Castille.
Notre communauté est encore modeste : cinq prêtres, onze séminaristes et un frère. Nous souhaitons, dans un premier temps, conforter nos lieux d’apostolat et développer une assistance variée dans nos paroisses. Les après-midi missionnaires avec les paroissiens sont un objectif important : il s’agit de missions de rue et de porte-à-porte avec des laïcs. Vous savez que notre souci est de développer la mission particulièrement auprès des musulmans. Cela demande une formation régulière sur l’islam et la création de liens d’amitié, c’est un investissement important pour nous. La création de groupes alpha (dîners missionnaires) est aussi une priorité. Vous voyez les projets sont nombreux…

Votre Communauté a été érigée grâce à Mgr Rey : le diocèse de Fréjus-Toulon est-il pour vous un exemple et par quoi caractériseriez-vous cet exemple ?
Il s’agit du diocèse de l’accueil par excellence ! Il est remarquable en effet que ce diocèse reçoive des communautés nouvelles de tendance traditionnelle ou de type charismatique mais veille également à l’unité avec le clergé diocésain. Ce qui est important pour notre évêque, ce n’est pas seulement de vivre la communion mais d’être tous appelés à vivre ce défi de la nouvelle évangélisation. Pour ce qui est de l’accueil de communautés ou de prêtres qui célèbrent la forme extraordinaire, il ne s’agit pas seulement de répondre à une sensibilité ou à une mesure de bienveillance et de

tolérance pour favoriser la communion de l’Église, mais bien de considérer la liturgie dans sa forme extraordinaire dans une dimension missionnaire. Je crois que c’est le sens de la reconnaissance de la paroisse personnelle.

Pourquoi ce choix en faveur de la forme extraordinaire du rit romain et comment voyez-vous aujourd’hui la situation du monde « traditionaliste » ?
maxresdefault (3).jpgJe pense que la liturgie dans sa forme extraordinaire est un moyen privilégié aujourd’hui pour redonner la dimension sacrificielle et contemplative à la messe. On a trop oublié le caractère sacrificiel de la messe. Comme le disait Mgr Gamber, on a trop voulu privilégier la dimension anthropologique plutôt que la dimension théocentrique. L’homme moderne ne sera pas forcément touché par des enseignements, il a besoin du sacré pour s’élever vers Dieu.
De plus, la forme extraordinaire s’inscrit dans la perspective de l’herméneutique de la continuité. En effet, le maintien de la messe traditionnelle rappelle qu’il ne peut y avoir de ruptures dans la foi et la liturgie. Cela doit être la même Église qui prie et célèbre avant ou après Vatican II : un rit millénaire nous permet de vivre cette continuité.
Pour ce qui est du monde traditionaliste, je pense qu’il doit avoir une place importante dans l’Église aujourd’hui pour manifester cette continuité, son apport en liturgie et en doctrine étant capital. Mais nous avons tous un effort à réaliser pour avoir un élan missionnaire et pour travailler à l’unité suivant les perspectives de l’herméneutique de la continuité. L’enseignement du concile Vatican II à la lumière de la Tradition doit nous permettre de mieux vivre nos charismes et renouveler la vie spirituelle de nos communautés. Il est important pour la vie ecclésiale que nous soyons attentifs au renouveau missionnaire de nombreuses paroisses et communautés nouvelles. Mais il est aussi important de ne pas s’enfermer dans une réserve traditionaliste, la messe dans la forme extraordinaire s’adresse à tous, avec un souci de participation des fidèles comme le souhaitait le cardinal Ratzinger dans sa conférence de 1998 pour les dix ans d’Ecclesia Dei.

Nous sommes dans l’Année de la Miséricorde voulue par le pape François : qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
C’est une année de grandes grâces offertes par l’Église. La Miséricorde est la spiritualité du troisième millénaire, comme le rappelait saint Jean-Paul II. L’ultime planche de salut pour l’humanité, comme le dit Notre Seigneur à sainte Faustine. Il y a donc une urgence eschatologique à annoncer au monde la Miséricorde Divine. C’est tout l’amour qui jaillit du Cœur du Christ pour l’humanité blessée par le péché. La Miséricorde est dans la continuité du culte du Sacré-Cœur avec une accentuation sur le pardon qui relève l’homme anéanti par le péché. Face aux structures de péchés et à la culture de mort, la Miséricorde divine nous apporte la délivrance et l’espérance d’une résurrection. Elle est l’ultime rempart face à la progression du mal, elle annonce le triomphe de l’amour du Christ. Le pape François touche le cœur de personnes loin de l’Église, cette année peut être l’occasion de mieux vivre le sacrement de réconciliation dans nos paroisses.

Comment procédez-vous dans votre évangélisation auprès des musulmans ? Observez-vous des conversions de l’islam au christianisme ?
Il est important de relever ce défi de la progression de l’islam en Europe. Il faut d’abord s’instruire de cette religion et prier afin que les musulmans puissent découvrir le vrai visage du Christ déformé par les textes du Coran et de la Sunna. Nous sommes dans trois villes où la population musulmane est très présente. Il nous suffit de nous promener dans la rue en habit pour que le contact puisse s’établir. Beaucoup de musulmans possèdent cette qualité de simplicité pour aborder les questions religieuses, ils n’ont pas de mauvais respect humain pour parler de Dieu en société.
Nous nous rendons régulièrement dans les librairies musulmanes ainsi que dans les bars à Narguilé, le porte-à-porte reste aussi un moyen privilégié. Cette année, une famille entière nous a demandé le baptême, la personne de Jésus les a bouleversés ; un autre, c’est au cours d’une messe de Requiem que la grâce l’a touché. Il est difficile de chiffrer le nombre de demandes de baptême en France, beaucoup deviennent évangéliques d’ailleurs.
Mais c’est dans les pays du Maghreb que nous assistons à des conversions en grand nombre, suite à des phénomènes mystiques comme rêver de Jésus ou de Marie. Au Maroc, les convertis sont rejetés par l’Église catholique, ils deviennent alors tous évangéliques. En Algérie et en Tunisie, ils peuvent être acceptés en petit nombre par la hiérarchie, mais ces nouveaux convertis sont souvent menacés. En tout cas, ces conversions en masse dans plusieurs pays musulmans comme en Indonésie sont uniques dans l’histoire de l’islam.

Comment analysez-vous la position de l’Église à l’égard des musulmans et notamment vis-à-vis de leur conversion ?
Souvent la hiérarchie est bloquée pour accueillir ces conversions pour trois raisons. La première c’est que l’islam interdit ces conversions, parfois sous peine de mort. La hiérarchie craint d’être expulsée. La deuxième raison est théologique, il s’agit d ‘une mauvaise conception du dialogue interreligieux : l’islam leur apparaît soit comme une voie de salut, soit comme un chemin authentique vers Dieu. Enfin dans certains pays musulmans, le clergé craint que la demande de baptême ne soit pas sincère et soit liée à une possibilité d’immigration. S’il peut y avoir du vrai au moins pour deux de ces raisons, la hiérarchie est quand même très frileuse. Nous ne sommes pas, contrairement à ce que demande le magistère, dans une culture de la Mission. Je suis sûr que cela évoluera un jour.

Le terrorisme islamiste s’étend de façon inquiétante en France et ailleurs dans le monde : comment analysez-vous ce phénomène ? L’islam est-il réformable et « intégrable » dans nos sociétés occidentales ?
La stratégie de la terreur fait partie de l’histoire de l’islam, le prophète Mohamed a lui-même procédé ainsi pour éliminer ses opposants et c’est l’histoire du développement de l’islam qui se réalise avec le djihad. Il s’agit donc d’une tentation permanente dans la pensée musulmane, c’est ce que nous voyons avec la progression du salafisme qui veut revenir à l’authenticité des pieux prédécesseurs. Il est certain que la politique étrangère américaine et l’alignement des pays européens sur celle-ci ont une grosse part de responsabilité dans l’extension du terrorisme. Les guerres occidentales entreprises pour accroître un pouvoir politique et économique favorisent l’exaspération de ces populations.
L’islam radical se nourrit de nos faiblesses et de notre manque d’identité. Je pense que l’islam est intégrable en petit nombre dans des pays qui ont une forte identité spirituelle. Je ne crois pas dans l’immédiat à une réforme de l’islam à cause du dogme de la parole incréée et de l’imitation du Prophète. La parole incréée, c’est le refus d’une herméneutique où la raison pourrait discerner dans les textes sacrés ce qui est réformable. Même face à la modernité, l’islam continue par sa simplicité et sa fusion du spirituel et du temporel à séduire. La laïcité et le libéralisme de nos pays ne pourront apporter une réponse, même si de nombreux musulmans vivent dans une schizophrénie intellectuelle et morale.

Vous n’évangélisez pas que les musulmans mais aussi les jeunes : comment voyez-vous la situation de la jeunesse à l’heure d’internet et de la mondialisation, est-elle ouverte à l’évangélisation ?
Les jeunes sont très imprégnés des principes de la société libérale, même si nous voyons un certain renouveau dans les paroisses de grandes villes ou avec des communautés nouvelles. La Manif pour tous est aussi intéressante comme phénomène d’identité. La demande par les jeunes d’une Église décomplexée et missionnaire est une interpellation pour la hiérarchie.

Vous avez notamment lancé des vidéos pour le carême : les techniques numériques modernes sont-elles un bon outil d’évangélisation ?
Oui, cette année, nous avons préparé une vidéo de 3-4 minutes pour chaque jour du Carême, dans l’idée d’accompagner plus particulièrement l’entrée dans la Miséricorde, en ce temps fort de l’Église. Il est évident que l’Église doit savoir utiliser les techniques et être très présente sur les réseaux sociaux car les jeunes sont en recherche de vérité à travers ces moyens. Il faut continuer de progresser dans ce domaine. Les musulmans ou les évangéliques sont très en avance sur nous. Cependant, il ne faut pas rêver, rien ne remplacera le contact direct pour des conversions sincères.

Propos recueillis par Christophe Geffroy

AIDEZ-LES A CONSTRUIRE !

missionnaires-de-la-miséricorde.jpgVotre communauté grandit et vous avez besoin de vous loger dans des bâtiments plus grands : pourriez-vous nous parler de vos projets en la matière et nous dire comment l’on peut vous aider ?
Après avoir acquis notre pub Le Graal pour la mission, nous avons acheté un immeuble en centre-ville car aujourd’hui nous ne pouvons loger les 17 membres de la communauté et recevoir de prochaines entrées dans un même lieu. Pour aménager cette nouvelle maison acquise en décembre, nous devons lancer des travaux assez conséquents. Des bienfaiteurs de la Communauté ont déjà été généreux, nous permettant d’acquérir cette maison. Il nous reste encore à trouver 300 000 euros pour installer la Communauté.
D’autre part, il nous faut aider le séminaire de Toulon pour les études et assurances sociales de nos séminaristes. Chacun d’entre eux coûte 18 500 euros par an. Soyez bénis pour votre aide quelle qu’elle soit, car nous avons besoin de soutien pour mener à bien cette vaste mission d’évangélisation qui nous attend.
Pour faire un don et visionner nos vidéos de Carême, consultez notre site : www.misericordedivine.fr

Pour tout don, chèque à l’ordre de « ADFT – Miséricorde Divine » à envoyer à : Missionnaires de la Miséricorde divine, 104 cours Lafayette, 83000 Toulon.
Tél. : 04 94 31 68 03. Email : smmd@diocese-frejus-toulon.com
Site : www.misericordedivine.fr

Ref. Priorité à la mission

Source : La Nef n°279 Mars 2016

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