Marion acad

Point de vue – A propos de Marion, révolutionnaire ou égaré ?

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Suite à la publication sur le site du diocèse de Besançon, d’un article élogieux et sans nuance critique sur Jean-Luc Marion, présenté, rien moins que « tête pensante de la foi chrétienne » (naïvement je pensais que c’était le Logos, verbe incarné), Riposte catholique s’est livré à une petite mise en perspective, plus critique de ce novateur.

Cette petite mise en point en appelle une autre d’un lecteur que nous relayons in extenso.

 

Bonjour,

A. Je vous suggère de lire ceci :

http://www.opuslibros.org/Index_libros/Recensiones_1/marion_die.htm

B. Notamment sur cette question, située au croisement de la métaphysique et de la théologie, « plutôt Cottier et Gilson OU plutôt Henry et Marion : il faut choisir », suis-je tenté de dire, mais un choix en faveur du mode de pensée des uns doit pouvoir déboucher sur l’analyse des mérites ET des limites du mode de pensée des autres, et non sur la « ringardisation » du mode de pensée, à coloration métaphysique, des uns, ni sur la « diabolisation » du mode de pensée, à tonalité phénoménologique, des autres.

C. Il faut choisir ou, en tout cas, je crois vraiment qu’il faut choisir, dans la mesure où un certain type de raisonnement, à caractère ou à fondement plutôt métaphysique, ne semble vraiment pas être compatible avec un autre type de raisonnement, à caractère ou à fondement plutôt phénoménologique.

D. Ce qui est le plus dramatique, au demeurant, ne réside pas dans autre chose que ce qui suit : le christianisme catholique contemporain, au moins depuis 1945, étant ou se voulant souvent ESSENTIELLEMENT CONCILIATEUR, notamment entre telle ou telle philosophie contemporaine et la théologie catholique, d’aucuns ont vraiment cru, y compris…à Rome, qu’il était possible de dire OUI, sinon à Henry et à Marion, du moins au mode de raisonnement phénoménologique qui leur est spécifique, sans dire NON à Cottier et à Gilson, ou au mode de raisonnement métaphysique qui est le leur, alors que je ne suis pas sûr du tout que cela soit possible.

E. Dans cette affaire, je ne dis pas qui a tort ni qui a raison, je ne dis pas que ce sont les auteurs plutôt proches de Cottier et de Gilson, ou les auteurs plutôt proches de Henry et de Marion, qui ont plutôt raison, même si, évidemment, j’ai ma petite idée sur la question, notamment grâce à des philosophes spécialisés dans l’épistémologie des croyances religieuses ou dans la philosophie analytique de la religion.

F. Dans cette affaire, je me contente de rappeler que depuis que les hommes d’Eglise ont commencé à se détacher, ou à se détourner, d’un instrument de pensée, qui a été l’instrument de pensée, quasiment officiel, de l’Eglise catholique, pendant au moins quatre siècles (du milieu du XVI° siècle au milieu du XX° siècle), ils sont à la recherche d’un mode de pensée susceptible de le remplacer, ou ont tendance à croire que telle ou telle philosophie contemporaine peut fournir des éléments, voire un ensemble, propices à la construction d’un instrument de pensée approprié, situé au croisement de la philosophie contemporaine et de la théologie catholique.

G. Je rappelle donc que les plus responsables de la situation actuelle ne sont pas avant tout Henry ni Marion, mais sont avant tout les clercs catholiques qui ont essayé d’adhérer eux-mêmes, et de faire adhérer les autres, à la croyance, car c’en est une, selon laquelle il a été possible, avant-hier, ou selon laquelle il est possible, encore aujourd’hui, d’être à la fois catholique et kantien, ou catholique et hégélien, ou catholique et husserlien, ou catholique et heiddegerien, ou encore catholique et lévinassien, alors que ce n’est possible qu’à condition de transformer le christianisme catholique en une confession chrétienne « attrape-tout » (sur le plan épistémique, voire aussi sur le plan axiologique), accommodable, au fur et à mesure, avec des modes de pensée successifs qui, non contents de ne pas être compatibles avec la théologie « thomasienne » ou « thomiste », ne sont pas conciliables entre eux.

H. Je termine ces quelques mots en donnant l’impression de changer de sujet, alors que ce n’est pas le cas : sans qu’il s’agisse pour moi de confondre le recours à Saint Thomas avec un recours à une vision « suarézienne » du thomisme, je constate que dans au moins deux domaines, l’enseignement supérieur catholique et la formation des futurs prêtres, le Concile Vatican II gagnerait à donner lieu à une application, à une mise en oeuvre beaucoup plus, ou encore plus, digne de ce nom, qui permettrait « peut-être » aux uns et aux autres de comprendre que toute philosophie contemporaine, hier moderne, aujourd’hui post-moderne, même à la mode, n’est pas spontanément ni totalement compatible (ni « supérieure ») avec le mode de pensée le plus respectueux de ce qui est spécifique à la théologie catholique (mais qui se soucie encore de ce qui est spécifique à la théologie catholique ?).

Que ceux qui veulent bien s’en donner la peine relisent Gravissimum Educationis n° 10 et Optatam Totus n° 16, et ils comprendront ce que je viens d’écrire.

Bonne journée.

Un lecteur.