Marlene Awaad pour Le Figaro ; Paris, France le 5 mai 2013 - Rassemblement de la Manif pour tous, pour protester contre l adoption de la loi sur le mariage pour tous.

tribune – Manif – A quoi bon se déplacer ?

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La manif du 16 octobre va-t-elle passer inaperçue ? Alors que l’équipe de Ludovine de La Rochère se démène depuis plusieurs mois pour préparer cet événement de la rentrée, l’écho semble bien faible et l’électrocardiogramme fort plat dans les rangs LMPT.

Nous retrouvons le fameux « A quoi bon » des dernières manifs, la lassitude, l’eau qui coule sous les ponts, les nouvelles routes empruntées par ceux qui battaient jadis ensemble le pavé parisien, le coût engendré par les déplacements familiaux et le souvenir des sacrifices importants de 2013. Tout cela pour… rien !

Le véritable échec de La Manif pour tous, n’est pas tant dans le vote dramatique de la loi dite Taubira que dans l’incapacité d’avoir montré en quoi cette mobilisation fut une véritable victoire. Tout le monde s’est focalisé sur le chiffre ! Il fallait faire du chiffre et c’en était même grisant que ce sentiment de puissance pacifique que nous représentions. Du chiffre et après ? Je l’ai dit à maintes reprises, nous nous sommes trompés de ligne de front, aveuglés par le chiffre dont l’impérieuse nécessité nous était dictée par une erreur de fond, toujours la même, nous cherchons à nous battre avec les armes et sur le terrain de nos adversaires : le rapport de force qui, par nature, nous est contraire. Par nature, car le rapport de force induit le relativisme qui est aux antipodes de ce que nous défendons : une vérité transcendante.

L’union civique, le referendum, tout cela nous inscrit dans le relativisme et nous pousse à nous déchiqueter sur le dos de la vérité anthropologique que sont la famille et la nature humaine. Alors en effet, ainsi vues, les manifs de 2013 furent un échec et, même si nous avions gagné la bataille, nous aurions perdu la guerre, puisque nous aurions, par ce relativisme du rapport de force, scié les fondements même de notre victoire. Il n’aurait fallu, aux apparents vaincus, qu’attendre un peu que le vent achève de faire tomber la branche.

Alors ces manifs, à la fois éprouvantes et exaltantes, étaient-elles inutiles ? Non, pas plus qu’il serait inutile de revenir témoigner de la vérité ce 16 octobre 2016. Les manifs ont été un formidable réveil de nos consciences endormies. Depuis, nombre de marcheurs se sont engagés, qui en politique, qui dans le social ou l’enseignement, tandis que tant d’autres initiatives issues des manifs ont vu le jour. Les manifs ont révélé aux catholiques qu’ils n’étaient pas seuls et qu’ils savaient s’organiser de manière puissante et efficace. LMPT est devenu un signe de ralliement, un cas d’école et un opposant bien plus sérieux que les politiques et les médias ne l’avouent. Sans compter l’impulsion et le signal lancés à l’étranger, replaçant la France au cœur même de sa vocation mondiale.

Indépendamment des avancées, petites ou grandes, que les cadres LMPT n’ont peut-être pas su suffisamment mettre en avant, bien au-delà de l’échec qu’a pu sembler être le vote de la loi, une nouvelle génération (de tous âges) s’est levée et il n’en aurait pas été de même sans ces manifs.

Les manifs ont, en effet, d’abord été une victoire interne. Victoire qui a contribué à décloisonner le monde catholique et le décomplexer. Décloisonné en son propre sein, mais aussi vis-à-vis de l’extérieur en l’ouvrant sur le monde. La véritable victoire des manifs est d’avoir sorti la lumière de sous le boisseau. Une sortie massive qui pour beaucoup ne s’est pas démentie dans les années qui ont suivi.

Les manifs sont une des expressions de cette invitation à être la lumière du monde. Nous pensons trop notre mouvement en termes d’efficacité politique, là où il est d’abord une démarche prophétique. Dans le monde relativiste actuel, il faut, à l’image des prophètes de l’Ancien Testament, dire et redire, à temps et à contretemps, les paroles de vie dont Dieu nous a fait dépositaires par le truchement de la foi et de la Révélation. Aujourd’hui, le rythme de l’actualité politique fait passer la population d’un sujet à l’autre en très peu de temps. Et ce qui n’est plus de l’actualité est dépassé, voire acquis. Pour beaucoup de nos contemporains, 2013, c’était aux temps anciens et depuis « tout le monde a évolué ». Or, comme la conviction (acceptée volontairement ou non) est que les vérités changent avec le temps, le mariage gay et ses corollaires sont admis.

Nous avons le devoir de rappeler sans cesse qu’il n’en est rien. Au-delà du combat pour le retrait de la loi, pour éviter l’adoption de la PMA, se trouve un enjeu bien plus fondamental et que nous ne pouvons abandonner sans trahir la mission confiée par le Christ à ses disciples : les lois divines ne sont pas objet de débat parlementaire. Bien entendu, il ne s’agit pas d’aller marcher croix et bannières en tête. Il s’agit de rappeler que les vérités naturelles sont intangibles. Notre présence dans la rue est le rappel incessant d’une vérité éternelle. Avant d’être politiques voire religieuses, ces manifestations sont éducatives et prophétiques. En ce sens, le nombre est le porte-voix d’une pédagogie à grande échelle.

Ne cherchons pas à mener le combat de Dieu avec les armes de Satan. Entrons dans le combat de Dieu avec les armes mêmes du Christ pour que, selon le rappel de saint Paul, ce soit bien Lui qui combatte à travers nous. Je ne dis pas qu’il faille déserter la scène politique, mais outre que je pense qu’il faille l’habiter de façon différente, je dis à ceux qui sont désenchantés par l’apparent échec politique, qu’il demeure encore et toujours une raison de venir à Paris ce 16 octobre et cette raison est ancrée dans notre vocation de baptisé, une vocation qui comprend intrinsèquement une dimension prophétique. Faire nombre à Paris n’a en effet guère de sens face à des politiques girouettes qui bafouent leurs propres principes démocratiques. Mais venir grossir le halo de lumière appelé à rayonner depuis la montagne n’est pas une alternative parmi d’autres. C’est l’expression même de la goutte d’eau qui, loin de se perdre dans l’immensité de l’océan, participe de la force de cette marée humaine rayonnant en lumière sur le monde.